L'EXPOSITION PRINTANIÈRE D'HORTICULTURE
Exemple d'un jardin fruitier modèle près de portiques, de vases et de statues qui font revivre les décors somptueux des jardins français d'autrefois. — L'effort remarquable des industriels et fabricants de serres, de matériel et d'outillage. — Les grands serres monumentales converties en un salon de fleurs sans pareil. — Les floralies de 1907 ont été un nouveau triomphe pour la Société Nationale d'Horticulture de France.
L'exposition printanière d'horticulture de Paris, ce délicat Salon de fleurs annuel, fut, cette année, plus brillante que jamais. Les grandes
Fig. 459. — Exposition d'horticulture, mai 1906. — Garniture des portes.
Serres du Cours la Reine, la grande tente qui les reliait et les pavillons adjacents ont été, pendant huit jours, le cadre de la plus somptueuse apothéose de l'Horticulture en général, de la fleur en particulier, qu'il fût jamais donné de contempler : les immenses Rhododendrons que Ton voit dans les Expositions parisiennes et les A/alées rustiques rivalisaient avec les Roses, dont on avait rarement Vu un tel ensemble ; les fleurs de plein air, étalées en des parterres multicolores et que nul pays au monde ne sait montrer avec un tel art, voisinaient avec les Orchidées, tandis que les Œillets majestueux plus que jamais à la mode, les Bégonias bulbeux
splendides, les mosaïques de Pélargoniums zones et tant d'autres com-
Fig. 460. — Exposition d'horticulture, mai 1906. — Vue intérieure des serres.
posûent de délicieux parterres, dans lesquels il ne restait de place ni pour les plantes vertes, ni pour les ondoyants tapis de gazon.
Et, pour compléter ces beautés, des fruits merveilleux attiraient les regards de convoitise des milliers de visiteurs de cette fête florale du printemps.
Des majestueux portiques de style au matériel usuel. — Un magnifique portique en treillage aux lignes impeccables, évoquant l'époque des beaux jardins à la française, marquait l'entrée de l'exposition. De là, — après avoir contourné une grande corbeille de fleurs, au centre occupé
Fig. 461. — Exposition d'horticulture, mai 1907. — Entrée principale.
par une vasque au délicieux profil, — une large allée droite conduisait à la première serre. Elle traversait d'abord un immense jardin fruitier aux arbres chargés de fruits et dressés dans les formes les plus pratiques: U, U double, palmettes à quatre branches — substituées aux grandes palmettes de jadis — cordons, vases, pyramides, fuseaux. Ce sont cesiormes que vous devez choisir de préférence, car elles sont simples et rationnelles. Puis cette allée s'engageait parmi les modèles de sujets et de constructions pour l'ornementation de jardins réguliers : portiques et salons de treillage, statues, vases, socles, motifs d'architecture, dont nous vous parlerons une autre fois pour le caractère et l'utilisation décorative, et que Ton ne saurait trop introduire dans les nouveaux jardins.
Là, et dans les autres parties de l'Exposition, étaient aussi les kiosques et pavillons rustiques, qui cadrent harmonieusement avec les jardins et parcs paysagers; les types de serres, de châssis, de chauffages, de clôtures d'installations d'eau, permettant aux professionnels et aux amateurs de comparer et de choisir les modèles les mieux adaptés à l'usage qu'ils en veulent faire. 11 est impossible de présenter ces productions de l'industrie horticole et agricole française, avec toutes les particularités qu'elles comportent au cours d'une visite à l'Exposition. Mais nos collaborateurs spéciaux étudient dans ces expositions, chez les constructeurs et dans les propriétés où des installations sont effectuées et fonctionnent, chaque catégorie de matériel et d'outillages pour donner ici, en temps voulu et successivement, des conseils sur ce qui a trait aux serres, châssis, chauffages, installations d'eaux, constructions en ciment, en bois, etc., et aux motifs d'ornementation des jardins : kiosques, statues, vases, balustrades, treillages, etc.
Triomphe des fleurs de plein air. — Entrons dans les serres. Là, c'était une féerie, un éblouissement de nuances vives ou tendres placées en larges touches par M. Vacherot, le grand ordonnateur de ces floralies parisiennes. C'était un papillotement presque fatigant de couleurs, tant les fleurs étaient nombreuses, variées et massées ; il faudrait une surface triple de serres afin de pouvoir ménager çà et là des repos de verdure, des nappes de gazon qui isoleraient davantage chaque plate-bande, corbeille ou parterre, et contribueraient à les mieux mettre en valeur. Mais l'avalanche de productions florales qui se déverse en mai dans l'enceinte de l'Exposition est telle qu'il faut toute l'habileté, tout le brio et le talent de M. Vacherot pour en composer la belle harmonie d'ensemble tant admirée, et créer autant de coins d'une délicate ordonnance.
