LES PARCSET SQUARES DE LA VILLE DE PARIS
a) Exposé. — Une grande ville ne vit pas sans jardin public. Paris autant, sinon plus, que toute autre ville ressent le besoin d'avoir des promenades, réservoirs d'airs et de gaité, où les habitants viennent chercher chacun à ses heures, l'exercice ou le repos, la chaleur du soleil ou la fraîcheur des arbres ; où après sa journée de labeur et sans s'éloigner trop de chez lui, l'artisan trouve le repos bienfaisant offert par la nature en ses soirées d'été ; où les enfants ont à leur disposition des emplacements de récréation ; où tous prennent le goût délicat des plantes et des fleurs.
Sans qu'ils égalent malheureusement en surface et étendue les jardins publics de Londres que les Anglais appellent « les poumons de Londres », la ville de Paris en a compris pourtant le besoin d'avoir ses squares. Elle s'est imposée de gros sacrifices pour se constituer, elle aussi ses jardins, ses poumons, qui, bien que trop peu nombreux et trop restreints, brillent au premier rang pour l'élégance et le goût.
C'est sous Thabile direction d'Haussmann, assisté puis continué par Alphand, que Paris, secouant le manteau de vieilleries qui l'enserrait, s'est vu percé de part en part par des avenues plantées d'arbres reliant des places spacieuses et bien aérées.
A défaut de parcs spéciaux, des quantités de squares et jardins de quartier ont vu le jour dans le vieux Paris, tandis que se créaient dans les quartiers excentriques, de vastes et vrais parcs, n'ayant rien à envier, sous le rapport des dimensions et de l'ornematation, à leurs aînés du vieux Paris éventré : les Tuileries et le Luxembourg.
C'est ainsi qu'on peut citer parmi les plus importants : les Buttes Chaumont, le Parc de Montsouris, le parc Monceau, le Trocadéro, le Champ de Mars, où riches et pauvres trouvent des bosquets d'arbres, des pelouses de fin gazon, des rochers, des pièces d'eau et des végétaux rares tels que des millionnaires pourraient seuls en réunir dans un parc privé.
Entre temps, on transformait à grands frais les Bois de Boulogne et de Vincennes. Cette transformation, ne fut pas du reste du goût de tous et bon nombre de rêveurs et des poètes — et non des moindres — protestèrent, regrettant les anciens bois et prétendant aussi que les sommes
ainsi sacrifiées auraient pu être employées d'une façon plus utile en laissant à ces bois leur caractère. Us admettaient les jardins publics dans la Ville, mais, à l'extérieur, le vrai jardin public était pour eux la campagne naturelle. C'est qu'ils ne prévoyaient pas que Paris arriverait vite à déborder ses nouvelles limites et qu'au delà se masseraient des agglomérations enserrant les bois de Boulogne et de Vincennes pour en faire les promenades favorites de l'immense ville que constitue Paris et sa banlieue. Et ce qui était considéré par quelques-uns comme un non-sens au moment de ces protestations est aujourd'hui jugé d'une façon toute différente.
11 fallait des hommes de génie comme ceux dont nous avons donné les noms pour deviner cette marche en avant ; il était nécessaire que la transformation de Paris le maintint au premier rang des capitales du monde civilisé et on peut dire sans hésiter que la création des promenades à cette époque y a contribué pour une très large part.
Le seul reproche qu'on puisse adresser à ceux qui ont transformé le Bois de Boulogne c'est peut-être d'avoir été trop pressés et d'avoir manqué d'unité dans leur composition.
Pourquoi n'avoir pas conservé comme points de vue, en les élargissant, les plus belles allées droites de l'ancien bois ? On aurait donné ainsi de l'ampleur et de la grandeur à la composition au lieu de la restreindre par leur disparition totale. La surveillance du Bois en aurait été facilitée.
C'eût été prévoir l'avenir car le Bois de Boulogne, par suite de l'affluence de ses visiteurs et en raison des oppositions qu'on ne manquerait pas de rencontrer, ne peut subir les coupes réglées nécessaires à la conservation d'un bois. Les arbres ne peuvent se reproduire ni d'eux-mêmes, ni par reboisement, le public parisien ne respectant ni défenses, ni enclos, ni réserves ; on écrase les jeunes pousses et les jeunes plantes, et, dans une cinquantaine d'années, il ne restera dans le Bois que la quantité d'arbres nécessaire pour en faire un parc où les points de vue qui auraient pu être réservés au début joueraient le premier rôle.
Nous donnons un plan du Bois de Boulogne à l'état actuel sur lequel sont indiquées en pointillé les avenues qui ont été supprimées au lieu de les conserver comme points de vue et même quelque-unes comme allées de promenade.
