SCÈNE XII
Les Mêmes, RAOUL DE PINTRÉ, ALBË3UG DE GRANDGHAMP.
GANDIN*
GANDIN, à RaonU
Oui, cher comte, i^ai jeté mon coup d'œil partout, le déjeuner sera exquis.. . (a Aibéric. ) Bonjour, marquis !
ALBÉRIC
Bonjour, bonjour.
GANDIN
Vous êtes monté à cheval ce matin... Paméla se met-elle en main à présent? (Aibcrie lai tourne le doi.) Paméla... belle béte, mais rétive en diable» (uesgenaii nin* Raod.)
RAOUL
. Ah! le voilà^ ce cher Desgenais !... Eh bien^nous nous rallions
30 I<BS PARISIBNg
donc?... c'est fort bien fait ! (u préieiiunt à iibéric.} Monsieur Des« gênais... un littérateur... un ex-libéral...
ALBÉEIC^ cherehaat.
Hous£3ur Desgenais...
DE8GÇIUI8.
Ohl monsieur^ j'ai fort peu écrit... j'ai écrit l^istoire des grands hommes.
ALBÉRIC
Monsieur!...
RAOUL
Eh bien ; mon cher Desgenais^ que puis-Je iaârè, voyons?... J'ai quelque crédit^ et...
DESGENAIS
Mon Dieu! je voulais te prier... (monTement de Raoul) de me recommander à monsieur de Préval pour une place de secrétaire.
RAODL.
Oui^ je sais... Eh bien^ mais^ vous pouvez compter sur mot.
DESGENAIS^ après an monremant.
Pardon^ monsieur le comte ^ si je me suis permis tout à l'heure... mais^ je croyais que nous nous tutoyions autrefois.
RAOUL
Je ne me^souviens pas... Ceût été^ sans doute^ un grand honneur pour moi> mais...
DESGENAIS
Oh ! permettez.. . Ce n'était un honneur ni pour l'un ni pour l'autre... c'était une habitude^ voilà tout.
RAOUL^ ipineë.
C'est possible ! Enfin^ je parlerai pour vous ce matin même... car le fils de monsieur de fréval déjeune avec nous^ et si vous
voulez bien être des nôtres... (Desgenaii s'IocUne, Raoul remonte.)
DESGENAIS^ à part.
Allons! all(ms! j'aurai du mal.
GANDIN^ riaot.
Ah! à propos... L^afifaU^e est arrangée.
RAOUL
Quelle affaire?
GANDIN
Eh bien, le duel de Jules de Préval avec Gontrand.
RAOUL^ riant.
Oh! les affaires de Jules s^arfangent toujoiu^.
ALBÉRIC
Cependant il y a eu; je crois^ des propos assez vi&.
AGTB PREMIER 31
RAOUL^ riant.
Oui, mais c'est Gontrand qui les a tenus, et comme notre ami Jules de Preval possède une prudence rare...
ALBÉRIC, riant.
11 a passé outre comme toujours? Fort bien, cela le regarde.
RAOUL, apercevant Martin.
Tiens ! monsieur Martin qui est là et qui ne dit rien !
MARTIN, à Desgenaii.
Attention! je vais commencer le feu.
RAOUL
Nous pouvons causer un peu avant le déjeuner.
IIARTIN.
Oh! monsieur le comte, en ce moment...
^ RAOUL
Les affaires avant tout. N'est-ce pas votre devise?
MARTIN
La mienne, oui; mais non la vôtre.
RAOUL
Âh! ah! c'est une pierre dans mon parc, (ib t'aiieTmit.)*
MARTIN
Oh I une de plus, ou de moins...
RAOUL
Gomment?
Je veux parler du parc de Rosny.
RAOUL
Eh bien?
MARTIN
Eh bien, le terrain est détestable.
RAOUL
.. Est-ce q[ue vous voulez y semer des betteraves?
MARTIN
Non, monsieur... J'ai l'intention d'y faire bâtir.
