DEPECHE OFFICIELLE
Bureau de Tours.
N° d'arrivée 483.
Intérieur.
Urgence. — Tours, de Lille, 563G, 65, 4, 11 h. 25 m. soir. — Préfet Nord à Intérieur. Tours, 5(>0o\ — J'ai reçu aujourd'hui la visite de « M. Frédéric Debains », secrétaire d'ambassade, attaché à l'armée du Rhin. Il vient de partir directement pour Tours, où il
lient à arriver le plus tôt possible. Il a des détails fort intéressants sur ce qui s'est passé à Metz, et qui confirment les opinions des officiers déjà évadés.
Procès-verbal d'enquête.
L'an 1870, le 5 novembre, par devant M. Mir, sous-préfet de Castelnaudary, assisté de M. Grouvelle, procureur de la République, a comparu M. Maffre, médecin principal de l'armée de Metz, lequel invité à fournir des renseignements et des explications sur les circonstances qui ont précédé la capitulation de Metz, a fait les déclarations suivantes :
Demande : Vos nom, prénoms, profession et domicile? Réponse : Auguste Mafï're, médecin principal de l'armée de Metz, actuellement résidant à Castelnaudary.
D. À quelle époque êtes-vous arrivé à l'armée de Metz?
R. Vers le 10 août. Le 14 au matin, j'ai été voir le maréchal Bazaine, que je n'avais pas vu depuis son départ de Paris. J'ai connu le maréchal au Mexique, et c'est dans cette campagne qu'il m'a attaché au quartier général.
D. Quelles sont les opérations mililaires qui ont été tentées par le maréchal?
R. Le 14 août, l'armée a passé de la rive droite sur la rive gauche de la Moselle, pour couvrir la retraite de l'Empereur sur Verdun. L'opinion que j'ai entendu manifester, c'est que cette manœuvre a été désastreuse pour l'armée : si, au lieu de descendre dans la vallée, on s'était tenu sur les collines qui environnent la ville, on aurait empêché les Prussiens d'avancer et évité le blocus.
Je passe sur les journées des 15 et 16 août qui sont générale-
ment connues. Je dirai seulement, que le maréchal a reproché au général Ladmirault de s'être trompé de chemin et de s'être attardé de 4 heures. Le maréchal avait à Rezonville le roi de Prusse devant lui avec sa garde. Si le général Ladmirault était arrivé à temps, i 1 aurait soutenu le maréchal Canrobert, qui a fléchi, et le gain de la journée était certain.
D. A quelle cause attribuez-vous la retraite du maréchal sur le camp retranché de Metz?
R. Les soldats n'avaient plus de munitions (et il n'en existait même plus dans Metz); les Prussiens, du reste, avaient coupé la route de Verdun à Briey.
D. Pourquoi, du 18 août au 31, n'a-t-il été tenté aucune opération sérieuse?
R. On s'occupait à faire des munitions et on terminait les fortifications et l'armement de la ville et des forts.
D. Quel était, suivant vous, le but de la sortie du 31? R. Je crois que Bazaine voulait donner la main au maréchal de Mac-Mahon vers Stenay.
D. N'est-il pas vrai cependant que les bagages de l'armée étaient restés consignés dans l'île Chambrière?
R. Je n'en sais rien; mais il est vrai que je ne les ai point vus.
Voilà tout ce qu'a publié la commune. Nous faisons suivre ce document interrompu de ceux que la bande de l'hôtel de ville allait mettre au jour et que ses journaux avaient déjà publiés.