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LE GÉNÉRAL DUCROT A TARLE

BRUXELLES

OFFICE DE PUBLICITÉ

Félix Oudart, imprimeur-éditeur, rue Saint-Laurent, 28, à Bruxelles.

PREFACE

Nous recommandons particulièrement à nos lecteurs parmi les documents qui forment le n° 12 des Papiers Secrets du Second Empire, ceux contenus dans les chapitres intitulés :

Les derniers jours de l'Empire et les Papiers Secrets du Gouvernement du 4 septembre.

Nous terminons dans ce numéro la reproduction de la publication entreprise par la Commune et interrompue par l'entrée des Versaillais dans Paris.

Arrivés à ce point de notre travail, nous pouvons annoncer que vraisemblablement le n° 14 sera le dernier,

à moins que nous ne parvenions, au prix de grands sacrifices, à nou s procurer quelques documents complète ment inconnus; mais, en tous cas, le n° 14 terminera notre publication.

RAPPORTS DU PREFET DE POLICE

CABINET

DU

PRÉFET DE POLICE

Paris, le 45 septembre 1867.

Espagne.

L'insuccès de la dernière insurrection a profondément divisé les progressistes et les démocrates espagnols.

Ceux-ci reprochent au général Prim d'avoir été faible et incapable; les progressistes, à leur tour, accusent Castelar, Martos, Orenze et Olozaga lui-même d'avoir cherché à perdre le maréchal, dont la prédominance les offusquait.

Le chef catalan Valdrich, qui prolonge encore sa résistance, annonce qu'il va renoncer à la lutte pour ne pas compromettre inutilement la vie de ses compagnons.

Les progressistes approuvent cette résolution ; ils comptent sur les déclarations de Valdrich pour innocenter Prim, qui justifie luimême sa conduite dans une lettre à Olozaga, communiquée d'abord à Aguirre, à Becerra, à Zorilla, à Rubio, etc.

La Martinière va tenter des démarches auprès de La Liberté et de L'Époque pour y défendre la réputation du maréchal.

Celui-ci vit très-retiré à Genève, sous le nom de Got; il affecte de cacher sous les apparences de la résignation l'amertume dont il a le cœur rempli.

Il a repoussé les propositions qui lui venaient de divers corps de troupes offrant de s'insurger, et il leur a déclaré qu'il ne marcherait qu'après leur soulèvement. v

Le Gouvernement belge a résolu de ne donner asile à aucun des insurgés espagnols.

Paris.

L'adresse en réponse au discours du grand-duc de Bade frappe visiblement l'opinion et fortifie les appréciations des nombreux nouvellistes qui annoncent que l'unification de l'Allemagne est dès aujourd'hui accomplie.

Ou s'occupe aussi beaucoup de la continuation des préparatifs qui se feraient dans nos arsenaux et dans nos places de la frontière de l'Est, et l'on persiste à s'attendre à la guerre dans un avenir plus ou moins prochain.

De là cette stagnaiion des affaires, que relèvent avec tant d'amertume les feuilles de l'opposition exploitant la grève du millard.

On ne se montre pas plus rassuré sur la crise élémentaire. Les boulangers annoncent une nouvelle hausse; les placards séditieux et les inscriptions à la main se multiplient.

Les congrès de Malines, de Lausanne et de Genève ont fourni des renseignements propres à éclairer le pays lui-même sur ses intérêts les plus chers.

A Malines dominaient des adversaires de l'Empire, qui critiquent amèrement la politique suivie vis-à-vis de Rome, et qui ont qualifié de tyrannique la défense de publier en France Pe-ncyclique. Or, la pensée du congrès de Malines n'a été qu'une protestation contre l'encyclique. On a vu les chefs de ce mouvement contester euxmêmes les doctrines du Souverain Pontife, essayer de limiter son autorité spirituelle et d'infirmer ses déclarations solennelles.

A Lausanne, on a professé le socialisme dans toutes ses exagérations, et Ton y a nié les droits du capital et ceux de la propriété foncière.

A Genève, enfin, les théories les plus anarchiques ont été préconisées. On y a proclamé l'athéisme et la République universelle.

Il pourrait être opportun de faire ressortir dans la presse les contradictions de Malines, les dangereuses erreurs de Lausanne et les détestables folies de Genève.