La vaste rotonde de la première serre avait été transformée en un petit bijou, délicat salon de fleurs de plein air.
Un vaste terre-plein sablé avait été ménagé au centre de cette rotonde et, dans l'axe de la serre, avec un parterre à la française de chaque côté sans autre allée. Une large plate-bande suivant les contours se découpait en festons sur le tapis vert du gazon. Cette plate-bande était bondée, dans une ordonnance parfaite, des sortes innombrables des plantes de plein air, avec de jolis mouvements de lignes et une délicieuse harmonie de cou-
leurs. De véritables gerbes et fusées de plantes plus élevées s'élevaient et fusaient au-dessus de la masse, et d'amples bouquets de ces gigantesques épis d'Éremurus encadraient les glaces. Sans rompre l'accord si harmonieux et si doux des tons, une plate-bande droite, parallèle à la ligne du gazon, bordait chaque partie et était fleurie de ces si curieuses Calcéolaires hybrides, aux dispositions bizarres de couleurs intenses et
Fig. 462. — Exposition d'horticulture, moi 1907. — Serre Invalides.
claires. Et cette note nerveuse et très nette se détachait en vigueur sur l'ensemble plus fleuri, plus vaporeux de ces mélanges de plantes de plein air.
Deux palais des fleurs et une inimitable galerie de roses. — A celte impression délicate succédait une note colorée plus chaude et plus vibrante. Dès l'entrée de la grande serre, dont, en avant d'une platebande mi-circulaire diaprée de milliers de celte délicieuse Rose Mme Norbert Levavasseur, on dominait la partie centrale traitée en boulingrin; reflet était prenant. Des masses splendides d'énormes Rhododendrons, couverts de fleurs roses, mauves, carminées, rouges, violettes, blanches, lumineuses et transparentes, emplissaient les Windows, s'alignaient en une large plate-bande, encadrement prestigieux aussi vibrant de couleurs que le tableau lui-même, constitué par des parterres et plates-bandes
moins vastes et occupé par une flore variée et multicolore. C'étaient d'abord des mosaïques de Géraniums, — qu'un tertre séparait, appuyé de groupes de plantes de serres variées à feuillage, — de corbeilles de bégonias à grandes fleurs et de délicats Gloxinias en avant d'une plate-bande demicirculaire, dans laquelle s'épanouissaient, amplement étalés, les Iris du Japon qui ont fait l'admiration de tous.
Fig. 463. — Exposition d'horticulture, mai 4907. — Serre Aima.
Là, le sol se relevait en terrasse et, par les grandes baies latérales, largement ouvertes, la vue passait au-dessus des floraisons d'Azalées rustiques formant soubassement aux massifs élevés de Rhododendrons, pour s'arrêter sur le déblaiement des plates-bandes et des parterres delà Reine des fleurs, assemblés en une Roseraie dont la somptuosité faisait regretter le caractère éphémère.
Au centre, dans un pavillon largement ouvert sur cette galerie, était le théâtre des Roses entouré de larges parterres de Rosiers nains, audessus desquels, par de hautes tiges, s'éployaient d'amples parasols de Roses, diaprées d'une abondante floraison, accentuant la note décorative de cette partie.
L'autre extrémité de cette délicieuse galerie, avec ses grands Rosiers
4t0 LES PARCS ET JARDINS
pleureurs et en boule, aboutissait de plain-pied à la seconde serre, qui s'ouvrait sur un long carré à la française, délicatement fleuri de plantes de plein air au-dessus desquelles fusaient les longs épis de fleurs blanches et roses des Eremurus.
Aussitôt après ce parterre, deux allées droites, — une de chaque
Fig. 464. — Exposition <rhorticullure, mai 1907. — Les escaliers.
côté, — parallèles aux galeries latérales et au même niveau que celle-ci, plus élevées que le sol de la nef, se haussaient au-dessus des parterres du centre, qu'elles dominaient en terrasse. Elles aboutissaient à ces galeries en une courbe savante et formaient à ce point deux tertres charmants. Ces deux allées rejoignaient un autre terre-plein ; au môme niveau, s'ouvrait le salon des beaux-arts de la Fleur, dont la vue planait sur le centre en boulingrin. Sur les talus qui soutenaient les allées en terrasse étaient disposés des Bégonias à Tun des tournants, puis d'autres plantes et des mosaïques de fleurs coupées, que Ton pouvait librement admirer.
Si cette serre ne présentait pas le grand et somptueux décor large-
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Fig. 465. — Concours en vue de l'Exposition de 1900. Projet du Champ-de-Mars.
ment traité de l'autre serre, à cause de la multiplicité des apports, M. Vacherot en avait composé une délicate ornementation qui séduisait par l'imprévu des dispositions et la grande variété des aspects et des couleurs.