‹ Les Papiers secrets du Second EmpireChapitre 99 sur 132 · M. HÉBERT · texte numérisé non relu

M. HÉBERT

On reçoit l'avis suivant :

« On se livre au jeu avec frénésie chez la fille Constance, maîtresse du marquis de Galiffet, demeurant boulevard des Capucines, au coin de la rue Neuve-des-Capucines, au-dessus des magasins de Giroux. » Le jeu ne commence bien qu'après une heure du malin. » M. Palestiino est prié de faire vérifier, avec circonspection, l'exactitude de cet avis et de faire connaître le résultat des investigations.

Granz.

MUe Constance Résuche est dans mon cabinet.

Veuillez me répondre de suite.

Je ne puis la nourrir pendant longtemps.

Je crois que nous n'avons pas un droit absolu de refus.

Un mot dans le rapport.

Marseille, 49 octobre 4854.

Monsieur le chef de la police municipale,

Je suis arrivé hier dans la soirée à Marseille.

Ce matin, à 8 heures, je me suis rendu à la préfecture, où je n'ai rencontré que M. le sous-préfet M. le préfet; est à Paris. M. le souspréfet, à qui j'ai remis la lettre de M. le préfet de police, m'a paru assez embarrassé et craindre l'autorité militaire; aussi je me suis rendu de suite chez M. le général Rostolan, qui m'a parfaitement accueilli et promis toute assistance pour le jour de ma mission. Il m'a fait connaître l'avis qu'il a reçu du ministère au sujet de M. de Galiffet, qu'il a fait venir hier chez lui, et tout en le prenant par les sentiments, lui a enjoint l'ordre de se rendre sans retard sous les murs de Sébaslopol.

M. de Galiffet paraît avoir écouté avec respect et résignation les bons conseils du général, car il a fait demander immédiatement par voie télégraphique ses effets militaires restés à Paris, et le 21 il doit s'embarquer. Pour s'assurer de sa soumission, M. le général l'a invité à un dîner d'adieu pour demain 20.

Et à l'instant je pars pour Aix, à l'effet de m'informer de ce qui se passe au château de Tholomet et, muni d'une lettre de M. le général pour le commandant de la place, ordonnant l'arrestation de M. de Galiffet, dans le cas où il voudrait se soustraire aux ordres qu'il a reçus.

Aussitôt après le départ de M. de Galiffet, j'agirai à l'égard de Mlle Constance ce qu'il appartiendra (sic) et m'empresserai d'avoir l'honneur de vous en informer.

Weidenbach.

POLICE MUNICIPALE

No 58,449. — Affaire concernant la famille de Galiffet et la demoiselle Constance.

RAPPORT

1er décembre 1854.

Ainsi que je l'ai annoncé par mon rapport du 21 novembre dernier, la demoiselle Constance, par suite de mes démarches près d'elle, conformément à la prescription de la note ci-jointe, était résolue de renoncer, par écrit, à son projet de mariage avec M. de Galiffet, et de rendre tous les titres faits à son profit, moyennant le remboursement de la somme de 90,000 francs qu'elle doit avoir déboursée pour M. de Galiffet, plus 100,000 francs et la propriété de Chatou pour indemnité.

' La famille de M. de Galiffet n'ayant pas cru devoir consentir à cet arrangement, j'en ai informé la demoiselle Constance le 29 novembre ; et le lendemain 50, elle est venue avec son frère, à mon bureau, pour me dire que, puisqu'il en est ainsi, elle veut rompre toute négociation et attendre patiemment le retour de M. de Galiffet, dont elle prétend avoir reçu des nouvelles satisfaisantes. Elle se dit enceinte des œuvres de M. de Galiffet.

L'officier de paix, Weidenbach.

Vu : X.

POLICE MUNICIPALE

No 58,449. — Affaire de la demoiselle Constance Résuche.

RAPPORT.'

24 novembre 1854.

