AVANT -PROPOS
Le 22 mai 1872, à l’occasion des responsabilités engagées par la guerre de 1870, un grand débat eut lieu à l’Assemblée nationale. Dans une émotion religieuse el un silence frémissant, le duc d’Audiffred-Pasquier prononça entre autres ces graves paroles : « ...quand un pays abdique ses libertés, quand il abdique le contrôle... quand le bourgeois rentre chez lui el se croit bien sage lorsqu'il peut se dire qu’il ne s’est pas occupé de politique, c’est qu’il ne sait pas que la politique c’est notre sang, notre argent, notre honneur. Quand un pays ne sait pas défendre ses libertés, quand il se met sous la protection d’un homme providentiel il en résulle fatalement ce que vous venez de voir « décomposition el démoralisalion» (1).
Un peu plus tard, le 24 mai 1873, Thiers déclarait à la même tribune : « J’ai pris mon parti sur la République, quand on est au gouvernement il faut prendre un parti».
Dans la mesure où chaque ciloyen d’une libre démocratie concourt en droit à la direction de la chose publique, il esl tenu, par son intérêt bien entendu comme par son devoir civique, de choisir lui aussi el d'exprimer en fail, dans les conditions et sous les garanties de discrétion qu’il désire, ses préférences politiques.
Celle nécessilé a amené plusieurs bons esprils à souhaiter de nos jours la création de groupements particuliers ou tout au moins le rajeunissement des anciens partis, dont la plupart ne pourraient, dans leur doctrine actuelle si elle demeurait
(1) Hanotaux, Hisloire de la France contemporaine, T. I, p. 425.