GRAISSEUSE DES MUSCLES, DU CCEUR, DU FOIE ET DES REINS
Obs. XXXn. - Le 22 février 1863, Théodore!)..., homme de peine, âgé de 23 ans, introduit dans une bouteille pleine d'eau un paquet d'allumettes phosphoriques de 10 centimes. Dans le but de s'empoisonner, il but une verrée de ce breuvage à dix heures du soir, quatre heures après le repas.
Le 23, sentiment de malaise et lassitude extrême.
Le 24, abattement, lassitude, faiblesse ; le malade reste immobile dans son lit.
Le 26, à neuf heures du matin, teinte ictérique générale ; 130 pulsations; décubitus dorsal; résolution complète des muscles; insensibilité absolue des membres inférieurs et du tronc jusqu'à la base de la poitrine; la pupille est dilatée ; le malade ne voit pas les objets qu'on approche de son œil. Subdélirium dont on tire le malade en l'excitant for-
tement; le délire se calme un peu vers les quatre heures; 108 pulsations; respiration fréquente, peau froide; mort à sept heures du soir.
A l'autopsie, faite cinquante-six heures après la mort, on trouve : dégénérescence graisseuse du foie et des reins.
Le cœur est de couleur jaune foncé, friable, parsemé de petits épanchements sanguins. En l'examinant au microscope, on voit que les stries des fibres musculaires ont disparu et sont remplacées par des granulations graisseuses.
Les muscles volontaires sont aussi envahis par Tétat gras. Les muscles des parois abdominales, des bras et des jambes jaunes, ramollis, sont parsemés de foyers sanguins.
Les muscles moteurs de l'œil sont encore plus altérés ; on n'y trouve presque plus de fibres striées.
Les nerfs qui se rendent aux muscles malades sont à l'état normal.
Le cerveau présente une consistance plus molle qu'à l'ordinaire. Le système nerveux du grand sympathique a paru sain, à part quelques cellules nerveuses du plexus cœliaque qui ont offert quelques granulations. (Docteur d'Heilly, Gazette des hôpitaux, 1863, n° 76.)
faiblesse; prostration; convulsions des membres; consistance molle du CERVEAU ; dégénérescence graisseuse du coeur, du foie et des reins.
Obs. XXXIII. — Eugénie V..., fleuriste, âgée de 25 ans, habituellement bien portante, sujette seulement à des attaques d'hystérie, s'administre, le 9 juin 1863, à onze heures du matin, une verrée d'eau dans laquelle elle avait raclé la pâte phosphorée de 60 allumettes environ.
Le 10, attaque convulsive ressemblant à ses crises hystériques habituelles. Plus tard, abattement, refroidissement considérable de tout le corps, surtout des extrémités ; pouls petit, dépressible, à 80 pulsations.
Le 11, amélioration manifeste.
Le 12, crise nerveuse, convulsions légères des membres, avec pâleur de la face, refroidissement général, perte incomplète de la connaissance. Après une demi-heure, ces symptômes disparaissent; mais il y a persistance de la pâleur et de la prostration. Dans la journée, plusieurs syncopes ; mort subite à quatre heures (à la suite d'une syncope?).
Autopsie soixante heures après la mort :
La substance cérébrale est un peu molle. Dégénérescence graisseuse du cœur, surtout du foie et des reins. (Docteurs Fritz, Banvier et Ver- LiAc, Archives générales de médecine, 1863. t. II, p. 34.)
HÏPERESinÉSIE DES MASSES MUSCULAIRES DE LA CUISSE; PROSTRATION GÉNÉRALE; DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE DES MUSCLES DE LA LANGUE, DU CŒUR, DU FOIE ET DES REINS.
Obs. XXXIV. - Le 24 mai 1863, Jenny Diot, domestique, âgée de 48 ans, jouissant d'une bonne santé, fit tomber un gros paquet d'allumettes phosphoriques dans une salade. Elle les y laissa par négligence une heure environ et mangea ensuite la salade : vomissements.