Le patriotisme a été bafoué dans cette dernière ville. M. Fermé, collaborateur du journal orléaniste, Le Temps a demandé que le drapeau français lut enlevé ; un professeur agrégé de notre École de médecine, M. Naquet, que ce rapport a plusieurs fois signalé, a proposé de flétrir la mémoire de l'empereur Napoléon 1er.

Les révolutionnaires eux-mêmes s'attendent à la répression de ces scandales, et il importerait de démasquer la tactique des orléanistes, qui ont organisé le congrès dont Le Temps a pris l'initiative, et celle de M. J. Favre, qui, dans une lettre des plus vives, avait adhéré par avance aux résolutions de l'assemblée.

L'odieux de ces saturnales doit peser sur le parti qui les a provoquées, et dont les prétentions menacent l'ordre social lui-même.

On ne s'occupe guère, à la Bourse, que des affaires du Crédit mobilier et de l'appui prêté par la Banque à cette institution.

Il est difficile d'imaginer le débordement d'attaques dirigées contre MM. Pereire.

L'esprit de parti se mêle aux rancunes et aux jalousies personnelles, et Ton déblatère à la fois contre ces financiers et contre le Gouvernement, qui les soutiendrait. On espérait la chute du Crédit mobilier et le contre-coup qui en résulterait parmi les petits capitalistes compromis et dans les entreprises engagées par cette société.

On prétend que, lorsque le capital en a été doublé, les fonds des premiers actionnaires étaient absorbés par des dettes qui auraient dévoré une partie des capitaux provenant de l'émission nouvelle. On affirme que des dividendes fictifs et exagérés étaient payés sur le fonds social lui-même; que Ton a ainsi trompé le public et déter-

miné une plus-value mensongère, au moyen de laquelle les administrateurs se seraient démesurément enrichis.

A ce sujet, on réveille d'autres souvenirs, tels que celui des obligations mexicaines et des pagarès espagnols.

On accuse le syndicat des banquiers Pinards, Fould et compagnie, d'avoir gagné 13 millions sur la première émission des obligations mexicaines, et 4 millions sur les pagarès, alors que les actionnaires eux-mêmes avaient moins de 10 millions sur la première opération, et 240,000 francs à peine sur la seconde, et que les souscripteurs ont à peu près perdu leur mise.

Le Préfet de police,

J.-M. Pietri.

CABINET

DU

PRÉFET DE POLICE

Paris, le 22 septembre 1867.

Bruxelles.

Les anciens rédacteurs du journal La Fraternité vont fonder à Bruxelles un journal intitulé Le Pilori, et dans lequel on se propose de déverser l'outrage sur les diverses personnalités qui servent l'Empire.

Paris.

Le mécontentement excité par la cherté du pain ne diminue pas, et il règne parmi nos ouvriers, parmi les femmes surtout, une inquiétude réelle. On recueille des lettres de menaces adressées à des boulangers, des affiches séditieuses apposées dans les faubourgs et dans lesquelles on s'attaque à l'Empereur lui-même, des propos violents qui rappellent la disette de

Sans se rendre compte des conditions et des causes réelles de la cherté qui pèse en ce moment sur les subsistances, la masse regrette que la taxe du pain ait été supprimée; elle croit à l'agiotage et à des manœuvres qui auraient fait renchérir le blé.

Ces dispositions sont trop générales pour qu'il ne soit pas nécessaire de les signaler avec persistance; elles sont exploitées avec trop de malignité pour qu'il n'y ait pas lieu de les surveiller avec une vigilance soutenue.

Divers correspondants assurent que les ouvriers se voient et se rassemblent plus souvent, et qu'il se glisse au milieu d'eux des agitateurs qui cherchent à les aigrir.

L'opposition espère qu'il sortira de là des désordres. Les journaux de province annoncent mensongèrement des rassemblements, dont ils voudraient ainsi donner le signal.

« Il y a des bornes à la patience parisienne, disait hier M. Brisson ; » on croit le peuple des barricades mort ; il n'est qu'endormi : son » réveil sera celui du lion. Chez nous, les masses n'avancent que » par soubresauts. »

L'incident du Crédit mobilier a ajouté à ce malaise et aux récriminations qui se produisent, et les articles de divers journaux à ce sujet ont soulevé de détestables passions et amené les critiques les plus amères, qui ne s'arrêtent pas aux administrateurs de la caisse en péril.

