EMPEREUR JOURNALISTE
Projets d'article*.
(traces de la main de l'Empereur).
Napoléon avait, comme le prouvent les quittances trouvées dans ses papiers, trois journaux soldés sur sa cassette particulière : Le Peuple, de M. Duvernois, Le Dix Décembre et, à un moment donné, L'Époque. Il adressait de temps à autre, sur les sujels à Tordre du jour, des articles à ces journaux. C'est tantôt une attaque à l'opposition, tantôt un portrait de l'Impératrice, à propos de la Sainte-Eugénie. Nous publions aujourd'hui trois de ces articles ou brouillons d'articles.
« Les idées ont une lilialion avec les hommes. Pour savoir ce que nous sommes, il faut savoir ce qu'étaient nos pères.
» Dans la grande crise de 1814 et de 1815, lorsque l'Europe était conjurée contre l'Empire, le peuple français montra le plus héroïque dévouement à Napoléon, glorieux représentant de toutes les grandes idées de la révolution. Mais il y avait alors dans le pays trois partis, que nous retrouvons encore aujourd'hui :
» Les émigrés;
» Les républicains;
» Les libéraux.
» Ces trois partis croyaient représenter la nation et ne représentaient que des instincts égoïstes et sans racine dans le pays. Le peuple resta fidèle aux grands souvenirs de la grande époque. Eh bien, aujourd'hui il en est de mème.^La coalition de ces trois partis ne prévaudra pas contre le sentiment national," et ils auront beau mettre sur leur drapeau le grand mot de liberté, le peuple saura bien toujours que son bien-être, sa gloire, sa liberté réelle, sont avec l'Empire. »
« Ouel est le vrai représentant du peuple? C'est celui qui résume dans sa personne les votes de huit millions de Français. C'est celui qui assure l'ordre, la prospérité, le progrès; qui maintient notre ascendant devant l'étranger et qui, tenant d'une main ferme le gouvernail, empêche le vaisseau de l'État d'échouer dans l'anarchie ou la réaction. Et ce qui prouve combien l'Empereur est le véritable représentant de la France, c'est que tous les autres personnages qui sont en évidence ne représentent que des coteries opposées les unes aux autres. Est-ce, par exemple, Wl Jules Favre qui représente la France? Il est républicain; il veut que le chef du pouvoir soit renommé tous les quatre ans, qu'une Chambre unique soit souveraine et dispose du pouvoir exécutif, que les forces militaires de la France soient assez amoindries pour qu'elle ne puisse plus faire la guerre, etc. Est-ce M. Thiers? Celui-là veut la monarchie et un gouvernement parlementaire ; il veut une armée permanente fortement constituée et plus considérable que celle qui existe; il veut qu'on abandonne l'Italie et son unité, qu'on refuse à l'Allemagne la Confédération germanique, qu'on rétablisse le système protecteur, qu'on diminue les travaux publics.
» Est-ce M. Jules Simon ? Celui-là veut, etc.
a Est-ce M. Pelletan? Celui-là veut 93, la guillotine et la liquidation sociale.
» Est-ce M. Falloux? Celui-là veut lu suprématie de l'Église.
» Qu'on suppose maintenant tous ces grands citoyens réunis eu conseil. Voit-on la cacophonie qui en résulterait? MM. Jules Favre, Thiers, Pelletan, Jules Simon, Falloux décidant des destinées de la France ! Que le peuple sensé réfléchisse à ce dilemme : ou soutenir l'Empire, ou l'anarchie ! »
Ce que nous voulons (1).
« Nous voulons l'affermissement du gouvernement actuel cl le respect de la Constitution;
» L'anéantissement des anciens partis;
» La conciliation pour tous ceux qui se rallient franchement;
» Le progrès sous toutes ses formes;
» La dignité vis-à-vis de l'étranger ;
» Le bien-être des classes agricoles et industrielles.
» Il est un fait réel, c'est que l'Empereur est resté aussi populaire qu'il y a quinze ans, tandis que son gouvernement ne l'est pas.
p D'où vient cette anomalie?
» C'est que les agents du pouvoir, au lieu d'imiter la bienveilance extrême du chef de l'État, sa modestie et sa simplicité, ont été infatués des pouvoirs qui leur étaient délégués, et qu'ils ne se sont pas assez occupés de suivre les inspirations des populations et ne se sont pas assez occupés de leurs intérêts.
» Les administrations sont restées avec le même esprit que sous Louis-Philippe, hautaines et routinières.
« Les préfets ont voulu faire les pachas et imposer leurs volontés aux populations.
» Le gouvernement de l'Empereur est le plus honnête qui ait jamais existé, mais il s'est laissé contaminer par des hommes qui, sans être au pouvoir, étaient en relation avec le gouvernement et qui le compromettaient par leurs spéculations.
» La presse, au lieu de contrôler les actes de tous les agents du pouvoir, ou a été servile ou rebelle.
M) Le titre est, comme la pièce entière, de la main de Napoléon.
» Dévoués sans réserve à l'Empereur, notre lâche est de le servir, non en aveugles, mais avec les yeux ouverts. Blâmant tout ce qui est blâmable, osant résolument dire notre opinion sur les hommes comme sur les choses, ne donnons notre éloge que sur ce qui est bon, et éclairons le gouvernement sur ce qu'il doit savoir.
» La gloire de la France, le bonheur du peuple, la prospérité de l'Empire et de l'Empereur, telle est notre devise. »