LES PARASITES DU PHYLLOXERA
pétents sur cette matière, M. Mégnin a fait voir, à plusieurs reprises, que pas un seul ne s'attaque au Phylloxéra, et qu'ils se contentent de vivre des détritus laissés par lui et des racines mortes et en décomposition.
M. le D r Fumouze a aussi eu l'occasion de faire justice de ces assertions, et a rendu, aux Tyroglyphes, la nourriture à peu près exclusivement végétale qui leur convient.
On rencontre encore, dans les racines attaquées, des Myriapodes, par exemple le Polyœenus lagurus, et d'autres Chilopodes, des " Annelides, particulièrement VEuchytrœus vermicularis, Muller. Les uns et les autres ne vivent, en général, que de matières en décomposition et fortement humides. Les myriapodes peuvent, selon certains auteurs, attaquer une proie animale, mais outre que le fait n'est pas prouvé complètement, l'événement a montré qu'ils n'ont aucune influence sur le Phylloxéra. En général les êtres plus ou moins petits, rencontrés jusqu'à présent en compagnie de notre parasite, n'ont pour mission que de hâter la disparition d'une matière organique morte ou en voie de décomposition, et il n'y a absolument rien à espérer de ce côté.
Les Coccidesou Gallinsectes ont des mœurs très-singulières et qui ne ressemblent en rien à celles qui sont habituelles chez les insectes. Si Ton examine un vieux cep à végétation languissante, on y voit, souvent en abondance, une sorte de gonflement ou de galle brune, (flg. 26) de 4 à 5 mm sur 2 à 3 mm . Ces tubérosités ne sont autre chose que des femelles de Coccides fixées à demeure sur la branche. Un bourrelet de coton blanc les entoure et en soulève même la partie postérieure, qui est échancrée. En mai, cette mère pond des œufs rougeâcoc^ideTe très, qui passent successivement la Jn g slr s - ur sous son ventre, poussés les uns
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par les autres, puis la ponte terminée, elle meurt, se dessèche et son corps
durci sert d'abri à sa progéniture. Un mois plus tard, ces œufs éclosent, et les jeunes larves quittent le cadavre de leur mère et se répandent lentement autour d'elle, sur les branches et les feuilles, où elles enfoncent leur suçoir, afin d'y puiser leur nourriture. En septembre, leur taille a beaucoup augmenté ; quelques-unes plus petites se changent en nymphes ; les autres plus grandes restent en place.
Les nymphes livrent leurs insectes peu après : ceux-ci sont ailés et sont du sexe mâle. L'accouplement a lieu, puis, l'hiver survenant, les femelles qui survivent seules, se fixent sur le cep jusqu'à ce qu'en mai, ait lieu une nouvelle ponte. Tel est, indiqué sommairement, le cycle biologique de la Pulvinaria vitis, (Lecaniumvitis) L. Il est toujours bon d'en débarrasser la vigne, en les écrasant sur le tronc où elles sont fixées.
Les fourmis recherchent avec avidité les branches fréquentées par ces insectes ; elles sont friandes, en effet, d'un liquide sucré qui sort continuellement de l'anus des jeunes larves ; mais elles ne leur nuisent pas autrement.
D'autres insectes sont, au contraire, les ennemis mortels de la Pulvinaria. Un diptère,
le Leucopis annulipes, pond ses œufs, au nombre de 6, dans le coton qui entoure le Gallinsecte. Il parait vers la fin de juin. La femelle porte un long oviducte membraneux qu'elle fait pénétrer dans le duvet cotonneux. Les larves du diptère mangent tous les œufs de la Pulvinaria, puis se changent en pupe dans le même endroit ; les insectes parfaits s'échappent en passant par dessous la peau du Coccide. (Goureau)
Un assez grand nombre d'Hyménoptères parasites s'attaquent aussi à ce coccide ; on peut citer les :
Coccophagus scutellaris Neeè.
Encyrtus duplicatus Nées.
Blastothrix Schoenheri Westw.
Cephycus punctipes Daim.
Erycidnus ventralis Daim.
Comys Schwederi Daim.
Ce dernier, d'après le colonel Goureau, pond 3 œufs dans chaque Pulvinaria.
Enfin le Celia troglodytes Shuck. s'empare de ces Coccides pour les transporter dans son nid et les préparer en pâture pour ses larves. Le Dactylopius vitis Niediclsky, se trouve souvent en coques agglomérées dans les anfractuosités de l'écorce de la vigne, au milieu d'un amas de matière cotonneuse. Au prin-
temps, d'après M. le D r Signoret, c les œufs éclosent, les petits restent quelques temps en core autour de leur mère inerte, puis quand ils sont assez forts, ils se lancent au dehors et vont chercher les parties tendres de la vigne, les bourgeons, les jeunes feuilles,et se réunissent quelquefois, en quantité considérable, autour des feuilles fraîches. En juin apparaître mâle qui féconde les femelles, puis meurt. Les œufs, pondus ensuite d'une manière continue, éclosent quelquefois à l'automne, plus souvent au printemps » II habite surtout la France méridionale, la Grèce, etc.
C'est cette cochenille blanche qui produit la maladie appelée la fumagine.