Enfin on se préoccupe des projets de Garibaldi. On croit à la connivence ou à l'impuissance du minislère italien, dont la dernière notification officielle n'a été connue que par les journaux de ce matin, et dès hier on lisait avec empressement la lettre de l'évêque d'Orléans, et l'on remarquait le rapprochement que faille prélat de la fin tragique de Maximilien avec le sort qui menace la papauté.

Il a paru hier, dans une feuille hebdomadaire consacrée aux opérations financières, le Journal des Actionnaires, un bulletin politique qui a eu, à la Bourse et ailleurs, un retentissement des plus fâcheux.

On a vivement commenté cet article, dont l'audacieuse violence égale, si elle ne les dépasse, les attaques les plus injurieuses qui aient jamais été dirigées, sous un régime quelconque, contre les institutions du pays.

Après avoir l'ait le tableau le plus sombre de notre situation commerciale et déclaré que Ton n'a même pas eu « la triste excuse » d'enrichir Paris en l'avilissant, » l'auteur de l'article dit que notre dette flotlante dépasse celle de 1848 ; que nos budgets se sont accrus d'un milliard en seize ans; que nos recettes ont cessé de progresser; que les budgets des villes et ceux des particuliers ne sont pas moins obérés que celui de l'État.

« Le Mobilier succombe, ajoute-t-il; la ruine frappe à toutes les » portes, et les désastres de Laxv sont dépassés. »

Quant à la situation même du pays, le journaliste montre la politique impériale « hautaine et provoquante à Auxerre, résignée et » satisfaite dans les circulaires de M. de la Valette, toujours agis- » santé et toujours imprévoyante »

Passant à Tétai intellectuel et moral de la France, l'écrivain signale l'infériorité de notre littérature, la dégradation de nos mœurs.

]1 signale le socialisme devenu « un dogmatisme farouche favorisé » par d'étranges connivences, » et il termine en demandant de quel droit un Gouvernement qui a accumulé tant de fautes, épuise et amoindrit le pays. « Prétendrait-il garder à lui tout seul la direc- » tion de nos destinées? » (On joint à ce rapport l'article lui-même.)

Hier, vers cinq heures du soir, un train de voyageurs a déraillé sur la ligne de Vincennes, près des fortifications de Paris.

Deux voyageurs ont été grièvement blessés, huit ou dix autres ont reçu des contusions.

Le Préfet, de police, J.-M. Pietri.

CABINET

DU

PRÉFET DE POLICE

— Paris, le 28 septembre -1867.

Bruxelles.

Le correspondant de Bruxelles signale les réunions fréquentes d'un groupe de solidaires et d'adeptes de Blanqui dont voici les noms : Deleau, Brismée, Delessalle, Vuilmet, Benoit et Watteau.

Ce comité révolutionnaire s'excite à attaquer l'Empire, à organiser les ouvriers, à les gagner par des promesses de désarmement et de réduction d'impôts.

D'un autre côté, le mazzinien Igi pousse activement ses menées, et avec ses amis il déclame contre les ministres italiens, contre le roi, contre l'Empereur surtout, « qui doit être désigné à la ven- » geance de tout patriote italien. »

Ces excitations ne sont pas isolées. De Londres et de Suisse, comme de Bruxelles, arrivent des avis analogues. A Paris même

on s'inquiète de ces menaces, et la préfecture reçoit de divers côtés des avis anonymes.

Turin.

Des lettres d'Italie, que l'on se communique dans les bureaux des feuilles républicaines, affirment qu'à Turin la garde nationale aurait refusé de marcher contre les rassemblements.

Les récriminations contre la France y sont très-vives. On colporte publiquement que l'ordre d'arrêter Garibaldi est venu de Paris et de Biarritz, et, plus que jamais, on y exalte les avantages de l'alliance prussienne.

Paris.

L'arrestation de Garibaldi, l'émotion qui en est résultée en Italie, la protestation que l'on dit avoir été signée par les députés de la gauche, et notamment par M. Crispi, sont encore les principaux objets des discussions politiques.

On s'attend à une crise ministérielle en Italie; les plus avancés annoncent une révolution à Rome, et, à l'ardeur qu'excite cette affaire dans nos conciliabules républicains, on peut juger des espérances que faisaient naître les complications prévues à Rome et dans la péninsule.