RAOUU
Alors, pour produire des caves, il me semble que le terrain sera toujours (rune assez bonne qualité.
MARTIN
Pardonnez-moi, monsieur le comte; la main-d'œuvre coûte plus cher.
RAOUL
Allons, voyons I c'est une querelle d'£^cheteur que vous me cherchez là.
32 LBS PARISIENS
UARTIR.
Ah! écoutez doDCl c'est que quatre cent mille francs^ c'est lout à fait exagéré. N'est-ce pas^ monsieur Desgenais? (DMgtMir M rëpoMi pM.) Votre propriété ne rapporte ri».
RAOUL, riant.
Laissez donc; elle rapporte la députation. Je vous garantis soixante-dix voix par le contrat^ et dans le pays on est nommé
avec soixanlc-cinq.
HARTUI.
Oh ! je compte cela pour rien.
RAOUL
Comment?
DESGENAIS.'
Monsieur Martin ne tient pas à être honorable.
GANDIN^ riaat.
Ah! charmant! charmant!
MARTIN
Voyez-vous^ monsieur^ il y aura des dépenses considérables k fab-e là dedans. N'est-ce pas, monsieur Desgenais?
RAOUL^ riant*
^Uons^ voyons, monsieur MaïUn... le respect doit vous em pêcher de marchander le château de mes ancêtres. N'est-ce pas, monsieur Desgenais?
DESGENAIS
Cependant, monsieur le comté, puisque le respect ne vous empêche pas de le vendre.
MARTIN, bas.
Très-bien.
RAOUL
Ah! ah! vous soutenez monsieur Martin.
MARTIN
Tenez... D'abord, l'aile sud est inhabitable.
RAOUL
Cela vient peut-être, cher monsieur Martin, de ce que mes ancêtres l'ont habitée pendant deux cents ans.
MARTIN
Je ne dis pas non; mais enfin, n'en déplaise à vos aïeux, il n'en faudra pas moins refaire les murs... Quant au grand escalier, il tombe en ruines. '
RAOUL, riant.
C'est qu^il monte au château depuis trois siècles, cher monsieur Martin!... Savez-vous que ce château a appartenu au sire
AOTB PRBMIBK 33
Kaoul de MauToisin^ de qui nous descendons par les fôm« mes?
MARTIN
Cest possible.
BÀODLy riant toiyoan.
Qu'en i610^ U a été habité par Sully y de qui nous descendons un peu aussi^ et qui commençait même à fe faire réparer lorsqu'à apprit la mort de Henri Quatre.
MARTIN
Ma foi> monsieur^ Henri Quatre est mori là bien mal à propos; car^ sans cet accident^ je n'aurais sans doute pas tant de dépenses à faire atgourd'hui.
Âh! charmant! charmant!... (aire gëaérai.;
MARTIN
Âinsi> il j^j par exemple^ un hospice?
RAOUL
Dans lecruel la duchesse de Pintré^ ma bisaïeule, faisait soigner tous tes malades de dix lieues à la ronde, cher monsieur Marthi.
MARTIN
Moi, je le ferai démolir pour me servir des pierres... dans Faile du Nord... Â présent, c'est inouï ce qu'il y a de terrain perdu. Ainsi^ dans cette grande diablesse die salle^ par exemple...
RAOUL, riant.
La salle des ancêtres^ si vous le voulez bien...
MARTIN
Soit!... Eh bien! dans la salle des ancêtres, il y a de quoi faire' deux chambres à coucher avec leur cabinet oe toilette... un joli salon.....
DESGENAIS
Et des cuisines.
CANDIN»
Âh!ah!ah!
MARTIN, bai.
Très-bien! (on rit.)
RAOUL^ riant tniii.
Ah çà! cher monsieur Martin^ qu'avei^Tous donc Fintention de faire de la propriété de Rosny ?
MAlUiN.
Dix lots, monsieur le comte, chacun avec Une petite maison et un jardin, que je louerai à des particuliers. .
34 LES PARISIBNS
RAOUL> riant.
