DIRECTION GÉNÉRALE DU PERSONNEL
Paris, le 3 août 4865.
Mon cher monsieur Conti,
M. Je ministre de l'intérieur me charge de vous prier de vouloir placer sous les yeux de l'Empereur le numéro ci-joint du Phare de la Loire. Vous savez que ce journal avait pris l'initiative d'une souscription populaire à dix centimes, à l'effet d'offrir à la veuve du président Lincoln une médaille, d'or au nom de la démocratie française.
Aujourd'hui, le Phare de la Loire annonce la constitution d'un comité de vingt personnes (chiffre adopté afin de paraître respecter le Code pénal) « qui devra propager le souscription indéfiniment prolongée, de telle sorte qu'elle atteigne un total de cent mille souscripteurs. »
Ce comité se compose exclusivement d'anciens membres du gouvernement provisoire, d'hommes qui ont joué un rôle en 1848 et
de démocrates des plus avancés : Louis Blanc et Victor Hugo y figurent à côté de MM. Albert, Etienne Arago, Pelletan, Charles Thomas, etc.
Nous n'avions pas cru, jusqu'ici, pouvoir mettre obstacle à une manifestation qui empruntait un caractère tout particulier à la nature de nos rapports avec l'Amérique.
Enhardi par la réserve que le gouvernement avait observée, le Phare de la Loire transforme l'hommage rendu à un grand caractère en une machine de guerre dirigée contre le régime impérial par les hommes de 1848. Nous allons surveiller attentivement cette nouvelle phase. Je ne sais encore si la loi nous fournira d-es armes, à cause de la précaution prise par le comité de ne pas dépasser le chiffre de vingt membres. J'examinerai attentivement cette question et je prendrai là-dessus les ordres du ministre; mais Son Excellence a pensé qu'il était désirable, d'ores et déjà, que l'attention de Sa Majesté fût appelée sur une affaire qui peut, d'un jour à l'autre, nécessiter une intervention officielle.
Je joins à ma lettre le dernier rapport du préfet de l'Aisne sur la situation électorale de la quatrième circonscription de son département, laissée vacante par le décès de M, Geoffroy de Villeneuve.
Agréez, mon cher M. Conti, l'assurance de ma haute considération et de mon sincère attachement.
Le conseiller d'État, directeur général, G. de Saint-Paul.