J'ai l'honneur d'informer Monsieur le préfet que je suis enfin parvenu à disposer la demoiselle Constance Résuche de renoncer à son projet de mariage avec M. de Galiffet et à tous les actes faits à son profit, moyennant certain remboursement et dédommagement, auquel elle prétend avoir droit réel.

La famille, informée de ce résultat, doit prochainement me faire connaître son ultimatum aussi, afin de conclure ce traité de paix.

L'administration a donc, dès ce jour, atteint son but. G'est à la famille à présent d'en profiter.

Une note du cabinet me prescrivant de continuer les démarches, et les deux parties m 'ayant invité à rester leur interprète, je poursuis celle affaire jusqu'à la fin, pour en rendre compte par un rapport définitif.

L'officier de paix,- Weidenbach.

POLICE MUNICIPALE

No 58,449. — Compte rendu d'une mission relative à M. de Galiffet et la fille Résuche.

RAPPORT

Le 27 octobre 1854.

Parti de Paris le 17 du courant, à huit heures du soir, je suis arrivé le lendemain à la même heure à Marseille.

Le 19, je me suis rendu immédiatement à la Préfecture et ai remis la lettre de M. le préfet de police.

Après avoir conféré avec M. Levet, sous-préfet, remplaçant par intérim M. le préfet, absent, ainsi qu'avec M. le lieutenant général, commandant le département, je me suis assuré, par une surveillance, de la personne de M. de Galiffet, que je devais mettre en état d'arrestation, selon la décision de M. le général, s'il venait à vouloir se soustraire aux ordres de départ qu'il avait reçus.

Dès le 20 au matin, M. de Galiffet est venu à l'hôtel de l'Orient, à Marseille, accompagné de sa maîtresse et de cinq à six domestiques, afin d'y préparer son départ.

A l'hôtel, il a fait passer sa maîtresse^pour sa femme, et à M. le général, il a dit être accompagné de sa sœur, pour obtenir la permission de refuser le dîner que cet officier supérieur lui avait offert.

Le général n'ayant voulu voir que sa mission militaire, s'est abstenu de toute réflexion.

M. de Galiffet, malgré ses récriminations contre sa sœur, qu'il accusa de cette mesure sévère à son égard, s'est cependant soumis avec résignation, et le 22, à dix heures du matin, il s'est embarqué sur le vapeur le Sinaï, se rendant en Orient.

M. de Galiffet a été muni de 4,000 francs en or, qu'il s'est fait compter la veille par son chargé d'affaires, M. Tavernier, avocat, à Aix.

Avant de quitter le château de Thomelet, il a donné procuration générale audit avocat, avec ordre de servir la totalité de ses revenus à la fille Constance Résuche, qui devait continuer à résider audit château, jusqu'au moment de son retour, qu'il promettait avoir lieu dans cinq mois, époque à laquelle finit son congé, et alors de contracter mariage.

En outre, il lui a souscrit deux reconnaissances, l'une de 14,000 francs et l'autre de 16,000.

Puis un acte sous-seing privé, par lequel il donne à cette fille

25,000 francs de rente, et, enfin, un testament léguant toute sa fortune.

Pour prévenir toute espèce de scandale, et laisser complètement ignorer ma présence et la mission dont j'étais chargé, c'est-à-dire de faire expulser du château de Thomelet la fille Constance, son frère et toute sa suite, je ne me suis mis à l'œuvre qu'après le départ de M. de Galiffet.

Or, le 23, je me suis rendu à Aix, et après avoir conféré avec M. le sous-préfet et M. le procureur impérial, je me suis transporté, accompagné de ce magistrat, au château de Thomelet, pour mettre en demeure la fille Constance, et sa suite, d'a\oir à quitter les lieux le plus promptement possible; et, en effet, cette fille et son entourage ont obtempéré en quittant cette localité le lendemain 24, pour retourner à Chatou, où elle doit se trouver en ce moment.

