QU'EST-CE QUE LE HASCHISCH
Les récits de Marco-Polo dont on s'est à tort moqué, comme de quelques autres voyageurs anciens, ont été vérifiés par les savants et méritent notre créance. Je ne raconterai pas après lui comment le Vieux de la Montagne enfermait, après les avoir enivrés de haschisch (d'où Haschischins ou Assassins) , dans un jardin plein de délices, ceux de ses plus jeunes disciples à qui il voulait donner une idée du paradis, récompense entrevue, pour ainsi dire, d'une obéissance passive et irréfléchie. Le lecteur peut, relativement à la société secrète des Haschischins, con-
sultcr le livre de M. de Hammer et le mémoire de M. Sylvestre de Sacy, contenu dans le tome XVI des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , et, relativement à l'étymologie du mot assassin, sa lettre au rédacteur du Moniteur, insérée dans le numéro 359 de l'année 1809. Hérodote raconte que les Scythes amassaient des graines de chanvre sur Iesquelles ils jetaient des pierres rougies au feu. C'était pour eux comme un bain de vapeur plus parfumée que celle d'aucune étuve grecque, et la jouissance en était si vive qu'elle leur arrachait des cris de joie.
Le haschisch, en effet, nous vient de l'Orient; les propriétés excitantes du chanvre étaient bien connues dans l'ancienne Egypte, et l'usage en est très-répandu , sous différents noms, dans l'Inde, dans l'Algérie et dans l'Arabie Heureuse. Mais nous avons auprès de nous, sous nos yeux, des exemples curieux de l'ivresse causée par les émanations végétales. Sans parler des enfants qui, après avoir joué et s'être roulés dans des amas de luzerne fauchée, éprouvent souvent de singuliers vertiges, on sait que, lorsque se fait la moisson du chanvre, les travailleurs mâles et femelles subissent des effets analogues; on dirait que de la moisson s'élève un miasme qui trouble malicieusement leur cerveau. La tête du moissonneur est pleine de tourbillons, quelquefois chargée de rêveries. A de certains moments, les membres s'affaiblissent et refusent le service. Nous avons entendu parler de crises somnambuliques assez fréquentes chez les paysans russes, dont la cause, dit-on, doit être attribuée à l'usage de