Il faut évidemment lire questeurs
de stupidité, d'avilissement. Nos frères d'armes ne sont point accourus de tous les coins du royaume pour nous apporter des fers; ils connaissent par la renommée les hommes de boue qu'on leur propose d'appeler au timon des affaires ; scandalisés de cette précipitation à nommer à des places de confiance des hommes dont le choix demande l'examen le plus mûr, ils savent que le salut public serait désespéré dans de pareilles mains; ils ont pénétré les pièges que cachaient les cajoleries de la cour et de ses créatures.
Au lieu d'appuyer des mesures désastreuses, ils assureront leurs droits et la liberté publique, en demandant la nomination et la surveillance de leurs officiers. Le peuple se réveillera tout à coup de sa léthargie, fera rendre gorge à ses spoliateurs, écartera avec ignominie des emplois les hommes dangereux et proscrira sans retour les hommes perdus de mœurs, dont l'on se propose de remplir le ministère.
Enfin l'Assemblée nationale se flatte ~t- elle que les citoyens honnêtes lui laisseront révoquer un décret qui tend à lui conserver les mains pures, tandis qu'elle n'a jamais voulu révoquer le décret du veto, de la loi martiale, du marc d'argent, de la contribution directe, du droit de la paix et de la guerre, qui dépouillent les citoyens de leurs droits, sapent la liberté et compromettent le salut public?
(26 juillet 1790)
Le 26 juillet, Marat jette dans le public, sous le titre : Cen est fait de nous\ une nouvelle brochure, rédigée en termes particulièrement violents. Marat y dénonce un projet de contre-révolution, l'apathie suspecte du Comité municipal des recherches, et y préconise Finsurrection à main armée.
M. Otto Friedrichs a bien voulu nous communiquer un exemplaire de cette brochure, qui est en sa possession, et qui porte des corrections autographes de Marat. Le titre luimême s'y trouve modifié ainsi : Aux armes ou c'en est fait de nous. Nous avons indiqué en note les corrections faites par Marat sur cet exemplaire ^ .
Je le sais, ma tête est à prix, par les coquins qui sont au timon des affaires de l'Etat; cinq cents espions me cherchent jour et nuit : hé bien! s'ils me découvrent et s'ils me tiennent, ils m'égorgeront, et je mourrai martyr de la liberté; il ne sera pas dit que la patrie périra, et que l'Ami du Peuple aura gardé un lâche silence.
1. In-8o de 8 pages, s. 1. n. d.; à la page 8, cette simple mention : « De l'Imprimerie de Marat. »
2. Voir à ce sujet Un pamphlet de Marat corrigé de sa main, dans la Revue historique de la Révolution française d'octobredécemhre 1910, pp. 549-552.
M. Massot- Grand 'Maison a déclaré au Comité des recherches de la municipalité de Paris avoir copié, sur l'écriture de M. Maillebois même, le projet de contre-révolution suivant* :
« Un militaire éclairé offre à M. le comte d'Artois ses services pour le faire rentrer en France d'une manière convenable à sa dignité (au cas que le prince n'eût pas d'autres vues). Ce militaire, qui croit la chose possible, propose d'engager le roi de Sardaigne à prêter vingt-cinq mille hommes de troupes, et à faire une avance de huit millions;
De tâter l'empereur, pour savoir s'il serait aussi dans l'intention de fournir des secours de l'une ou de l'autre espèce.
On paraît sûr que les ducs des Deux-Ponts, margrave de Baden, landgrave de Hesse, appuieront de toutes leurs forces le plan, puisqu'ils sont décidés à soutenir leurs droits en Alsace.
Cette confédération formée, il est question de fabriquer un manifeste dans le cabinet du prince, rédigé par MM. Mounier et Lally-Tolendall, et fondé sur la déclaration du mois de juin.
Ce manifeste, après avoir été revu par le militaire, serait publié avant d'entrer en campagne.
