SCÈNE VI
BARBENÇON, HONORINE. *.
BARBENÇON.
Qu’est-ce qu’elle a donc à rognonner comme ça entre ses dents, la servante ?
HONORINE
Dame ! mon père, tu l’as un peu brusquée, celte pauvre fille.
BAnBENÇON.
Tiens, c’est vrai, j’ai eu tort. (Regardant autour da lui.) Voilà un luxe qui ne sent point l’aisance... (il va s’asseoir sur le canapé, Honorino le suit et reste debout au-dessus.) Tiens! on n’est pas trop mal là dedans... Voilà ce que c’est d’ètre ambitieux! feu mon pauvre frère ne voulut point rester au pays. Il avait dans ia tête des idées de grandeur ! Il vint à Paris pour chercher la gloire! la gloire, qu’est-ce quec’estqueça?llestmort inspecteur de la voirie, c’est vrai; mais il n’a jamais mis de côté, et à son trépas il n’a laissé que des dettes... des dettes que j’ai payées.
HONORINE
Tu es si bon, papa I
BARBENÇON.
Non, je ne suis pas bon... seulement j’avais fait ça pour l’honneur de ma famille... (Barbençon *e lève, ils descendent.) Je ne veux pas que la signature d’un Barbençon... mais c'est fini, je n’entends pas que ça continue toute la vie sur ce pied-là... d’autant plus que madame ma belle-sœur me traite de bas en haut, de haut en bas, comme un ramoneur,
3 uoil parce que je suis un provincial 1 mais si je manque 'éducation, j’ai eu le bon sens do faire fortune et de faire élever ma fille comme une petite duchesse... Tu as dix-huit
* Honorine, Barbençon.
ans depuis que les prunes sont mûres... tu es une jolie fille... lu as tout ce qu’il faut pour plaire aux messieurs, sans compter une dot rondelette qui ne doit rien à personne... mais qui ne servira pas à payer les fredaines d’un mauvais sujet.
HONORINE
Tu exagères, papa, etc’est ton amitiépour moi qui t’aveugle. Mon cousin ne pense pas à moi, il ne m’a pas vue depuis l’ôgede cinq ans, et je ne suis pas assez jolie pour inspirer de l’amour à un jeune homme qui voit chaque jour les belles demoiselles de Paris.
BARBENÇON.
Toi, tu n’es pas assez jolie?... tu es tout mon portrait. Enfin, comme je ne veux pas que Léonce songe à t’épouser, lu sais ce dont nous sommes convenus ?...
HONORINE
Oui, papa !...
BARBENÇON.
Tu feras comme si lu étais sourde.
HONORINE
C’est entendu.
BARBENÇON.
A moins que tu n’aimes mieux être muette ?
HONORINE
Je n’y tiens pas...
BARBENÇON.
C’est juste, une femme... alors, va pour la surdité, j’aime mieux ça... au moins Léonce ne le parlera pas, et lu n’entendras que les sottises de sa mère... ça sera bien assez 1