C'est au moment de ces créations qu'est apparu Barillet qui comprit lui aussi que cette transformation ouvrait une ère nouvelle à l'art des jardins et qu'il était urgent de créer une école moderne. Se souvenant des expériences du passé, des données déjà utilement et fort justement établies par des prédécesseurs tels que les Thomin, les Morel et d'autres, il apporta un goût spécial dans ses compositions et, le premier, établit, notamment au parc Monceau, des lois de vallonnements, de tracés, de conception qui doivent faire école aujourd'hui.
Les créations des élèves qui lui sont restés fidèles font juger de l'utililé de l'œuvre accomplie, car elles se placent au premier rang des créations modernes, et nous n'en voulons pour preuve que celles exécutées à la Ville de Paris par l'un deux, Laforcade.
h) Division des jardins de la Ville de Paris. — La ville de Paris divise ses jardins en trois groupes : les parcs, les squares, les jardins.
Le parc est un vaste emplacement renfermant tout ce que peut contenir une promenade de ce genre la mieux constituée et livré constamment à la circulation du public. Les uns sont entourés de grilles, comme le parc Monceau, le parc des Buttes-Chaumont, le parc de Montsouris (un des plus beaux de Paris) ; d'autres restent ouverts jour et nuit comme le parc du Trocadéro et le parc du Champ-de-Mars.
Le square est d'étendue plus modeste que le parc ; il comporte des détails plus restreints, est généralement clos de grilles et livré au public, mais est fermé à des heures déterminées. Tels sont par exemple : les squares E)elaborde, Monge, Montholon, etc.
Le jardin est un emplacement de verdure, une sorte de cheminée d'aération, servant, sous une forme agréable, de décoration à un édifice municipal ou autre. 11 est réservé à l'usage de cet édifice, ou n'est pas accessible pour le public en raison de ses dimensions restreintes.
Nous donnons ci-après, comme exemple, des détails sur la réfection des parcs du Trocadéro et du Champ-de-Mars créés par Laforcade, mais presque complètement désorganisés pour l'Exposition de 1900. Si nous choisissons cet exemple c'est que nous en avons assuré l'étude et l'exécution des travaux comme Jardinier en chef de l'Exposition de 1900 et que nous en avons fait exécuter personnellement les vallonnements et les plantations.
ci Soie sur la remise en état du Trocadéro. — Ce travail doit être considéré plutôt comme la création d'un nouveau parc que comme une remise en état : des modifications assez importantes ont, en effet, été apportées au tracé ancien et les nombreuses fouilles faites pour les fondations des
Fig. 445. — Vue do la partie centrale du parc du Trocadéro. (2« plate-forme tour Eiffel.)
concessions qui étaient installées à cet endroit ont nécessité un travail considérable et coûteux.
Les terres provenant des jardins du Cours la Reine, serres de l'Horticulture et des jardinets établis sur les quais ont été utilisées pour ce parc; ces terres avaient du reste été choisies de première qualité avec l'intention de les employer pour la remise en état.
Les travaux comprenaient, en plu-sdela replantation complète du parc en nouveaux végétaux, — quelques grands arbres, en dehors de ceux des avenues, ayant seuls pu être conservés avec beaucoup de difficultés — le
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remaniement des conduites d'eau, appareils hydrauliques, puisards, etc. Le plan ci-contre fera comprendre le parti tiré de cette remise en état.
d) Note sur la remise en état du Champ-de-Mars (Parc ancien) . — L'ancien tracé a été complètement modifié, conformément au plan d'ensemble dressé pour la transformation du Champ-de-Mars (que nous donnons à la suite en 2 projets) et de façon à permettre de conserver sans modification le nouveau jardin dans le cas où cette transformation serait décidée.
Fig. 447. — Parc du Trocadéro (plantations).
Ces travaux de remise en état comprenaient la réfection totale des massifs et des pelouses, celle du bassin côté Suffren, la réparation de la grotte de ce bassin et des rochers du Palais lumineux et les travaux spéciaux tels que réinstallations d'urinoirs, pose de produites d'eau, etc.
Ici moins de gros arbres encore qu'au Trocadéro avaient été ménagés par l'Exposition. Le plan ci-contre donne le parti tiré de cette remise en état.
e) Particularités de plantations au Trocadéro et au Champ-de-Mars. — Une particularité commune aux plantations du Trocadéro et du Champde-Mars est que tous les arbres de première grandeur pour massifs ou isolés furent choisis très forts et plantés à racines nues. Le résultat fut excellent, la situation actuelle de ces plantations — à la fin de 1907 — est
Fig. 448. — Parc du Trocadéro (plantations)
Fig. 449. -— Parc du Champ-de-Mars.
là pour le prouver. Cela nous amène à la constatation suivante : c'est que,
malgré l'utilité reconnue de la plantation des gros arbres au chariot, "on
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peut arriver à un résultat presque aussi satisfaisant et en tous cas plus économique en employant de forts sujets à racines nues.
Une autre particularité de la remise en état du Champ-de-Mars est que,