ACTE DEUXIÂMB
JULES
Dame!... un homme, quoiqu'il n'ait que vingt ans, s'il n'a en revanche que deux heures à vivre, ne sera-t-il pas bien vieux à votre avis?...
DESGENAIS
Sur quel procès criminel avez-vous donc marché ?
JULES, riant.
Eh! mon cher. Je n'ai pas marché sur un procès, j'ai marché
sur un duel. (11 ptiie à droite.)
DESGSNAIS/
Un duel!...
JULES
Oui, je me bats ce matin avec Albéric*
DESGENAIS
Ah ! monsieur de Grandchamp !... je devine... On vous a répété ses paiolcs.. . et vous l'avez provoqué.
JULES
Quelles paroles?... Alais^ pas du tout, c'est bien lui^pardieu ! qui m''a provoqué.
UESGENAIS.
Monsieur de Grandchamp ? vous voulez rire !
JULES
Du tout , ce que je vous dis est la vérité.
DESGENAIS
Alors, je n'y suis plus... Pour quel motif ce duel?...
JULES
Ah ! je ne sais plus, pom* une femme, sans doute.;. G^est Itès-drôie, n'est-ce pas?
DESGENAIS
Très-drôle, en efiet !... Mais, vous êtes bien pâle, Jules 1
JULES
C'est la faute des bougies... (U marchait, U i*asieoit près d'un gv^ldon
où se troQYent det brochurei.) Est-çc que VOUS avez cuteudu madame Treilletdans la Juive?,., (Desgepais ne répond pu.) Quelle heui-e m'avez-vous dit qu'il était? (u remonte.)
Cinq heures!...
JULES
Est-^ce que vous êtes élève de Prévost, monsieur Desgenais?
« DESGENAIS, le perçant du regard.
Non, je suis Vélève de mon courage...
90 LBS PARISIENS
JULES, riant.^
Combien d'années de salle?
DESGENÂIS.
Jules j vous avez peurl...
lULBS.
Moi!
DESCERA».
Je VOUS die que vous avei peur.
JtJLES^ avec désespoir.
Êhl)ien! oui... On ne peut rien vous cacher à vous !... Oui, j'ai peur^ oui^ je tremble !... Ouije suis im...
DESGENAIS
Allons!... allons!... morbleu!... Prenez garde^ monsieur de Prévale si vos témoins vous voyaient?...
JUUB.
Vous avez raison !... ô'est honteux!. .. mais que voule^^vous?.*. C'est plus fort que moi... Cette pensée que dans deux heures... U faudra... et puis vous comprenez?.!* Ce duel.»i au matin d'un bal... et enfin^ ma mère^ ma sœur^ qui vont me quitter sans 8« douter de rien... Si encore c'était là... tout de suite... Ah! [enez^ je ne sais plus ce que je dis!.», (u se lèw et passe à dreue.)
DESGENAIS
Vous êtes l'insulté?
JULES
u m'a dit que je mentais !• ..
DESGENAIS^ froidemeet.
Je disais bien... Vous êtesUinsuité...
JULES
Âh! je voulais dire que;., souvent, entre nous, ai riant...
DESGENAIS
Allons! allons! morbleu!... relevez la tête !... Vous me faites rougir^ monsieur!...
JULES
Oui, oui, c'est vrai»
DfiSGEHAIS.
Voyons!... quelle est la véritable cause de ce duel?...
JULES
Je vais vous la dire. Vous savez bien, la petite Phrasie?
DESGENAIS
Et c'est pour elle que...
ACTB DEUXIÊMB 01
JULES
Oui... (Desgenais hautse les «épaules.) Depuis quelque teiUpS elle 106
reçoit chez elle en l'absence de monsieur de Grancnamp. Ce soir^ elle m'avait fait savoir par un mot qu'elle était seule... et j'ai volé au rendez-vous. Il y avait là une ma^flque jardinière qu'Âlbéiic avait envoyée la veille. En me quittant, elle prit une fleur du buisson^ et l'attacha à ma boutonni^,,,
DESGENAIS
Eh bien?
JULES
Eh bien! monsiem* de Grandchamp Ta reconnue tout de suite. Il m'a interrogé. Je me suis troublé, et vous savez le reste. Rendez-vous a été pris pour sept heures^ ici. On est allé chercher des armes chez l'armurier du passage de l'Opéra, et dans quelques instants L.< Ah! tenez, mon ami^ riez de moi^ si vous le voulez'; mais, en sentant mon cœur battre, ma main trembler, et, cependant, rougissant de moi, et craignant de me déshonorer ce matin, j ai eu envie de me tuer cette nuit, (n
tombe anis à droite.)
DESGENAIS, avec noo intpiratioa soudaine. — A part.
Ah! madame de Préval!... tout à l'heure, je vous défierai de faillir. (Haut.) Ecoutez, liùes; savez-vous pourquoi votre cœur bat, pourquoi votre main tremble?... Je vais vous le dire, moi : c'est parce que vous sentez que la cause pour laquelle vous allez vous battre est indigne du sang que vous pouvez répandue. Cest pjarce que vous comprenez que demain, par la ville, une raillerie, si vous succombez, sera votre oraison funèbre.
JULES
Oui, oui, vous avez raison!...
DESGENÂIS.
Mais si quelqu^un, dans un bal, dans un cercle, avait insulté les cheveux blancs de votre père ; pour venger un affront qu'il ne pourrait venger lui-même, est-ce que vous trembleriez, Jules?... o , n ,
JULESj se relevanu
Ohl je crois que non*
DESGENAIS
Si un homme jetait une grossière injure à la face de votre sœur, est-ce que vous trembleriez pour punir cet homme?
JULES
Non... oh! non!...
DESGENAIS
Eh bien^ monsieur Jules de Préval, ne tremblez plus, car cet
homme ayec lequel vous allez tous battre a fait plus que tout cela!
JULES
Ck)mment?
DESGENAIS
Tout à l'heure^ là, à cette place, monsieur de Grandchamp disait que Maxime ét^t Tamant de votre mère, ( Aib«ric a para an
ftmd avec Mt témoins. )
JULES, aTec un cri de rage.
Oh! (il l'âaiiee vert Albërie.) A VOtrO tOUT» mOUSieUT^ TOUS Ca avez menti! (ll l« frappa de son gant.)
ALBÉRIC, avec rage.
Malheureux!
DESGENAIS^ saisissant le bras de Jules. Bas.
Maintenant vous ne tremblez plus, n*est-ce pas?...
JULES, avec fea.
Oh! non! non!... c'est pom^ ma mère!... (u rideau baisse.)