Le 28 au soir, prostration générale, teinte ictérique de la peau, refroissement, pouls faible; grande sensibilité des masses musculaires de la cuisse.
Le 29, môme état, suppression des urines; le pouls baisse et le refroidissement augmente progressivement; mort à huit heures du soir. Autopsie faite trente-six heures après la mort :
Les poumons, un peu congestionnés, présentent de petits noyaux apoplectiques. Dégénérescence graisseuse du cœur, des muscles de la langue, du foie et des reins. {Ici., p. 38.)
ABOLITION DU SENS MUSCULAIRE AUX MEMBRES INFÉRIEURS; MOUVEMENTS CONVUL- SIFS ; CONTRACTION DES ADDUCTEURS DU POUCE ET DES FLÉCDISSEURS DE l'iN- DEX; DÉGLUTITION PRESQUE IMPOSSIBLE.
Obs. XXXV. — Le 23 avril 1863, une femme de 18 ans fait macérer dans 300 grammes d'eau chaude un paquet de 500 allumettes préparées avec du phosphore jaune, puis elle avale d'un trait toute cette boisson.
Le 24, il semble à la malade qu'elle est privée des membres inférieurs, quoique la sensibilité et la motilité soient intactes dans ces parties.
Le 27, à midi, coloration de la face, agitation, mouvements désordonnés. A quatre heures, déglutition douloureuse, quoique la muqueuse pharyngée soit normale ; contraction des adducteurs du pouce et des fléchisseurs de l'index. A dix heures du soir, déglutition presque impossible, arborisation de la paroi postérieure du pharynx.
Le 28, la mort survient après l'apparition de plaques de purpura à la base du cou, sur les épaules et sur la face dorsale des mains. (Docteur Guilabert (de Toulon), Gazette des hôpitaux, 4 juin 1863.)
En consultant les divers traités de matière médicale homœopatliique, j'ai trouvé dans la pathogénésie du phosphore un grand nombre de symptômes paralytiques ou convulsifs qui démontrent également l'action élective de ce remède sur le système musculaire. Hahnemann et ses disciples les ont éprouvés en expérimentant sur eux-mêmes le phosphore à petites doses. Ils auraient probablement obtenu des
symptômes paralytiques plus caractérisés, de véritables paralysies même, s'ils avaient ingéré le phosphore à doses plus fortes, mais alors ils couraient risque de s'empoisonner comme le pharmacien Dieffenbach. On le verra ci-après, ces symptômes, observés et reproduits minutieusement par les expérimentateurs, rappellent, à s'y méprendre, les phénomènes initiaux des paralysies exposés par les auteurs classiques.
Obs. XXXVI. — Le malin au lever, un expérimentateur ressent une grande faiblesse et, tout le jour, il éprouve une sensation de malaise général, de pyrosis et de tremblement dans les membres. {Rein Arzneimiltellehre von Harllaub et Trinks, 1828, t. I, n» 600.)
Obs. XXXVII. — Un autre expérimentateur éprouve dans les membres une grande faiblesse qui persiste pendant plus de trois semaines. {Id., n' 598.)
Obs. XXXVIII.-Tb. de la R... (étudiant en théologie, âgé de 20 ans, doué d'une forte constitution et présentant un beau développement musculaire) éprouva une plénitude de forces le troisième jour de l'expérimentation ; mais à partir du quatrième jour, il ressentit du relâchement musculaire, de la faiblesse musculaire pendant plusieurs semaines. [Der Pliosplior von docteur Sorge, 1862, p. 139.)
Obs. XXXIX. — Le docteur Sorge éprouva pendant deux jours un sentiment extraordinaire de légèreté et de force qui fut suivi de dépression.
Mais il lui arriva plus souvent d'éprouver une sensation de faiblesse et de tremblement par tout le corps pendant tout un jour. {Id., p. 155- 164.)