ACTE CINQUIÈME
LE COMTE
Votre bonheur 1... et j’y suis pour quelque chose?
VALENTINE
Vous en doutez?
LE COMTE ; il va prendre une chaise an fond et s’assied, ainsi que
Valentine.
Non, puisque vous me le dites, et je suis aise à mon tour de vous trouver dans ces heureuses dispositions. .. Vous avez des idées riantes, dites-vous?... tant mieux, elles éclaireront peut-être les miennes, que certaines ombres envahissent malgré moi.
VALENTINE
Pourquoi donc ?
LE COMTE
Pourquoi?... Je ne devrais pas... je ne devrais plus vous le dire!... car l'expression si franche, si radieuse de voire visage m’a complètement rassuré... Figurez-vous, ma chère Valentine, que j’étais assez faible pour me laisser attrister par... des propos absurdes et odieux... Ah! la conduite la plus pure n’en est pas garantie... On a dit, on a osé dire que M. Maxime, notre ami... était votre amant !
VALENTINE, s fl levant.
Oh ! et vous avez pu croire...
LE COMTE
Non, puisque je viens franchement vers vous...
VALENTINE
Cependant, vous avez eu des soupçons 1
LE COMTE, d’tin ton ambigu.
Des soupçons! moi! sur vous ! la sincérité n’éclate-t-elle pas sur ce front, dans ces yeux, sur tous vos trais! Des soupçons! mais si j’avais éié assez malheureux pour en concevoir, ne suffirait-il pas d'un mot de votre bouche pour les faire évanouir... Tenez, on a dit que M. Maxime était votre amant, eh bien, moi, je vous demande tout simplement : est-ce vrai ? N
VALENTINE, avec indignation.
Oh 1 monsieur !
LE COMTE, pénétrant.
On a ajouté que vous aviez été chez lui : Y avez-vous été?
VALENTINE, vivement.
Non, monsieur, non... et je vous jure que si j’ai pu vous déplaire en quelque chose, vous n’aurez plus jamais aucun reproche à me faire; je jure...
LE COMTE
Madame la comtesse, vous rappelez-vous les touchantes amours de Saint-Mégrin et de la duchesse de Guise ?... Dites ?
VALENTINE
Pourquoi me demandez-vous cela ?
LE COMTE, ironiqnemeol.
Rassurez-vous, je n’ai pas de gantelet de fer !...
VALENTINE
Quel rapport y a-t-il ?
LE COMTE
Entre vous et la duchesse de Guise?... un très-grand, madame la comtesse; car, comme la duchesse de Guise, vous aussi vous avez laissé votre mouchoir chez votre amant I
VALENTINE
Monsieur, non !
LE COMTE
VOUS le niez ! (niai montre le mouchoir qu’il a pris chez Maxime.)
VALENTINE, avec effroi.
Oh 1 mon Dieu, mon Dieu!... Eh I bien, oui... tenez, je vais tout vous avouer... Oui, j'ai été chez M. Roland I
LE COMTE
Ah!
Mais j’en suis Sortie pure, je vous l’atteste... monsieur, je vous dis la vérité... des souvenirs dangereux évoqués par lui... un sentiment... qui n’est plus... que je désavoue, monsieur !... Oh ! oui, ne doutez pas, croyez-moi, je ne suis pas coupable !...
LE COMTE
Ah ! vous descendez jusqu’au mensonge.
VALENTINE
Non, ohl non, je ne mens pas.
LE COMTE
Comment voulez-vous que je vous croie? vous juriez aussi tout à l’heure que vous n’aviez pas été chez cet homme !
VALENTINE
Puisque je l’avoue !
LE COMTE
Devant une preuve accablante! Mais vous juriez le contraire. . .