SCÈNE XIII
nESGENAiS, puis MâRIE
Maxime ! c'est vrai, je l'avais oublie. Mais, après tout, je n( peux pourtant pas me déshonorer peur le bonheur des autres. (Apercevant Marie.) Âh!... c'esttoi?... mou cufaut; tu as bien fait de revenir.
MARIE
Je m'ennuie dans toute cette cohue; je vous cherchais.
DESGENAIS, à lui-même.
Tous les mêmes.
MARIE
Qu-'avez-vous?...
DESGENAIS, s'asseyant.
J'ai du dégoût jusqu'aux oieilles, Marie! viens donc, viens me cacher le monde avec tes deux mains chastes et pures. Viens, Blanche!... viens consoler Triboulel. J'ai besoin de me rafraîchir le cœur, car voilà deux jours que je n'ai causé avec toi... Voyons?... depuis ce temps, qu'as-tu fait?... qu'as-tu pensé?...
MARIE
J'ai pensé à vous comme toujoui's, en m'éveillant. (Riant.) Et ce matin, j'ai été réveillée de bonne heure... les oiseaux du dehors faisaient un tapage, ils ont demandé leur déjeuner plus tôt que d'habitude.
DESGENAIS
Ils allaient peut-être au château!... les intrigants!
8Ô LBg PARIS IBM8
J'ai fini le fauteuil de ma tante... Le taptswer me demiinde douKe francs... Est-ce trop ciier?...
DE8GEWA1S.
Non... c'est trop bon marche.'
MAhlE.
La petite fille de Taveugle est venttc^ c^étalt ift semaine aujourd'hui... je lui ai donne ses trente sous... (ôominuaut. ) Et puis après, j'ai arrangé ma robe de baL.. Me trouvez-vous bien?...
DESQENArS.
Tu es belle conmie la vertu, Marie... et hier, qu'as-tu fait?...
MARIE
Hier!... nous sommes allées à Téglise. . (a demi-voix.) J'ai fait brûler un cierge pour vous.
DESGENAIS
Parle tout haut^ chei-e fille, il n'y a que Dieu qui t'entende... après?
MARIE
Après, nous sommes allées au tombeau de madame Didier et de Raphaël ; les dernières fleurs que nous avions portées étaient toutes mortes, mais, par exemple, les ifs sont bien beaux!... Il n'y avait personne dans le cimeUère parce qu'il faisait froid. Nous étions toutes seules; j'étais bien heureuse. Vous pleurez?
DESGENAIS, le leYaot.
Marie^ parle!. . . oh! parle encore. Après?
MARIE
Après?. . . Nous sommes revenues en voiture, parce que ma tante était fatiguée. Nous avons rencontré l'abbé Pascal; l^abbé est monté dans notre voiture et il est venu diner avec nous. 11 u'y avait rien, mais il a bien dîné tout de même. Le soir il a joué au piquet avec' ma tante, et puis après, elle m^a tiré les cartes, pour voir si je serais heureuse. L'abbé a un peu grondé, puis beaucoup ri; ma tante lui a fait aussi les cartes, à kd, afin de savoir si la auête de demam, pour les pauvres, serait bonne. Les cartes ont ait que non. Alors j'ai donné cent sous.
DESGENAIS
Marie l... Marie!». « Oh! tiens, vois-tu, c'est fini, puisque j'ai la main malheureuse, puisque je tombe^toiyoïu^ sur les méchants de ce monde, je renonce à me frayer une route dans ces sentiers bordés d'épines. Je cherchais ma route, je l'ai trouvée!... Elle conduit là-bas, dans votre humble maison.
ACTB DEUXIÈME 8t
est peut-être à la porte.
MARIE
Gomment ?
ÏDBSGENAIS.
Rien, rien. ...
liAmE.
Mais, j'y songe, quand je suis arrivée. Vous ëtiéss troublé ! Monsieur de Préval, lul^ avait Vair bien sévère; que s'est-il donc passé ?
DESGEEUUS.
Marie I monsieur de Préval m'a remercié^ parce que je ne YOulais pas lui vendre ma. conscience.
MAâlB.
Oh!
UESGKTIAIS.
Aussi... qu'il s'ariflnge!. .. Je m'ëtaift fait^e gardien du bonheur de sa maison!. . . Il a chassé le chien de garde, tant pis pour lui.
MARIE
Je ne vous comprends pas... Mais ne pouvez-vous donc plus rien pour lui dans le temps qui vous reste?
DESGENAIS
Si... si peut-être!
MARIE
Eh bien, alorSj, mon ami, il faut faire tout ce que vous pourrez
1)ESGENA1S, avec clan.
Petit ange!... oui, tu as raison!... et je n'en aurai pas le démenti, (a paru) Je garderai leur botiheur malgré eux!... Après tout, je leur redois huit jom^s, j'ai reçu une quinzaitie d'avance
(jule» paraU au fond; il est pâle et dërait.)
MARIE, bas.
Monsieur Jules de Préval!... 11 a peut-être besoin de vous parler, je vous laisse avec lui... Et faites ce que vous avez dlE, tnon ami... Vovez-vous« Fabbé me le disait hier encore : Il faut toujours rendre le bien pour le mal.
DSSGEKAIS,
Mais, sapristi! je ne suid occupé qu'à rendre. ..
MARIB.
A bientôt!...
83 liBS PARISIENS
A bientôt!. .• (ll U reconduit^ et i-evient & Jalei qnt ntrche avec agitatioa.)