RELATION FIDELE DES MALHEUREUSES AFFAIRES DE NANCY
(12 septembre 1790)
Cette brochure se rattache aux mêmes incidents que la précédente. Déjà, dans VAmi du Peuple du 1" et du 4 septembre, Marat avait publié de longs détails sur les tragique^ événements de Nancy. Un peu plus tard, le 12 septembre, il publia cette Relation fidèle des malheureuses affaires de Nanci\ pour préciser et commenter de nouveaux détails.
Au premier bruit de ce qui s'est passé dans cette malheureuse ville, j'ai annoncé que nous n'aurions jamais, de la part des ministres, des comités, de TAssemblée nationale, et des commissaires envoyés par le gouvernement, que des relations tronquées, infidèles et mensongères. J'ai proposé, comme le seul moyen de s'en procurer d'exactes, d'y envoyer des observateurs, bons patriotes. En attendant que les bataillons parisiens, amis de la liberté, et les clubs patriotiques, prennent ce parti, plus nécessaire aujourd'hui que jamais, puisque toutes les let-
1. In-8» de 8 p.; s.l.n.d. ; avec cette mention, à la p. 8 : « De rimprimerie de Marat. n
248 LES PAMPHLETS DE MAhAT
très sont décachetées^ et interceptées à la poste; nous nous empressons de publier une lettre d'un témoin oculaire, qui nous est parvenue par voie sûre.
De Nanci, le 3 septembre 1790.
Mon cher cousin,
Comme vous n'avez d'autres parents que moi à Nancy, de qui vous puissiez savoir ce qui s'y est passé, je me fais un devoir de vous en instruire. Je vous dirai donc que M. Malseigne y est arrivé samedi 28 du passé; qu'il s'est d'abord transporté chez le commandant ; que peu après il a fait la visite des troupes de la garnison, et qu'il a fort mal traité les Suisses : il leur a reproché qu'ils ne méritaient pas de porter l'habit du Roi, et d'en manger le pain. Ces propos ayant excité des murmures, il a mis l'épée à la main et a blessé un soldat : puis il s'est échappé, est monté à cheval, et s'est sauvé à Lunéville.A l'instant douze cavaliers de Mestre-de-Gamp l'ont poursuivi. Dans l'intervalle, les Suisses se sont rassemblés sur la place royale, de même que la Garde Nationale et le régiment du Roi. En arrivant à Lunéville, M. de Malseigne a répandu l'alarme, une centaine de carabiniers ont été au-devant des cavaliers de Mestre-de-Gamp, ont fait feu sur eux; trois ont été tués, huit faits prisonniers; un seul a échappé, et est revenu ventre à terre apporter la nouvelle de cette cruelle réception. A six heures du soir, toute la garnison et la garde nationale a marché vers Lunéville; le dimanche matin ils ont attaqué les carabiniers, en ont tué quelquesuns, et ont ramené leurs prisonniers à Nancy vers les quatre heures du soir. Le lendemain M. Malseigne a tué deux carabiniers dans Lunéville, et a pris la fuite; vingt-
1. Une personne attachée à l'Assemblée nationale a reçu deux lettres décachetées. (Note de Marat)