‹ Les pamphlets de MaratChapitre 3 sur 86 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

rement que les circonstances le permettaient, la publication de rAmi du Peuple^ Marat continua, de 1790 à 1792, à donner, d'abord dans des brochures assez volumineuses, puis dans de simples placards, ce que son journal ne pouvait pas contenir. Ce fut d'abord, en janvier 1790, la Dénonciation contre Necker^ puis, quelques semaines après, V Appel à la Nation^ un peu plus tard la Nouvelle dénonciation contre Necker^ et enfin, successivement, une série de pamphlets et de placards, au milieu desquels on voit, avec quelque surprise, resurgir, dans Les Charlatans modernes^ l'âpre ennemi de l'Académie des Sciences.

Cet ensemble constitue, à côté et en dehors de r Ami du Peuple^ un tableau assez curieux des batailles qu'a livrées Marat pendant ses quatre années de vie politique. C'est la suite logique et naturelle de ceux de ses écrits antérieurs qui n'ont pas trait à des travaux scientifiques. Les idées et les conceptions déjà exprimées dans Les Chaînes de V esclavage^ , dans le Plan de législation criminelle *, dans \ Éloge

\ . Sur la première édition des Chaînes de Vesciavage, voir plus loin, p. VII, et noie 3.

2. La première édition du IHan de législation criminelle parut à Neuchâtei, en 1780. Cet ouvrage avait été écrit, en 1778, pour une société suisse qui avait demandé le plan d'un code criminel (Cf. p. o de l'édition de 1790). Cette première édition est introuvable, et nous ne savons d'elle que ce que Marat a pris soin de nous apprendre, notamment que « tous les exemplaires qui ont passé deia Suisse en France sous le Sieiir de Miromesnil, garde des sceaux, ont été cartonnés en cent endroits à cause des opinions politiques de l'auteur. » [VArni du Peuple, n» 170, du 23 juillet 1790).

INTRODUCTION vu

de Montesquieu^^ circulent encore ici et se manifestent souvent en termes presque identiques. Cette connexion est d'autant plus visible que Marat luimême ne craint pas de rappeler et de citer ses premières œuvres, de les relier à ses écrits révolutionnaires, de faire état de leurs textes pour soutenir ses thèses et pour mettre en lumière l'unité de sa pensée. Ouvrons le Supplément de T Offrande à la Patrie, et nous y trouverons un exemple caractirislique de cette préoccupation. L'édition française des Citâmes de F esclavage n'avait point encore paruet l'édition anglaise, publiée sans nom d'auteur en 1774, restait d'ailleurs à peu près inconnue en France K Marat profita de cet anonymat pour donner , à l'appui d'une idée exposée par lui dans le Supplément de r Offrande à la Patrie^ an long passag-e des Chames de l'Esclavage^. Il serait facile d'ajouter d'autres exemples à celui-ci, et de noter, dans les écrits dé Marat, cette filiation d'influence, cetenchaî-

1. Cette œuvre de Marat, restée inédite Jusqu'en 1883, consiste surtout en une analyse détaillée et commentée des ouvrages de Montesquieu. Elle ne révèle donc pas un effort bien personnel: mais elle marque du moins l'influence profonde exercée par Montesquieu sur Marat et la liaison qui existe entre certaines idées de Fauteur de VEspriL des Loix et celles de Fauteur des Chaînes de l'Esclavage.

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