LE SPHINX GAZÉ
que la chenille de notre papillon mange aussi du sureau rouge et du gaillet jaune, voire même, à la montagne, de la grande gentiane, examinons plutôt les diverses espèces de lonicéras qui croissent chez nous. Penchons-nous bien, et avec un peu de patience, nous découvrirons certainement sous les feuilles ou sous les ramilles horizontales, de belles chenilles d’un vert vif qui se tiennent de la même façon que celles du Sphinx du troëne (p. 223), c'est-à-dire fixées au support par les trois ou quatre dernières paires de pattes seulement, alors que tout l'avant du corps pend dans le vide, en suivant une jolie courbe. La bête expose en pleine lumière une bonne partie de sa face ventrale, qui est parcourue dans toute sa longueur par un large ruban brun rouge foncé, ou pourpre violet. Cette teinte, nettement délimitée, fait un effet splendide à côté du vert jaune brillant des flancs. Sur ceux-ci se dessinent des stigmates rouge clair ou orangé, ou bien blancs cerclés de noir. Le dos, presque blanchâtre, est bordé, de chaque côté, par une ligne jaune et parcouru en son milieu d'un trait sombre. La tête est d’un vert plus foncé que le corps, plus bleuätre, et, sur l’arrière-train de la bestiole, s'élève une corne arquée, brun rose, ou rougeâtre. Le corps entier, sauf la face ventrale, est recouvert de petites granulations blanchâtres et régulières. Lorsqu'elle atteint son complet développement, notre chenille mesure de 4,5 à 5 centimètres de long. À cet âge, elle se tient sous les branches, mais lorsqu'elle est plus jeune, elle se cramponne, dans la même position, à la nervure médiane des feuilles, sous celles-ci. Il n'est pas difficile de la découvrir car les feuilles rongées trahissent sa présence, et, de plus, il est rare qu on n'en trouve pas trois ou quatre exemplaires sur le même buisson. À la fin de juin ou en juillet, elle devient d'un brun vineux sombre et descend sur le sol où, après avoir un peu erré, elle se tisse un cocon informe entre des feuilles, ou des grains de terre. Elle se transforme en une chrysalide brun noirâtre, avec la commissure des segments brun rouge. Au bout de deux à six semaines, ou après l’hivernage, en mai ou juin, on a des chances de découvrir, un