MYRIAPODES
le douzième et le dernier de la classe des insectes.
Les individus de ces deux genres, qui se ressemblent beaucoup, sont appelés vulgairement mille-pieds. Ils fuient ordinai-
rement la lumière, et se tiennent sous les pierres, les vieilles boiseries, sous l'écorce des vieux arbres. La morsure de quelques espèces de cet ordre n'est pas sans danger : telle est celle de la scolopendre mordante, commune dans l'Amérique méridionale, qui cause de vives douleurs et est quelquefois mortelle.
Nous déposerions la plume ici, madame, si déjà, comme vous le savez, nous n'avions fait cette réflexion très-judicieuse que, pour étudier les insectes, il faut pouvoir les prendre, ce qui est assez difficile pour quelques-uns d'entre eux, el particulièrement pour les papillons. Nous terminerons donc cette lettre par une sorte de post-scriplum traitant de la chasse et de la conservation des individus de ce bel ordre des lépidoptères, dont les collections se vendent des prix fabuleux.
On trouve des papillons dans tous les temps, pourvu que le soleil brille et que la température soit douce, mais c'est surtout pendant les mois de juin , juillet, août, septembre, qu'ils sont abondants. C'est alors que se montrent les plus beaux, ceux aux couleurs les plus accidentées. C'est à cette époque aussi qu'il est agréable de faire la chasse à ces beaux insectes qui, sous un ciel bleu, aux rayons d'un soleil splendide, semblent des fleurs ailées impatientes de quitter la terre : chasse qui est, pour les dames, un des plus innocents et des plus charmants passe-temps de la vie de château.
Vous lirez donc notre post-scriplum, madame, d'abord parce qu'il est court, et ensuite parce qu'il est utile.
Deux sortes de filets sont employés à cette chasse : l'un, que
l'on nomme échiquier, se compose d'une espèce de poche en gaze, attachée autour d'un cercle de laiton, et fixée au bout d'un manche léger long d'un mètre et demi [fig. 1, ci-dessous); l'autre filet ressemble à deux raquettes, dont les longs manches sont croisés, et dont les poches sont également en gaze , de sorte que les deux raquettes en se rapprochant enferment le papillon [fig. 2, ci-dessus).
Fig. 1. Fig. 2.
Le premier de ces filets est le plus commode, attendu qu'on peut le manœuvrer d'une seule main, et qu'avec un peu d'habitude il est facile d'empêcher le papillon qui s'y trouve pris de s'en échapper; mais le second est plus convenable pour prendre les papillons au repos, et un chasseur novice est moins exposé avec lui à laisser échapper sa proie. En tout cela, l'exercice est pour beaucoup, et nous connaissons des chasseurs de
papillons émérites qui ne prennent ces insectes qu'au repos et avec les doigts.
Il faut en outre au chasseur de papillons plusieurs boites de différentes grandeurs, dont le fond doit être garni de liège, afin qu'il puisse y piquer les papillons. Enfin il doit être muni de trois sortes de pinces pour la préparation préliminaire des insectes qu'il pourra prendre.
Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.
Quelques papillons ayant, comme vous l'avez vu, madame, jusqu'à trente-quatre mille yeux, on doit supposer que leur vue est excellente. En conséquence, le chasseur, en poursuivant sa proie, doit s'arranger de manière à ce que l'ombre de son corps et de son filet soient toujours derrière lui.
Si vous avez manqué un papillon de jour, ne le poursuivez pas; il pourrait vous mener bien loin sans se laisser prendre. Restez, au contraire, immobile, et bientôt vous le verrez revenir à la fleur qu'il aura quittée. — Il en est autrement des pa-
pillons de nuit : lorsqu'on les a manques, ils fuient à tired'ailes, et ne reparaissent plus.
Le papillon étant pris, on l'arrête dans le filet; on lui donne un léger coup sur la tète pour l'étourdir, ou on lui presse le corselet avec une des pinces dont nous avons parlé , et on le pique dans une boite avec une épingle très-fine. 11 doit mourir dans cette position.
Il s'agit maintenant de conserver les produits de la chasse dans toute leur pureté. Pour cela, il faut les étaler à l'aide des pinces, et leur donner à peu près l'attitude qu'ils avaient en volant, ce qui ne peut se faire qu'autant qu'ils ont conservé leur souplesse. S'il en était autrement, il faudrait les faire ramollir en les touchant légèrement à la base des ailes avec un petit pinceau trempé clans de l'esprit de vin.
Pour étaler les papillons, on sert de planchettes en bois blanc, au milieu desquelles est pratiquée une rainure dont la profondeur et la largeur doivent être proportionnées à la taille du corps des individus. On pique le corps dans cette rainure ; on étale les ailes, et on les comprime avec deux bandes de papier dont on arrête les extrémités sur le bois avec des épingles assez fortes, et l'on arrange ensuite les pattes, les antennes et la trompe.