Quant à la mission que la famille de Galiffet m'avait donnée avant mon départ de Paris, de m'emparer et d'apporter les diamants, d'une grande valeur, de feu Mme Galiffet, mère, je les ai saisis; mais réflexion faite, et pour sauvegarder l'administration, ainsi que moi-même, des difficultés qui pourraient en surgir, j'ai cru, en ne m'en chargeant pas, satisfaire à tout, en les déposant entre les mains du fondé de pouvoirs de M. de Galiffet, en présence de M. Gvouzet, commissaire de police à Aix.

Ces diamants se composent :

1° De plusieurs broches réunies en une seule, dans un écrin;

2° Un bracelet dans un écrin ;

3° Une paire de boucles d'oreilles dans un écrin.

Les décorations de feu M. de Galiffet père ont été laissées à Chatou, où Mlle Constance a promis de les remettre à ma première réquisition.

Néanmoins, je ne ferai cette nouvelle démarche qu'après de nouveaux ordres.

Ainsi que M. le préfet daignera en juger par les détails qui précèdent, j'ai apporté tous les ménagements possibles dans cette

mission, sans importance par le fait, mais du moins assez délicate dans les formes, en raison de son caractère.

A cette occasion, je dois faire remarquer à M. le préfet que le manque de pièces explicatives de ma mission a fait supposer, dans le département des Bouches-du-Rhône, que j'étais chargé d'une mission secrète pour sonder l'opinion publique, et que je crois ne devoir le succès de l'affaire du Thomelet qu'à l'influence qu'exerce en province l'administration de Paris.

L'officier de paix,

Weidenbach.

Monsieur le chef de la police municipale,

Le vapeur le Sinaï, qui devait partir hier 21, n'a quitté le port de Marseille que ce matin à 10 heures. Il emporte M. de Galiffet se rendant sous les murs de Sébastopol.

La fille Constance doit continuer à résider au Thomelet; mais demain matin à 10 heures je dois avoir une entrevue avec M. le souspréfet et M. le procureur impérial, afin d'aviser pour l'expulsion de celte fille du château et de la saisie d'objets de prix et de famille dont elle serait nantie.

Aussitôt ce but atteint, ce qui ne peut tarder, je m'empresserai de revenir à mes devoirs à Paris.

L'officier de paix, Weidenbach.

No 58,449. — lre division. — 4e bureau. — Ire section. PRÉFECTURE DE POLICE.

Paris, le 24 juin 4856.

Il a été visé aujourd'hui un passeport pour Rio-Janeiro (Brésil) à Mlle Résuche, Armande-Félicité, âgée de 25 ans, artiste dramatique, née à Bourbon-Vendée, demeurant à Paris, rue Saint-Lazare, 5.

Sœur de la belle Constance (affaire Galiffet). Les deux sœurs se séparent. Armande a, dit-elle, engagement pour le théâtre de Rio.

Le chef de bureau, Hertachaunin.

CABINET DU PREFET DE POLICE

Monsieur Weidenbach,

Veuillez continuer les démarches auprès de la demoiselle Constance Résuche, dans l'intérêt de la famille.

A. Domenech.

A Monsieur le chef de la police municipale.

Je m'empresse de vous informer que j'ai parfaitement réussi dans la mission qui m'a été confiée.

Mlle Constance et sa suite ont quitté aujourd'hui le château du

Thomelet, pour retourner demain matin par le chemin de fer à son habitation de Chatou.

Les diamants de la famille (pour 23,000 francs au moins) ont été déposés entre les mains de M. Tavernier, avocat à Aix, auquel M. de Galiffet a remis, avant son départ, une procuration générale.

Quant aux décorations de M. de Galiffet père, elles ont été laissées à Chatou, où Mlle Constance m'a promis de me les remettre.

Voilà l'ensemble de l'histoire en gros.

Quant aux détails, je les réserve pour Paris.

Votre très-humble subordonné officier de paix, Weidenbach.

Aix, 24 octobre 1854 au soir.

Voir, pour la suite, le n° 13 des Papiers Secrets.

TABLE DES MATIÈRES

Préface.

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