LE COMTE, HENRI
LE COMTE
Mon cher avocat, je ne vous dérange pas trop ?
HENRI, avançant un fauteuil.
Une visite telle que la vôtre n’est jamais importune, monsieur le comte. '
. LE COMTE, s’asseyant.
Mille fois trop bon! Je craignais que vous ne fussiez déjà encombré de clients et qu’il ne me fût pas possible de vous demander quelques minutes d’attention sérieuse.
HENRI
De toute façon, j’eusse été à vos ordres.
LE COMTE
Vous êtes charmant! El pour ne pas abuser de votre gracieux empressement, je commencerai sans autre préambule, si vous voulez bien me le permettre.
HENRI
Je vous écoule.
LE COMTE, après un silence.
Mon cher monsieur Périer, il s’agit d’un point de droit.
HENRI, arec on soupir de satisfaction.
Que vous voulez me soumettre ?
LE COMTE
Oui! que je veux vous soumettre, comme vous le dites si bien. Depuis trois ansque vous êtes mon conseil, vous m'avez fait apprécier la profonde connaissance que vous avez des lois, et je serais bien aise que vous me fixassiez vous-même sur une question assez délicate. .
HENRI
Voyons la question.
LE COMTE
La voici. (Après une pause.) Un homme a-t-il le droit de tuer l’amant de sa femme?
HENRI, se levant stupéfait.
Monsieur le comte ?
LE COMTE, froidement.
Vous n’avez pas compris ? Je vous demande : Un homme a-t-il le droit de tuer l’amant de sa femme ?
Je ne comprends pas davantage.
LE COMTE
En ce cas, je vais préciser. Un homme qui surprend un autre homme aux pieds de sa femme, a-t-il le droit de se venger ?
HENRI
Par un meurtre ?
LE COMTE
Par un assassinat, si vous le préférez ; je ne chicane pas sur les mots.
HENRI -
Et c’est là ce que vous voulez savoir ?
LE COMTE
Oui. Seriez-vous embarrassé pour me répondre ?
HENRI, gravement.
Nullement, monsieur ; à votre question nettement posée,
{ e ferai une réponse catégorique : Dans aucun cas, un lomme n’a le droit de tuer un autre homme, et jamais la loi n’a autorisé le meurtre... parfois seulement, elle l’excuse !
LE COMTE
Ce qui est une sanction tacitel Entre l’excuse et le droit, il n’y a donc qu’une nuance !