On commencerait par marcher vers Lyon, où l'on n'espère éprouver que peu de difficultés, par les privilèges qu'on accorderait d'abord à cette ville pour son commerce.
Un autre corps d'armée serait dirigé par le Brabant.
Et le troisième marcherait par la Lorraine.
On compte que ces trois corps d'armée se grossiraient infiniment par tous les gens du parti anti-patriotique.
On gagnerait, par les menées d'agents adroits, et à
1. D'après les corrections autographes de Marat, la fin de cette phrase se trouve ainsi modifiée : « .. avoir copié sur le manuscrit même de M. Maillebois, le projet suivant de contre-révolution... »
force d'argent, les troupes qui sont sur les- frontières.
Les trois corps d'armée s'avanceraient jusqu'à Corbeil, Senlis, et Meaux, désarmeraient sur leur passage et aux environs, toutes les municipalités, leur feraient prêter serment au roi, et les forceraient à rappeler leurs députés:, au cas que les Etats- Généraux tinssent encore leurs séances.
Paris serait bloqué, et on espère par ce moyen faire venir la nation à résipiscence'. »
Dénonciation très grave contre le comité muîiicijjat des recherches.
Les dangers imminents auxquels la patrie paraît exposée m'arrachent une dénonciation qui pèse sur mon cœur, et que je n'ai différée jusqu'à ce jour que dans la crainte de ne pas éventer le moyen de saisir le fil de tous les noirs complots des ennemis de la révolution.
Je déclare donc hautement à la face des cieux et de la terre, que j'ai"" pleine et entière connaissance d'une dénonciation remise, il y a environ six semaines, au comité national des recherches, portant réquisition de" saisir les papiers de deux particuliers plus que suspects, qui avaient des correspondances directes avec le ci-devant comte d'Artois et divers commandants des troupes de ligue; de même que de plusieurs autres particuliers plus qu'équivoques qui devaient avoir le fil de toutes les trames ourdies par les traîtres à la nation.
Je déclare encore hautement que j'ai* pleine et entière
1. D'après une correction autographe de Marat, il faut intercaler ici la phrase suivante : « Voilà donc l'indigne Desmarets terminant sa carrière comme il l'a commencée, par la perfidie et, la trahison. »
2. Correction autographe de Marat : avoir, au lieu de que fai.
3. Correction autographe de Marat : avow, au lieu de qun fai.
connaissance que, pour assurer le succès d'une opération aussi importante, cette dénonciation a été faite personnellement au sieur Garran de Coulon, qui a eu à ce sujet une conférence avec un membre distingué de l'assemblée nationale, très instruit de Tafïaire. Enfin je déclare hautement à la face des cieux et de la terre, que j'ai' pleine et entière connaissance que le comité national des recherches a donné des ordres positifs au comité municipal des recherches^ de faire les perquisitions et saisies nécessaires, ordres qui ont été méprisés avec audace. J'interpelle ici le comité municipal des recherches, de sortir des ténèbres où il s'enfonce, et d'entendre' ma dénonciation. Il ne peut avoir désobéi aux ordres exprès de l'assemblée nationale, que parce qu'il craignait de déplaire aux ministres, au maire, et au commandant de la milice parisienne, dont les liaisons avec la cour ne sont malheureusement que trop alarmantes, ou parce qu'il est' vendu au cabinet". Dans le premier cas, il est coupable d'une lâcheté criminelle; dans le dernier cas, il est*coupable de prévarication ; et dans les deux cas, il est
1. Correction autographe de Marat : avoir, au lieu de que f ai.
2. Correction autographe de Marat : à celui de la municipalité, au lieu de au comité municipal des recherches.
3. Correction autographe de Marat : de répondre à, au lieu de d'entendre.
4. Intercaler ici lui-même, d'après une correction autographe de Marat.
5. C'est en vain'que pour se disculper il alléguera la crainte de violer l'asile des citoyens, lui qui a tant de fois violé sans scrupule celui des meilleurs patriotes ; lui qui m'a fait enlever de nuit de l'asile où mes amis m'avaient dérobé au fer des assassins; lui qui a si indignement recherché les bons citoyens qui ont puni les gardesdu-corps conjurés et conspirateurs : au demeurant, les individus dénoncés sont des citoyens tarés, connus pour avoir des relations avec le ci-devant comte d'Artois, et la plupart flétris par l'opinion publique. {Note de Marat) — A la ligne 4 de cette note, il faut, d'après une correction autographe de Marat, lire mes amis m'avaient mis pour me dérober, au lieu de mes amis m'avaient dérobé.
indigne de la confiance publique. Je le dénonce comme traître à la patrie.
