Il y a dans le texte « détruirai
elle que les aristocrates dirigèrent leurs batteries. Se flattant que les provinces suivraient bientôt ses destinées, ils formèrent le projet de la réduire par la faim, le fer et le feu.
Sous le prétexte ridicule d'y maintenir sûreté et tranquillité, ils firent défiler des troupes. Pour qu'elles fussent dans leurs mains des instruments plus aveugles de fureur et d'oppressions, ils choisirent des troupes étrangères, des Allemands, dont les chefs étaient des créatures de la cour; et crainte que la voie de la raison ne rappelât aux soldats qu'ils étaient hommes, que les infortunés qu'ils devaient égorger étaient leurs frères, on leur défendit, sous les peines les plus rigoureuses, de s'entretenir avec aucun citoyen, fût-il de leurs parents. Un vieux bigot, esclave du Prince par éducation, par devoir, par habitude, eut le commandement de ces légions sanguinaires. Bientôt arrivèrent de quelques places fortes des trains formidables d'artillerie, des boulets, des grils, appareil infernal destiné à lîéduire en cendres la reine des cités. Pour lui couper les vivres, on l'investit de toutes parts. On avait fait un camp devant l'École militaire, où était le magasin des farines : on en fit un autre dans la plaine de Saint-Denis ; et sous le voile des soins d^ la charité, qui s'occupe du sort des malheureux, on employa des milliers de manœuvres à mettre en état un chemin impraticable, qui conduit de cette plaine sur les hauteurs de Montmartre, où l'on pratiqua des plates-formes pour recevoir des batteries ^
Lorsque tout fut prêt pour l'exécution de l'horrible projet, les conjurés levèrent le masque. Rassemblés dans
1. Les représentants de la commune, qui s'efforçaient depuis si longtemps d'étouffer les vérités importantes au salut du peuple, ont cherché à répandre le bruit que ces travaux n'étaient entrepris que pour faciliter le transport du blé aux moulins ; mais aucune de ces plates-formes ne conduit aux moulins ; et la principale, qui domine Paris, n'est pas un chemin, puisqu'elle aboutit à un mur. {Note de Marat)
les galeries, les appartements, les jardins dn château, ils s'abandonnèrent à l'insolence d'un triomphe prématuré. Déjà les héros de la scène tragique étaient désignés par la déesse qui les inspirait. Les représentants des trois ordres siégeaient dans des salles séparées. Une soldatesque affidée saisit le moment de l'absence de ceux du peuple, pour en fermer les portes, et leur en refuser l'entrée. Bientôt le ministre favori est sacrifié. Ses collègues sont renvoyés; à leur place, sont installés des âmes damnées de la Cour; et le monarque, poussé hors de son caractère pacifique, prend le ton d'un despote, qui veut que tout ploie sous ses ordres absolus. Des transports d'allégresse retentissent aa-dedans du palais; au dehors règne la consternation. Revenus de leur étonnement, les délégués du peuple, animés d'un nouveau courage, s'assemblent dans un jeu de paume, s'engagent, par serment, de ne pas abandonner la patrie, de consacrer les lois qui doivent assurer son bonheur, ou de périr. Cependant les ordres sont donnés; les préparatifs pour foudroyer la capitale, et noyer ses habitants dans leur sang, se font en silence; on n'attend plus que le moment du signal. On sait par quel heureux concours des circonstances, par quel coup du ciel nous avons échappé'.
Mais à qui fera-t-on croire que M. Necker, entouré comme doit toujours l'être un ministre aussi adroit, n'ait eu aucune connaissance de ce qui se tramait dans le cabinet, à supposer qu'il n'y ait pris lui-même aucune part '! Et à
i. Cet historique est tiré de celui de la Révolation, que j'ai préparé pour la presse. [Note de Marat)
2. Mais, disent ses créatures, comment imaginer qu'il soit entré pour rien dans ce complot"? N'a-t-il pas été sacrifié lui-même? Oui, sans doute, il l'a été ; et pouvait-il ne pas l'être, ayant affaire à des gens de la Cour? 11 avait à leurs yeux un tort impardonnable, celui d'avoir provoqué les États-Généraux dont ils redoutaient la tenue. Aussi, dès qu'ils se sont vus maîtres du champ de bataille, l'ont-ils rejeté comme un vil instrument désormais inutile. Enfin, quand on méconnaîtrait la bassesse du caractère des courtisans, l'homme instruit trouverait le renvoi de M. Necker la chose du
qui persiiadera-t-on qu'il a ignoré les mouvements des troupes qui devaient bloquer Paris, qu'il n'a pas été instruit de leur approche, de la marche d'une armée de cinquante mille hommes? Les ordres de faire avancer Ces troupes avec dès trains d'artillerie, n'ont pu être expédiés que par le ministre de la guerre, le marquis de Puységur, alors le très humble serviteur du favori; et les ordres de fournir aus frais immenses de cette' horrible équipée, n'ont pu être donnés que par le directeur général des finances. Il savait donc parfaitement ce qui se passait, et il s'est tu!
Mais quand il l'aurait ignoré, ce qui est impossible, et serait impardonnable, conçoit-on qu'aux mouvements des troupes, à la formation des camps au Champ de Mars et à Saint-Denis, aux postes pris sur la Seine, il n'ait pas pénétré les desseins meurtriers des ennemis de l'État, leur horrible projet de réduire Paris par la faim, le fer et le feu? Gomment donc a-t-il gardé le silence? Comment n'a-t-il pas découvert au Roi les dangers auxquels on exposait le trône? Gomment n'a-t-il pas éclaté dans le conseil? Comment n'a-t-il pas informé les États-Généraux de ce qui se tramait contre la nation? Comment n'en a-t-il pas instruit la nation elle-même? Dira-t-on, comme les émissaires de l'aristocratie, que tout cela n'était qu'un jeu pour intimider les Parisiens? Quoi 1 un jeu qui a coûté plus de vingt millions? Quoi! cinquante mille combattants dévoués à la Cour, des trains d'artillerie, des grils, des plates-formes faites sur les hauteurs qui dominent Paris, et cela pour jouer une farce grotesque contre de pauvres bourgeois, qu'une poignée de stipendiés mettait en fuite? M. Necker ignorait-il la manière dont le gouvernement plaisantait avec des sujets qui lui disputaient l'autorité? et l'insurrection générale de la nation
monde la plus simple. Il est arrivé à son égard ce qui arrive dans toutes les conjurations;— on profite de la trahison, et on sacriûe les traîtres. {ISote de Marut)