VAspiditous vilis Sign, se rencontre surtout sur les vignes malades ; cette coccide est blanche, surtout vers le centre de la galle,
LïAphis vitis enfin, est un véritable puceron, assez semblable à celui du rosier ; mais il est rare ; on Ta signalé surtout en Hongrie et en Amérique.
Un diptère, le Syrphus hyalinatus, un névroptère, Y Hemerobius perla, et un coléoptère, la Coccinella 7-punctata sont avides, à l'état de larve, de coccides et de puce-
rons et en détruisent beaucoup, aussi bien sur la vigne que sur toutes les autres plantes. Aussi se classent-ils parmi nos meilleurs auxiliaires.
Après le Phylloxéra, après les Coccides, Tordre des Hémiptères nous présente encore un certain nombre d'autres ennemis moins dangereux, mais qu'il faut cependant connaître.
Le Nysius cymoïdes, est un Hémiptère assez commun et qui, parait-il, a été signalé comme nuisible en Algérie, où il piquait les bourgeons et faisait dessécher les feuilles en en suçant la sève ; les vignerons français n'ont pas encore eu beaucoup à s'en plaindre. S'il se multipliait outre mesure, on le pourchasserait comme l'Ecrivain .
Les Lopus gothicus et sulcatus ou grisette, piquent, tant à l'état de larve qu'à celui d'insecte parfait, les bourgeons de la vigne, et sucent aussi plus tard les boutons à fleurs.
Ceux-ci se flétrissent et le raisin avorte.
La Penthimia atra } Fab. qui est noire avec la partie antérieure du corselet rouge, pique encore les feuilles de la vigne et les fait jaunir.
Le Pyrrhocoris apterus, l'Hémiptère aptère rouge et noir, si commun au pied des arbres et des murs, fait encore quelques ravages sur lès grains de raisin qu'il suce et qu'il salit.
La cigale, (Cicada plebeja, C. hxmatodes) est peu nuisible à l'état parfait ; la larve vit sous terre et abonde dans les vignobles. Son action malfaisante n'est pas encore absolument démontrée, et il est problable qu'elle ne s'étend pas loin ; car avec la taille qu'elle possède, elle serait capable de tuer rapidement un cep en en suçant les racines.
La Cicadatra atra, petite cicadelle noire, pond "sur les rameaux, et sa larve, bien que suçant les racines, est peu nuisible.
La Chlorita viridula, Fall. ou petite cicadelle verte, la Thyphlocyba viridipes, piquent, à leurs divers états, les bourgeons et les jeunes feuilles. Elles n'ont été encore que peu nuisibles.
Tous ces insectes passent inaperçus, à côté des ravageurs plus redoutables dont j'ai déjà parlé, et les remèdes employés contre ceuxci doivent avoir, en même temps, une ac-
tion favorable contre ces hémiptères.
Enfin, pour terminer, il faut citer un autre homoptère, Y Hysteropterum grylloïdes,F3b. qui a causé, cette année, un certain émoi dans quelques vignobles. Ce petit insecte se construit des nids ou coques terreuses , qui couvrent souvent les ceps, les échalas et même les arbres voisins des vignes. Ces plaques ont 3 à 4mm d e longueur sur 2 mm de large. Chacune contient 8 à 40 petites loges, rangées symétriquement sur deux lignes parallèles, dans lesquelles, dit M. Lichtenstein, sont enchâssés de petits œufs d'un rose pâle, placés bout à bout sur deux rangs. Ces œufs éclosent fin mars et donnent une petite larve gris jaunâtre, avec les yeux rouges. Ce n'est pas là un ennemi bien dangereux, et il ne peut que piquer quelques feuilles. Aussi ne mérite-t-il pas tout le bruit qui a été fait autour de lui par des viticulteurs anxieux, et craignant d'y trouver le Phylloxéra, ou quelque chose d'approchant. En tous cas, et si sa multiplication extraordinaire faisait craindre des ravages sérieux, il serait facile de s'en débarrasser , au moyen de l'échaudage usité contre la Pyrale. Les œufs de l' Hysteropterum ne résisteraient pas plus à i'action de l'eau bouillante, que ceux du lépidoptère.
Les orthoptères de différente nature, qui vivent dans les vignes, attaquent en général les raisins mûrs, et j'en parlerai dans un chapitre spécial.
Quelques uns cependant rongent aussi les feuilles et Ton peut citer le Caloptenus italiens, .qui a fait de sérieux ravages en Crimée, l'Acridium tartaricum ou grosse sauterelle grise du midi, la sauterelle verte, (Phaneroptera falcata), la Phaneroptera liliifolia, etc. -
UEphippigera vitium (fig. 27) ou porte-selle, qui est vert, avec 4 lignes longitudinales sur la tète, fait rarement un mal sérieux. Cependant on cite ce fait qu'en 1613, ces insectes se multiplièrent tellement, ainsi que d'autres sauterelles, que le gouvernement, dans le but de les détruire, accorda une prime de 6 blancs (12 c / m 1/2) par livre d'insectes, et de 5 sous par livre d'œufs. On en ramassa 24000
176 les' orthoptères
Fig. 27. Ephippigera vilium