Lorsque le salut public est en danger, c'est au peuple à retirer ses pouvoirs des mains indignes auxquelles il les a confiés : car le salut public est la loi suprême devant laquelle toutes les autres doivent se taire. J'invite donc tous les bons citoyens à s'assembler immédiatement, à se transporter au comité national des recherches, à demander communication des ordres donnés au comité municipal des recherches', puis de se transporter à la maison-de-ville, de se saisir des registres de ce comité, de lui demander le procès-verbal des perquisitions faites en conséquence de ces ordres, et sur son refus, de s'assurer de tous ses membres, et de les tenir sous bonne garde.
Nouvelles récentes.
Dans la séance d'hier soir, M. de Grancé a donné lecture d'une lettre de M. de Bouille^ à M. Colson', apportée par un courrier extraordinaire, envoyé par le^ département des Ardennes. Elle annonce que M. de Mercy, ambassadeur de la cour de Vienne en France, a demandé au roi le libre passage pour les troupes autrichiennes sur le territoire de France, par le territoire de Luxembourg^ pour se rendre dans les provinces Belgiques adjacentes.
M. de Crancé a rapporté que sur la frontière qui s'étend
1. Correction autographe de Marat : à celui de la municipalité, an lieu de au comité municipal des recherches.
2. Intercaler ici com7nandant des trois évêche's, d'après une correction autographe de Marat.
3. Intercaler ici commandant à Mézières, d'après une correction autographe de Marat.
4. Correction autographe de Marat : du, au lieu de envoyé par le.
5. D'après une correction autographe de Marat, il faut supprimer ces mots : par le territoire de Luxembourg.
jusqu'à Metz, des hommes couraient, la semaine dernière, pendant les nuits, en criant aux armes, Tennemi est aux portes. — Qu'on a* fait partir de Gharleville le régiment de Berchigny, qui montrait le plus pur patriotisme.
M ^ député des Ardennes,a dit qu'il s'était transporté,
il y a quinze jours, avec un député extraordinaire % chez le ministre de la guerre, pour lui demander le remplacement du régiment de Berchigny ; qu'il le leur avait promis, et que dans ce moment il n'était point encore fait.
M. Voidel, président du comité des- recherches, a dit à son tour qu'il se faisait un rassemblement de troupes sur les frontières de la Savoie, que des princes de rÀUemBgne s'agitaient, et que s'ils n'avaient point encore fait de rassemblement de troupes, c'est qu'ils n'avaient pu en trouver suffisamment.
Qu'il y a actuellement à Chambéry 13.000 hommes armés, et qu'on y attend 6.000 Piémontais.
L'assemblée a nommé six commissaires, savoir : MM. Fréteau, de Grancé, Emery d'André, Menou et Delbecq, pour aller sur le champ au secrétariat de la guerre, à l'effet de prendre connaissance des ordres donnés aux commandants des places de livrer le passage aux troupes étrangères sur les frontières de France, et de ceux donnés aux troupes de ligne d'évacuer les frontières, et qui de là iraient demander au ministre communication des traités qui lient la France aux puissances étrangères.
M. Chabroud avait demandé que les ministres de la guerre et des affaires étrangères fussent mandés sur le champ à la barre, pour rendre compte de leur conduite. Sa demande n'a pas été accueillie.
1. Intercaler ici dégarni de Rocroi et qu'on a, d'après une correction autographe de Marat.