‹ Les palimpsestes des prisonsChapitre 31 sur 131 · PATRIE · texte numérisé non relu

PATRIE

Gloire militaire de Vismara. — Dans les pages blanches ou en marge, nous lisons les additions suivantes :

— Le roi Victor-Emmanuel fut le premier soldat d'Italie. Vive le Roi. Vive l'indépendance italienne et ceux qui contribueront à sa liberté.

— Lisez ce livre et vous verrez ce qu'était notre patrie avant que le magnanime Charles-Albert et Victor-Emmanuel l'aient unifiée. — Et sous le portrait de Victor-Emmanuel. — Voyez quelle figure sympathique, quelles magnifiques moustaches, avait le véritable souverain du Piémont, le libérateur de l'Italie.

Dans le volume de De Sanctis, Richard, livre des prisonniers au paragraphe 8, où il est parlé de Garibaldi : — Le plus grand homme du monde qui par sa loyauté et sa grandeur d'âme sut combattre toute la prêtraille ainsi que les despotes. Honneur à lui, c'est presque un dieu : c'était un nouveau Jésus-Christ qui prêchait l'égalité !

— Bucard, del Cuor d'Oro, entré en prison le 6 septembre pour résistance à la loi et pour la surveillance. Pourtant j'espère ètre absous. Oh Italie ! quoique tu sois ma patrie, je te hais et te méprise. J'ai bien souffert, j'ai trop souffert, sans compter ce que j'ai encore à souffrir. Quand donc finiras-tu de me lourmenter, maudite ? Quand la mort aura fait cesser mes peines.

Dans les Biographies, parlant de Grossi, le biographe le dit natif de Bellano (Como) ef en marge on lit ce qui suit, ajouté au

crayon : — Et les Milanais voulaient que Grossi fût leur concitoyen ! Vaniteux sans mérite! ef un peu plus loin où 1 est parlé de Prina, la méme main ajoute : — Autre généreuse victime

des vils et ignorants Milanais, qui reconnurent trop tard leur erreur.

Pour moi, je crois le monde une union, Ou une ligue des vils et des indignes, Contre les honnêtes et les braves personnes.

— Turin devient chaque jour plus mauvais; éloignons-nous de ce Turin et nous serons cent mille fois mieux. A peine sorti je retournerai en France où j'ai déjà demeuré un an et où j'étais très bien. Avant de revenir à Turin, il s’écoulera bien du temps. Guglia.

— Mola San Salvari. Je suis le plus malheureux de tous les hommes. Je suis innocemment en prison. Malédiction à l'Italie et à sa justice. Vive la France, mort à l'Italie et à tous ses ministres. Adieu amis, soyez joyeux, qu’en 1884 nous ne sortirons pas (contradiction, allégresse et mort).

— Celui qui ne se fait pas tuer pour la patrie a raison, car elle en est indigne, Je voudrais être né dans les déserts de la Lybie.

— Liberté, combien je t'aime, mais non toi, à Italie, car tu es pleine de tyrans el nous, esclaves, nous t'obéissons.

— L'Italie est la nation qui traite le plus mal les prisonniers; la preuve en est que les expulsés de France viennent à la frontière les mains libres et que les gendarmes leur mettent les chaînes aussitôt qu'ils arrivent à Turin. Je laisse aux autres le soin d'imaginer ce que nous souffrons pendant un si long voyage. Pauvre humanité!

AMOUR

— Chère Juliette, hier je t'ai eue présente à la mémoire tout le jour. Pourquoi n es-tu pas venue ?

— Aie un regard pour moi, Ô Maria! Conserve-moi ton affection et ton amour pour le beau jour où la liberté me sera rendue.

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