‹ Les ParsisChapitre 3 sur 33 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

croyances ; ils se déclarèrent adorateurs d'Ahura Mazda, ne répudièrent ni le Siidra, ni le Kusii, la vraie livrée du Zoroastrien, et avouèrent leur respect pour le Feu; mais sur le reste ils firent toutes les concessions de nature à se concilier la bienveillance du Rana : ainsi ils s'engagèrent à parler la langue du pays, les hommes à ne plus porter d'armes, les femmes à s'habiller à la mode hindoue. Ces obligations furent strictement suivies pendant des siècles ; grâce à la tolérance et au bon accueil du prince hindou, les Persans jouirent enfin d'un peu de paix et de tranquillité. Sanjan devint leur principale résidence; ils y bâtirent le temple promis, et depuis cette date (721) les rites zoroastriens se sont accomplis sur le sol de l'Inde.

Cette émigration fut-elle la seule? Il est vraisemblable qu'elle fut suivie de plusieurs autres. Des témoignages probants donnent à penser qu'il y eut des colonies de Persans dans certaines localités du nord de l'Inde ; mais ces colonies ont disparu, et l'on en chercherait vainement les traces. Ce fut celle de Sanjan qui résista à l'influence du milieu et qui donna naissance à ce groupe de 89,904 Zoroastriens que nous trouvons répandus dans l'Inde et qui est celui dont nous allons essayer de retracer l'histoire.

La conquête musulmane du Guzerate apporta une grande perturbation parmi les réfugiés. Ceux-ci, reconnaissants envers les princes hindous qui les avaient accueillis, combattirent pour eux, et l'un de leurs chefs périt en défendant Sanjan ; mais peu à peu ils s'accommodèrent de leurs nouveaux maîtres. Sous la domination musulmane, ils ne comptent qu'un martyr.

Mêlés aux Banians, dont ils suivaient les coutumes extérieures, ils formèrent simplement une caste nouvelle au milieu des innombrables divisions familiales de l'Inde. Les voyageurs européens les trouvèrent d'abord humbles agriculteurs établis le long de la côte du Guzerate, puis réunis en communautés florissantes à Surate et à Bombav. Tandis que leurs frères de Perse subiront toutes les rigueurs de la conquête musulmane et seront flétris par leurs vainqueurs

ÎNTRODUCTIOhJ Xî

de Tépithète de Guèbres^ infidèles, les émigrés de Tlnde conserveront au moins dans leur nom un souvenir de leur origine. Les Portugais les appelleront Parseos ou Perseos, les Anglais Parsees ou Parsis, les Français Parses. Tel relèvera leurs coutumes étranges pour les funérailles, cet autre leur respect pour le feu et le soin scrupuleux avec lequel ils gardent leurs traditions religieuses. Physiquement, ils se distingueront du reste des Hindous et des Musulmans par leur taille élevée, leur teint plus clair que celui des autres natifs et assez semblable à celui des Espagnols ; leurs femmes se recommanderont par leur blancheur et leur beauté.

Il y eut une heure solennelle dans Texistence des Parsis, celle où furent renouées les relations avec les frères restés en Perse. A la fin du XV* siècle, Changa Asa, riche et pieux Zoroastrien de Nausari, envoya k ses frais un laïque lettré, Nariman Hoshang. pour obtenir des membres du clergé iranien certains éclaircissements au sujet de questions religieuses importantes ; de part et d'autre il y eut joie à se retrouver. Les Guèbres de Perse aspiraient depuis des siècles « à savoir si quelques-uns des leurs existaient encore de Tautre côté de la terre ».

Sous Akbar, les Parsis commencèrent à sortir de leur obscurité; Tun d'eux visita la cour de Delhi et devint du chef du grand empereur un riche propriétaire foncier; mais c'est de l'arrivée des Européens que date leur marche ascensionnelle. Les Portugais, les Hollandais et les Anglais trouvèrent en eux de précieux auxiliaires. Exempts des préjugés des hautes castes, les Parsis étaient prêts à frayer avec les nouveaux venus, et nos loges n'eurent pas de meilleurs agents. A Surate, où ils étaient établis depuis le XV® siècle, ils conquirent rapidement une position exceptionnelle ; plus Uu'd, à Bombay, leur influence devait grandir avec l'occupation anglaise et leurs destinées allaient suivre celles de la ville il la prospérité de laquelle ils contribuèrent par leur esprit commercial et industriel.

Courtiers des Européens, ils supplantèrent peu à peu près de ceux-ci les Banians adroits et serviables. D'abord agri-

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