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LA PLUSIE GAMMA

PLustA (Ochs.) gamma (L.) — LE GAMMA ou LA NOCTUELLE DU LIN OU DES POIS SUCRÉS

OUS avons vu que la Belle-Dame (p. 126) était parfois si commune en certaines contrées que les représentants de son espèce se réunissaient en vols considérables et franchissaient des pays

entiers, des continents, voire même la mer. Eh bien, la PLUSIE GAMMA, si fréquente chez nous, fait de même à l'occasion. Ses vols n'atteignent pas, 1l est vrai, les proportions de ceux de la Vanesse des chardons; mais ses migrations sont cependant remarquables, et cela d'autant plus qu'elles sont exceptionnelles et très contraires aux mœurs habituelles du papillon que l'on rencontre presque toujours isolément.

Ce curieux instinct qui pousse certains Lépidoptères à voyager fait penser aux nuages envahissants et destructeurs des criquets d'Afrique qui parcourent le pays par millions, exterminant toute verdure sur leur passage. Les récits de Brehm à ce sujet sont fort intéressants. On observe également de ces expéditions par bandes nombreuses chez les libellules : on en voit parmi les agrions, ces tout petits odonates bleu de ciel et noir, au corps très mince, aux ailes pédonculées, on en observe chez le sympetrum de Fonscolombe au corps rouge vif, et surtout chez la libellule déprimée et la libellule quadrimaculée. Le naturaliste Hagen ayant assisté à cet événement raconte que la colonne qu'il a vue était formée d'individus volant en rangs serrés, mais lentement. Cette colonne avait pour point de départ un étang où la plus grande partie des insectes étaient éclos le matin même : elle mesurait 500 mètres de long, sur une largeur de 20 mètres et une hauteur de 5 environ. Elle suivait une direction précise et lorsque vint le soir, toutes les libellules se posèrent sur les maisons et les arbres environnants pour reprendre leur migration le lendemain.

Il est bien difhcile d'établir les raisons précises et réelles qui

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déterminent chez les sauterelles, comme chez les papillons ou les libellules, la formation de ces convois et leurs pérégrinations lointaines. Apparemment elles sont dues à une trop abondante apparition de telle ou telle espèce en un même lieu et à la nécessité, pour ses nombreux représentants, d'aller chercher ailleurs les moyens de leur propre subsistance ou ceux de leur progéniture.

Mais si le GAMMA imite les libellules ou les criquets dans leurs voyages, 1l ne le fait que très rarement. Notons donc plutôt ce qu'on peut observer chaque jour à son sujet. Notre insecte est un papillon extrêmement répandu; c'est la plus commune des Plusies et même peut-être la plus fréquente de toutes les Noctuelles. Ses générations se succèdent sans interruption pendant le printemps, l'été et l'automne, à raison de deux ou trois par année. On peut trouver le papillon, comme la chenille, pendant toute la durée de la belle saison, le premier déjà en février ou mars et jusqu’en octobre, novembre et décembre, la deuxième surtout à la fin de l'été et en automne. Ayant déjà étudié la chenille dans le volume précédent (p. 287-291), nous dirons simplement ici qu'elle est verte, lignée plusieurs fois de blanchâtre dans le sens de la longueur, et qu'elle atteint 3 ou 4 centimètres de long. Les côtés de la tête sont toujours marqués d'une tache noire, allongée. Le corps porte quelques poils épars et seulement six paires de pattes, ce qui fait ressembler la bête à une arpenteuse et l'oblige à marcher un peu comme ces dernières, en bouclant et débouclant son corps. À l'exception des graminées, elle mange de presque toutes les plantes basses, surtout les légumineuses. Elle est souvent nuisible dans les jardins et les cultures, où elle attaque les salades et les laitues, les choux, les pois, le lin, les trèfles et les pommes de terre. La chrysalide est enfermée dans un cocon soyeux, mince et blanc, caché sur le sol. Elle éclôt au bout de deux à trois semaines ou après l’hivernage.

Le papillon vole surtout à la tombée de la nuit, mais on le rencontre aussi, de temps à autre, en plein jour, bubriant-cer des Maur.

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A cet effet, ainsi que le montre notre planche, il se pose sur les pétales, laisse pendre son abdomen presque verticalement, et, tout en suçant le nectar du bout de sa longue trompe à laquelle il imprime un mouvement de va-et-vient régulier et rapide, 1l continue à battre des ailes. Quelquefois, pendant un instant, 1l les immobilise, mais les garde ouvertes, toujours prêtes à l'essor, car il est très vif. On le voit s’arrêter sur la plupart des fleurs de prairies et de jardins, mais il en est certaines qui semblent l'attirer plus spécialement; de ce nombre est le silène enflé que le GAMMA visite presque chaque soir.

Ce nom a été donné au papillon qui nous occupe, à cause du signe doré qu’il porte sur les ailes et qui ressemble à une lettre. Les uns y ont vu le gamma, d’autres le lambda de l'alphabet grec. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas là la seule partie brillante de l'aile : sur presque toute sa surface, surtout si le papillon est fraîchement éclos, glissent des reflets dorés, argentés ou verts, charmants par leur discrétion. Chez quelques espèces voisines, ces reflets se transforment en véritables plaques d'or ou d'argent, ce qui a valu au genre l'appellation de « plusia » qui signifie « riche ».

La NOCTUELLE DU LIN, variant pour l’envergure entre 3,5 et 4,5 centimètres, varie aussi dans la couleur des ailes supérieures, qui sont tantôt gris clair, tantôt d’un gris brun, violacé ou rougeâtre, plus ou moins foncé. Le mâle a les ailes plus larges et plus triangulaires que la femelle, comme aussi, en général, plus sombres, parfois presque noirâtres. Dans ce cas le «gamma» doré ressort d’une façon merveilleuse, avec une précision extraordinaire.

La MARIÉE — Catocala nupta L. Femelle, grandeur naturelle, au vol. Femelle, grossie deux fois, au repos.

Tronc d'Osier blanc — Salix alba L.

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