MAIRE DE PARIS
(20 septembre 1792)
Quelques sages surpris de vous voir toujours si bien frisé, dans ces temps d'alarmes, me prient de vous faire souvenir du prix du temps, surtout pour un premier magistrat municipal, dont tous les moments appartiennent au peuple.
Plusieurs bons patriotes alarmés de vous voir abandonner depuis si longtemps la Commune et les bureaux de la Mairie, pour vous renfermer avec Brissot, Guadet, Vergniaud, Lacroix, Maindouze* et autres intrigants de leur espèce, me témoignent leurs craintes sur vos liaisons dangereuses.
Une foule d'excellents citoyens scandalisés de vous voir courir à la maison commune pour dénigrer l'Ami du Peuple, en le peignant comme un fou atrabilaire, un ennemi de la nation, dans le temps même que les émissaires des Maindouze, des Lacroix, des Vergniaud, des Guadet, des Brissot, courent les sections pour les soulever contre lui et le faire exclure de la Convention nationale, demandent quelles sont
1. Encore dimanche dernier 16 septembre, Pétion a dîné chez Maindouze avec la clique Brissot. {Note de Marat)
vos vues en abusant de la sorte d'un reste de popularité pour diffamer le plus zélé défenseur du peuple. Serait-ce aveuglement ou lâche complaisance pour une faction qui vous conservait à la tète de la Commune, en demandant l'expulsion de la municipalité provisoire?
Je cède à leurs instances et vous fais ce placard amical; il formera ma confession de foi sur le bonhomme Pétion.
Avant le l^"" août 1792, je ne vous connaissais encore que par votre conduite publique, dans laquelle je cherchai en vain des vues politiques, des vertus prononcées, de la fermeté, de Lénergie. Dans le cours de votre carrière sénatoriale, j'eus sujet plus d'une fois de vous rappeler aux principes. Vous vous êtes relevé avec éclat après le massacre du Ghamp-de-Mars, et la couronne civique vous fut décernée, à ma demande, par les bons citoyens, malgré l'opposition du sieur Moltier.
A la nouvelle de votre élévation à la Mairie, j'éprouvai un sentiment douloureux; vous n'étiez pas à mes yeux l'homme qu'il nous fallait pour faire triompher la liberté; je prévis la manière dont vous rempliriez les fonctions de cette magisirature, je rendis l'augure public par mes discours et mes écrits. C'est un bon homme, répondaient les citoyens instruits, et j'eus la douleur de voir que vous n'étiez pour eux qu'un pis-aller.
L'événemen! n'a que trop justifié mes tristes présages : vous vous êtes continuellement montré comme un homme indécis, faible, pusillanime, ennemi déclaré des mesures de rigueur que commandaient les dangers de la patrie; un homme sans vues, sans desseins, sans caractère; vous avez même été au delà du pronostic, en donnant dans tous les pièges des ennemis de la révolution, en vous mettant vousmême en otage, la nuit du 9, dans le château des Tuileries- C'en était fait de nous ce jour-là, si quelques députés patriotes ne vous eussent appelé à la barre, et si la Commune, qui connaissait votre timidité naturelle, ne vous eût consigné. Mesure vigoureuse qui fit trembler vos amis Bris-