On se préoccupe aussi de nouveau des affaires d'Allemagne et de l'article que la Correspondance provinciale de Berlin vient de publier au sujet de la situation générale de l'Europe. Cet article est considéré comme très-agressif, et le bruit courait même hier qu'au sein du Parlement prussien, M. de Bismark se serait exprimé avec aigreur au sujet de la France. On parlait de mots injurieux, et l'on assurait qu'une réponse énergique allait inévitablement paraître dans Le moniteur. Quoi qu'il en soit de ces rumeurs, il est certain que les esprits sont à la guerre, que l'on croit à son imminence et qu'on la préférerait même à un état d'incertitude qui entrelient la stagnation des affaires.

Il se répète que des procès vont s'engager qui révéleront à la charge de MM. Pereire les faits les plus graves; on dit que le

comptable désigné par M. de Germiny pour débrouiller les comptes déclare tout haut « n'avoir jamais vu un tel amas d'irrégularités » et de fraudes. »

On parle de puissants patronages, de connivences coupables, et l'on rappelle la condamnation prononcée il y a quelques années contre un chroniqueur financier qui dénonçait cette situation. Le public est péniblement impressionné par les violences injurieuses de la presse : hier encore, deux journaux ont particulièrement attiré l'attention par l'audace de leurs agressions.

L'un, La Gazette de France, publie en feuilleton un article quj dénigre l'Empereur Napoléon 1er et le représente sous les couleurs les plus fausses et les plus odieuses. On ne citera ici qu'un seul passage de cet article, d'où il serait facile d'en extraire de tout aussi calomnieux.

« Ambitieux, ingrat, changeant, doux aux forts, rude aux » vaincus, tel s'annonçait le maître futur des destinées françaises. » Esprit souple et cœur sec, il pouvait prévoir sa fortune, n'ayant » ni faiblesse qui pût le perdre, ni scrupule qui pût l'arrêter. »

L'autre journal signalé plus haut, Le Nain jaune, donne sous ce titre : Les deux frères cTAlep, un article où tout le monde a vu une allusion très-évidente à la crise cfti Crédit mobilier. Dans les cercles politiques, comme à la Bourse, on se le passait de main en main et l'on y commentait surtout les deux passages suivants :

« Haroun laisse les deux frères continuer leur commerce. On dit » même que plus d'une fois il eut recours à eux pour satisfaire ses » goûts de magnificence. Bien souvent, à la veille de donner une y> fête splendide, son premier trésorier vint lui dire d'un air effaré: » Seigneur, les coffres sont vides... Haroun alors souriait d'un air » singulier, fixait sur le grand trésorier ses yeux sans regard, » étirait sa longue moustache, et, de sa voix sourde et vibrante, » lui ordonnait de dépêcher des courriers de Bagdad à Alep. La » fête avait lieu, et les frères Isaem recevaient des cimeterres » d'honneur...

» ... On dut se taire ; les Isaem continuèrent à vivre paisiblement d dans les splendeurs de leur palais et dans l'intimité du, calife, et » l'hiver qui suivit, le pain étant cher à Alep, quelques boulangers

» furent dévalisés. On rechercha les coupables et ils eurent la tête » tranchée sous les fenêtres du somptueux palais que les deux j> frères louèrent aux sultanes favorites pour quelques milliers de » sequins d'or. »

Ces au laces de la presse émeuvent d'autant plus que Ton sent la répression fort difficile, et que le dernier procès du Courrier français a prouvé le peu d'efficacité des condamnations judiciaires. M. Vermorel dit lui-même que la décision des juges prouve l'impuissance de l'autorité. « Quand un Gouvernement est fort, ajoutait-il, la loi d est appliquée dans toute sa sévérité; la répression est molle, lors- » que le pouvoir est faible. »

Le pain se vend aujourd'hui presque partout 1 franc le double kilogr. et l'on prévoit même qu'il va tomber à 95 centimes. Les boulangers des quartiers populeux ont conservé plus longtemps que les autres le prix de 1 fr, 05. Gela tient à la dépendance dans laquelle ils tiennent leur clientèle par le crédit qu'ils lui font. On n'a relevé hier qu'une seule inscription sédilieuse. Elle était dans le XVIe arrondissement et portail : « Mort aux riches. »

La baisse du pain a amené dans les disposilions de nos ouvriers une amélioration très-sensible.

II y a eu hier un seul décès cholérique (un enfant en bas âge).

Le Préfet de police, J.-M. PlÉTRl.

CABINET

DU

PRÉFET DE POLICE

Note de l'Empereur.

Paris, le 30 septembre 4867.

