ACTE QUATRIÈME G
LE DOCTEUR, go levant.
Nullement, messieurs; votre présence m’est indispensable.
BARREAU, s'asseyant à part.
J’ai eu tort de venir. Du reste, ça devait m’arriver, c’est la première fois que je me dérange dans l’intérêt do quefqu un.
LE DOCTEUR, h Henri, s’asseyant snr le canapé.
Mon cher neveu, et vous, monsieur Barreau, vous n’ignorez pas qu’il a couru sur mademoiselle Morel certains bruits fâcheux.
Il y a tant de mauvaises langues I
HENRI
Que sans doute les calomnies les plus odieuses auront été colportées sur son compte.
, LE DOCTEUR, étonné.
Des calomnies sur mademoiselle Morel ! mais non ! vous vous trompez.
HENRI
C'est qu’avant tout, mon oncle , je dois vous prévenir que je connais à peu près toute là 1 vérité et que j’ai appris non seulement à plaindre mademoiselle Morel, mais encore à l’estimer.
LE DOCTEUR
A l’estimer! alors, mon cher Henri, dites-moi donc pourquoi vous avez jugé à propos de ne plus remettre les pieds chez moi depuis si longtemps.
HENRI
A cet égard, permettez-moi de me taire.
LE DOCTEUR, se levant.
C’est donc moi qui parlerai : vous avez pensé que des affections nouvelles avaient remplacé dans mon cœur celle que je vous portais, vous m’avez cru capable de substiluer aux liens de la famille je ne sais quel lien douteux et obscur qui devait un jour vous spolier de vos droits et vous arracher ma fortune. Voilà ce qui vous a tenu éloigné de moi et ce qui vous en écarterait encore, si je n’étais venu aujourd’hui provoquer une explication.
HENRI, avec indignation.
Quand je vous disais qu’il y avait .là dedans quelque calomnie infâme; je ne me trompais pas!
/ LE DOCTEUR
Henri !
BARREAU, à part, à mademoiselle Morel.
Le mieux est de ne pas les gêner davantage. (Us so lèvent
tous doux ot font mine do s'éloigner.)
HENRI, les retenant.
A mon lour c'est moi qui vous retiens, vous entendrez ma réponse! (An docteur.) Monsieur de Villiers, ce qui nous a séparés, ce n’est pas l’oubli de notre parenté ! vous étiez libre de placer vos affections selon votre cœur ! c’est encore moins la crainte de perdre un héritage que j’eusse rendu intact à qui de droit, même malgré vous 1
MADEMOISELLE MOREL, à part.
Il eût tout donné à Julien! ah! pourquoi faut-il qu’on s’explique!
LE DOCTEUR
Mais qu’est-ce donc alors?
HENRI
Une mauvaise action !... On peut jusqu’à un certain point braver l’opinion du monde, on peut en dépit des lois sociales Consacrer sa vie à une union illégitime et clandestine; mais on ne peut, à moins d’avoir perdu la plus simple notion de la morale et'du devoir, déclinêr les conséquences qui peuvent en résulter. En un mot, monsieur de Villiers, on ne sème pas ses enfants au hasard! on les reconnaît !
BARREAU, à part.
Ah! bigre!
LE DOCTEUR, prenant les mains de Uenri avec émotion.
Merci, mon cher enfant, c’est tout ce que je voulais te faire dire.
BARREAU
Hein? quoi?
HENRI, stupéfait.
Mon oncle !
MADEMOISELLE MOREL, h part.
Tout est perdu 1
LE DOCTEUR, à Barreau.
Maintenant que vous êtes complètement édifié, cher monsieur Barreau, je pense que vous ne garderez pas plus longtemps l’anonyme et que vous comprenez désormais la nécessité de reprendre la responsabilité de vos œuvres.
BARREAU
Mais permettez...