Qui y vienqrontle dimanche?
HARTlIf.
Qui y viendront quand ils voudront^ monsieur le comte; ce n'est point mon affaire.
Eh bien! monsieur Martin^ et les souvenirs de trois sièdeSj qu'est-ce que vous en ferez ?
DESGENAIS
Des cuisines.
MARTIN
Oui... des. . . (On riu)
GANDIN
Charmant! charmant!
MARTIN^ hai à DeigMalfc
Qu'est-ce que vous dites donc^ vous ?
RAOUL
Et ces magnifiques ombrages ?... ces bois séculah'es?...
Je les couperai^ parbleu!
RAOUL
Et vous mettrez à la place des jardinets avec du buis et des pruniers?...
MARTIN
Oui^ monsieur.
RAOUL^ M levant.
Allons! c'est admirable... et si jamais le sire Raoul deMau* voisin revenait^ vous lui loueriez une petite maison avec de8 barreaux verts et un puits au milieu ?
B^ARTIN.
Certainement^ s'il m'offrait des garanties, (rim générai. flfoi^ monsieur le comte^ je vous offre trois cent nulle francs... espèces... trois cent miUe francs comptant.
RAOUL^ riant.
Mais si je vous vends mon château ce prix là^ monsieur Martin... je vous traiterai de voleur toute votre vie?...
MARTIN
Oh! bien!... je suis si vieux!...(on rit. Bas à Desgenab.) Ily viendra.
DESGENAIS
n a ri^ il est dépouillé.
MARTIN
Monsieur le comte^ j'ai fait préparer un petit acte.. , ^
▲CTB PRBMIBR 35
RAOUU
Diable ! vous êtes un homme de précautions.
MARTIN
Je vous réserverai la partie orientale du parc où se trouve...
RAOUL
Le tombeau de ma famille!... Ah! c'est encore bien «entilà
vous... (On rit.) °
DESGENAIS^ à part.
Décidément, tous ces gens-là sont méprisables !
HARTIN, à la table à droite.
Si monsieur le comte veut signer?...
RAOUL
Un instant, ventre saint gris! monsieur Martin!... Trois cent mille francs... ce n'est pas assez... C'est cent mille francs seulement par sicclo.
MARTIN
Ah! monsieur le comte, il y en a qui ne valent pas tant.
DESGFNAIS *.
Le nôtre, n'est-ce pas, monsieur Martin?
RAOUL
Voyons, Desgenais, puisque vous connaissez le château de Rosny, dites-moi votre avis... Faut-il signer?
Monsieur le comte. . .
MARTIN, bu.
Quarante mille francs !...
DESGENAIS, à part.
Oh! Marie! Marie!
, . RAOUL
Eh bien?
MARTIN
Allons, pas de faux scrupules, et mademoiselle Marie sera heureuse!...
DESGENAIS, à ptrt.
11 a raison!... (snt.) Voici la plume, monsieur le comte...
^ - . RAOUL, rianl.
O mesaiiiux!...
-, MARTIN
Us ne vous regardent pas. (Raoul a «igné.)
.,. ,, ,^ GANDIN, riant.
Adjugé le château du sire de Mauvoisin.
Adjugé!...
/vu. , .. , DESGENAIS, à PMI.
Oh ! c'est Ignoble ! j'étouffe !
35 tBS PARISIBNd
JUSTOI.
Monsieur le comte est servi.
TOUS
A table! à table!
MARTllf^ bon, à Deigenaii.
L'affaire est faite ; vous voyez bien qu'on n'en meurt pas.
DESGENAIS
Parbleu! c'est bien pour cela qu'il y a tant de coquins.,. EnGn! Ifarie sera heureuse. (AUantà me gUce, à part.) Voyons un peucommentl'on est avec quarante mille francs de honte dans le cœur?... (Riant.) Eh bien^ c'est triste à dire; mais ça ne se voit pas.
RAOII..
Allons, Desgenais, à table.
TOUS
A table!
JULES, eotraat.
A table ! j'arrive à temps.