Depuis quelque temps, la tâche quotidienne qu'impose la préparation de ce rapport est des plus pénibles. A quelques sources que

Ton s'adresse, quel que soit le correspondant que l'on consulte, quelques renseignements que l'on recueille, la situation actuelle apparaît toujours comme peu satisfaisante; de quelque côté que l'on regarde, on se heurte à des inquiétudes sincères ou à des dé-; fiances qu'inspirent des hostilités ardentes.

On est ainsi condamné à présenter à l'Empereur des appréciations qui peuvent sembler pessimistes ; elles ne font cependant que reproduire les impressions reçues; elles les atténuentplutôt qu'elles ne les exagèrent, mais le sentiment du devoir et un religieux devouement aux institutions impériales ne permettent pas de les dissimuler, si amère que soit l'obligation d'en être l'écho fidèle.

La portion agissante de la société, celle qui s'occupe le plus de politique, qui aime les discussions, critique les gouvernements, accentue plus que jamais son opposition radicale et systématique. Elle seconde activement les hommes de parti, elle se complaît dans les attaques de la presse, elle va répétant que l'Empire est atteint dans son prestige extérieur, dans la prospérité matérielle du pays, qu'il avait ramenée, dans les garanties même qu'il donnait à l'ordre social et aux intérêts conservateurs.

Et pourtant les masses ne sont pas gagnées par cette défiance et cette désaffection. Elles restent attachées à l'Empereur et k sa dynastie; elles aiment sa personne; elles comptent toujours sur sa sagesse; mais ne faut-il pas craindre que, mobiles et impressionnables, elles ne risquent, dans un moment donné, de suivre l'entraînement des classes dirigeantes, et de leur prêter pour une œuvre révolutionnaire le concours qu'elle ne paraissent nullement disposées à lui donner aujourd'hui?

Ces populations, qui constituent le nombre et la force, ne se demandent-elles pas elles-mêmes, quelle est la volonté de l'Empereur? quelle est son action? qnelle est le but poursuivi par son Gouvernement?

Est-ce la guerre avec les entraînements du patriotisme, avec les chances heureuses que promettrait l'héroïsme de nos soldats.

Est-ce la paix avec sa sécurité, la réduction des dépenses militaires, celle des contingents annuels et l'abandon d'un projet de réorganisation de l'armée resté peu populaire?

Est-ce une nouvelle évolution libérale telle que l'annonçait la lettre du 19 janvier?

Est-ce, au contraire, une plus grande force rendue, dans l'intérêt du pays, à l'action gouvernementale?

Voilà les questions que l'on se pose partout avec anxiété.

Le choix à faire est grave et difficile; tout le monde sent aussi que dans l'état d'incertitude et d'engourdissement où se trouve le pays, une affirmation nette et résolue de la politique et de l'action impériale avec une urgence chaque jour plus grande à la prévoyance et à la sagesse du Gouvernement.

Plus qu'aucun autre pays, la France, où se conservent tant de germes révolutionnaires, a besoin d'être gouvernée et conduite.

A cette condition seulement les masses reprendront dans l'avenir leur confiance toute entière.

CABINET DU PRÉFET DE POLICE

Paris, 24 novembre 1867.

Londres.

La loge Les A?nitiés de Lyon vient d'envoyer à celle des Phila* delphes de Londres son dernier procès-verbal, duquel il résulte qu'il aurait été résolu de chercher à recruter le plus grand nombre possible de militaires, afin de les gagner à la cause démocratique. Le parti n'est pas satisfait de l'esprit de l'armée; il espérait que la nouvelle expédition de Rome soulèverait des résistances de la part des soldats et aboutirait même à un refus d'obéissance.

Suisse.

Les hommes politiques, en Suisse, discutent s'il convient à la République de prendre part au congrès sur la question romaine.

La majorité paraît résolue à décliner l'invitation, en se fondant sur la neutralité de la Suisse et sur les dispositions formelles de l'article 2 de la constitution fédérale de 1848.

Paris.

La Bourse a monté hier, par suite de l'impression résultant de la partie de l'exposé de la situation de l'Empire qui traite de nos finances. On croit à l'ajournement d'un emprunt et à la possibilité de suffire aux besoins avec les ressources ordinaires de la treso rerie.

De là une hausse sur la rente française, et les autres valeurs en subissent l'influence.

Celte hausse serait bien plus sensible sans les graves préoccupations qui pèsent sur l'opinion publique.

