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LES ESCROCS DÉCORÉS

Lettres de MM. Conti et Belmonlct.

CA.BINET DE L'EMPEREUR

Minute n° 29.

Palais des Tuileries (mars 18'HK

Mon cher Beimonlet,

L'Empereur n'a pas signé le décret conférant la croix de chevalier de la Légion d'honneur au nommé L***, attendu qu'il résulte d'informations prises à la préfecture de police, que M, 1/** est noté, aux sommiers judiciaires, comme ayant été condamné par la Cour royale de Paris, le 10 avril 1838, à un an de prison pour escroquerie.

Il est inconcevable, mon eher Belmontet, que vous ayez mis une

telle légèreté à présenter à l'Empereur pour une nomination dans

la Légion d'honneur.

Tout à vous.

Conti.

Corps législatif.

Paris, le 2tf mars 1870.

Mon cher Sénateur,

Le cher bonapartiste est encore sous le coup de la tuile qui lui est tombée sur la tète, venant des Tuileries.

Voire reproche de légèreté n'est nullement léger pour moi. Je stlfS sur laeroixde M. L**\ Pourquoi me crucifier pour une erreur que les minisires et l'Empereur lui-même ont eu le malheur de commettre quelquefois?

L'Empereur a nommé un préfet que M. Turgot, ministre des affaires étrangères, avait destitué pour avoir commis certains méfaits, étant en Amérique, ministre plénipotentiaire de la France.

Un préfet de Tarn-et-Garonne a fait décorer un maire que le conseil des notaires avait frappé d'indignité quelques années auparavant, comme notaire forcé de céder sa charge.

Dans l'armée, on a fait monter à des grades supérieurs des ofticiers que l'opinion publique accusait de malversation.

11 est vrai dédire qu'une erreur n'est pas justifiée par une autre erreur ; c'est évident.

Mais moi, qui n'ai pas les moyens d'être renseigné comme les ministres, les préfets et le chef de l'État lui-même, surtout sur les faits passés depuis trente ans, comme celui que vous signalez contre M. L***, comment vouliez-vous que je ne fusse pas entrainé devant des états de service militaire très-distingués et devant des lettres probantes d'officiers supérieurs?

Quoi qu'il en soit, je suis désolé d'avoir patronné un officier que l'Empereur a complimenté, à Londres, sur la publication de son traité ou code des relations internationales.

Il faudra bien que M. L*" me donne des explications non équivoques sur une condamnation dont j'ose douter encore.

.l'espère que Sa Majesté ne me tiendra pas rancune d'une erreur inévitable pour un esprit loyal comme le mien.

Le jour de la réception, aux Tuileries, des médaillés de Sainte- Hélène, l'Empereur m'a fait l'honneur de me dire, dans son cabinet, qu'il m'accordait le titre de commandeur, que quelques jours auparavant, Sa Majesté reconnaissait m'ètre du depuis longtemps, titre que je crois mériter autant que les Latour-Dumoulin et autres députés ejusdem farinœ.

Le décret n'a pas encore paru dans le Journal officiel ;k quoi attribuer ce retard ? L'indignité de M. L"* ne peut déteindre sur le président des médaillés de Sainte-Hélène.

Nous, les -impérialistes vrais, nous sommes habitues à tant de déceptions, qu'une de plus ne peut absolument rien sur la sincérité de notre culte et de notre dévouement. Nos principes nous viennent de l'âme, et l'âme se suftità elle-même. C'est égal, le coup de la tuile retentit encore. A vous toujours.

h. Belmontet.

Ce 26, anniversaire de cet incorrigible bonapartiste qui se nomme Belmontet.

CABINET DE l'EMPEKEUK.

Minute n° 35.

Sans date (mars 1870.)

Mon cher Belmontet,

Il m'est impossible de répondre à toutes les lettres que vous m'écrivez. Qu'il me suftise de vous dire que la croix de commandeur de la Légion d'honneur, qui vous a été promise, vous sera accordée au mois d'août.

Tout à vous.

Cornu

Il paraît que les sieurs Contiel Belmontet ne s'entendaient pa: précisément comme deux tourtereaux, on le voit de reste.

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