On est toujours soucieux» de l'Italie. Les inquiétudes qui naguère tenaient aux complications allemandes sont aujourd'hui entretenues par les affaires de Rome.

Mais, si vives que soient ces préoccupations, elles le sont moins encore peut-être que celles résultant des dispositions de l'esprit public.

On ne peut, en effet, qu'en être vivement frappé.

Partout c'est un débordement de critiques amères, de défiances injustes, d'appréhensions inquiètes.

Si l'Empereur a conservé son autorité auprès des masses, on ne saurait nier que, dans les classes dirigeantes, on lui fait une guerre aussi acharnée qu'imprévoyante.

Le respect de l'autorité est affaibli, la calomnie s'attaque à tout.

L'Empereur et l'Impératrice sont le but principal vers lequel sont dirigés les traits les plus empoisonnés de la faction orléaniste.

Il y a à Bruxelles des sicaires du mensonge et de la calomnie qui, chaque jour, reçoivent d'agents orléanistes le salaire de leur lâchelé.

Le ton de la petite presse a passé dans les conversations et dans les mœurs; la chronique scandaleuse défraie les cercles et les salons; les forces conservatrices se divisent et s'abandonnent, et Ton sent au-dessus d'elles les appétits excités, les passions qui fermentent, et une soif immodérée de bien-être et de jouissance matériels.

L'œuvre des libres penseurs et de la morale indépendante se poursuit au grand jour; il suffît de vouloir mourir sans prêtre et être inhumé sans aucune cérémonie du culte pour être-exalté par certaines feuilles publiques.

Tout récemment, à Bourges, une femme du peuple, à Orange, un docteur en médecine, ont ainsi obtenu les éloges de la presse dite libérale et occasionné des manifestations dont le caractère anarchique, en dehors même de toute conviction religieuse, effraye les uns et démoralise les autres.

Dans la réunion qui a eu lieu chez M. Marie, on s'est surtout occupé de l'attitude que devait prendre l'opposition de gauche au prochain renouvellement du Corps législatif.

Il a été posé en principe que l'on devait s'appliquer à faire prévaloir les idées de conciliation.

G'est sur cette. base que l'on discutera dans la prochaine réunion la composition même de la liste.

On paraît disposé à appuyer à Paris la candidature de M. Thiers et celle de M. É. Oilivier.

Un seul des députés de Paras, M. Damiron, serait exclu.

Hier de douloureux accidents se sont produits à l'Exposition universelle.

Un homme d'équipe a été broyé sous lé poids d'une caisse, deux autres ont élé blessés assez grièvement.

Les fourneaux du Prince Impérial ont débité hier 34,430 portions, dont 19,798 rations de pain.

Le Préfet de police,

J.-M. PlETRI.

CABINET

t PRÉFET DE POLICE.

Paris, le 28 novembre 1869.

Paris.

Au passage de l'Opéra, on escomptait hier en hausse le discours de l'Empereur et les déclarations libérales qu'il doit contenir , d'après tous les bruits qui circulent à ce sujet.

D'un autre côté, il paraît certain que tout projet de manifestation est abandonné pour le 29 novembre, et l'on s'accorde à croire que le lendemain sera fort calme. On se demande toutefois avec anxiété ce que va faire la Chambre et quelle sera l'attitude, quelle sera la force de ia majorité. À entendre la plupart des députés, ceux au moins, et c'est le plus grand nombre, qui n'ont pas de préoccupations personnelles et d'arrière-pensée ambitieuse, le besoin de rétablir l'union et de marcher d'accord, maigre des dissentiments réels sur des questions particulières, est généralement senti. En présence des périls qui menacent l'ordre social, on s'excite à les dominer par une loyale et patriotique enlente.

Mais sur les questions de personne les préférences et les répugnances s'accusent et persistent à s'affirmer. Ce que les journaux disent des réunions particulières des membres du Corps législatif , les détails , plus circonstanciés encore , que colportent les chroniqueurs des salons et des journaux, jettent une triste lumière sur ces hésitations et sur ces rivalités.

On espère toutefois que la majorité conservatrice issue du dernier scrutin ne sera pas réduite à l'impuissance, et qu'elle ne rendra pas inévitable une dissolution qui pourrait amener de graves événements.

La gauche parlementaire, quoique moins nombreuse, n'échappe

pas à ces divisions intestines, et dans les réunions qui se succèdent, l'opposition des vues et des principes amène des discussions prolongées qui n'aboutissent toujours pas à une entente. MM. Favre et Picard restent à la tète d'un groupe nettement opposé à la politique du radicalisme.

Les partisans de M. Blanqui, Tridon et ses amis, continuent leurs préparatifs révolutionnaires. Les meneurs assurent que l'organisation est complète et que le jour de l'action n'est pas éloigné.

Le Rappel a vu baisser de moitié son tirage. Le Réveil a augmenté le sien d'un tiers, mais la situation financière de ce journal est toujours précaire.

Le comité électoral de M. Gent, ayant 2,000 francs de dettes, a obtenu queMM. Bancel, Pelletan et Esquiros feraient à son profit des conférences.

Les réunions privées se multiplient, et, au dire de ceux qui les organisent et les fréquentent, elles produisent tous les effets des anciennes sociétés secrètes, et fournissent les mêmes moyens d'action.

On joint ici un compte rendu des deux réunions électorales tenues rue Saint-Martin et boulevard de la Chapelle.

Dans la première, M. Glais-Bizoin, vivement interpellé, n'a point catégoriquement répondu aux questions qui lui étaient faites sur son radicalisme. On lui a demandé l'engagement de donner sa démission au bout de deux ou trois ans pour remédier à la trop longue durée de son mandat. Ces sommations embarrassaient beaucoup le candidat, à qui la patience a fini par échapper et qui a déclaré qu'il serait un trait d'union entre les diverses nuances delà gauche; qu'il irait s'assoeir près de M. Picard. « M. Picard a trahi, » ont crié de nombreuses voix, « et nous ne voulons pas d'un député qui lui ressemble. »

La séance a été marquée par un incident orageux. Le président ayant aperçu deux assistants qui prenaient des notes les a mandés an bureau, où ils ont été traînés. Un sieur Nathan a prétendu les reconnaître pour des agents de la préfecture. L'un d'eux a justifié d'une carte d'électeur, l'autre n'a pu en produire, et le président,

en le fouillant, a sorti de sa poche un casse-tête. On crie alors de tous côtés : « Tuez-le, étranglez-le. » Le tumulte est à son comble. L'individu donne au président son nom et son adresse. Le commissaire de police saisit l'arme et dresse contre le délinquant un proces-verbal, qui va être transmis à la justice. Le calme se rétablit enfin, et rassemblée se sépare à l'heure accoutumée.

On a déjà parlé, dans les rapports antérieurs, de l'agitation qui se produit dans le département du Nord, des passions politiques qui se mêlent aux récriminations intéressées des fabricants et à celles des ouvriers qu'ils excitent. On a signalé l'envoi d'émissaires que le comité belge de l'Association Internationale a chargés d'exploiter cette situation. Voici les passages les plus saillants d'une lettre qu'écrit à ce sujet un correspondant, qui subit évidemment l'impression du milieu dont il est entouré, et qui présente les choses comme il les voit et la situation comme il la juge :

€ Je suis navré de ce que je vois, de ce que 'j'entends autour de » moi. La méfiance et la désaffection croissent d'heure en heure » dans ce pays, et l'on y parle de la chute de l'Empire comme d'un » fait nécessaire, imminent. Qu'on vous le dise, d'ailleurs, ou qu'on » vous le cache, tenez-le pour un fait certain.

» Tout le monde dit que M. Leroux a eu la main forcée par » M. Rouher dans cette fatale mesure de la composition de la com- » mission d'enquête. Lui-même l'a dit; aussi M. Rouher est-il » l'objet des plus violentes attaques dans notre presse. Un journal » ultra impérialiste de Roubaix le traite aujourd'hui de « Polignac » de l'Empire. » Vous avez lu, sans doute, la lettre de la Chambre » de Commerce de Roubaix, si insolente et si menaçante pour le » Gouvernement.

» Une coalition formidable s'organise contre l'Empire, entre les » haines politiques et les haines économiques.

» Il y a quelques jours à peine, dans un restaurant de Paris, » M. de Persigny(je crois pouvoir garantir le fait) mettait sa main » dans celle de Glais-Bizoin. L'un contre l'Empire, l'autre contre » M. Rouher, je le veux bien ; mais M. de Persigny s'exprimait sur

s la situation dans les termes les plus alarmants. — N'est-ce point » un signe du temps ? »

Le Préfet de police, J.-M. Pietri.

Piétri, Bonaparte.

Bonaparte, Piétri, Ils étaient très-bien ensemble.

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