EN I761 ET
(( Kepler r ut le premier, dit de Lalànde, dans son Traité d'Astronomiey t. Il, p. 449» qui, en 1627, après avoir dressé, sur les observations de Tycho Brahé, ses Tables Rudolphines, osa prédire les époques où Vénus et Mercure passeraient devant le Soleil.
» Il annonça un passage de Mercure pour i63i, et deux passages de Vénus, l'un pour i63i et l'autre pour 1761, dans un Avertissement aux astronomes, publié à Leipzig en 1629: Admonitio ad Astronomes rerum cœlestium studiosos, de miris rarisque anni i63i phœnomenis ^ Veneris putà et Mercurii in Sole m incursu. »
Le passage de Mercure, annoncé par Kepler, fut observé le i5 novembre i63i , huit jours avant la mort du grand astronome. Celui de Vénus, qui, sans doute, n'était pas prédit avec une précision suffisante, ne fut pas observé, d'abord parce que Gassendi, qui s'apprêtait à l'observation, en fut empêché par la pluie, mais surtout parce que le passage eut lieu pendant la nuit pour les observateurs européens.
Kepler n'avait pas annoncé le passage de Vénus sur le Soleil le 4 décembre 1639 ; cependant ce passage fut observé, par ha-
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sard, en Angleterre par Horrockes et Crabtree, ce dernier ayant calculé des éphémérides de Vénus avec les Tables de Lansberge. Ces Tables, quoique erronées, indiquaient le passage de 1689, ce que ne faisaient pas les Tables Rudolphines de Kepler.
Quand, en i63i , Gassendi se disposait à Tobservation du passage incertain de Vénus; quand, en 1689, Horrockes observait accidentellement un passage de cette planète, les astronomes ne se doutaient pas encore de l'importance que l'Astronomie attacherait plus tard à ces phénomènes, au point de vue de la distance des corps célestes entre eux, de leur grosseur et de leur masse. Ces passages ne semblaient, en effet, à cette époque, pouvoir servir qu'à déterminer la position des nœuds des deux planètes inférieures.
C'est Halley qui, ainsi que nous Tavons déjà dit, reprenant une idée émise par J. Gregort, en i663, déclara en 1677 que la durée d'un passage de Mercure ou de Vénus, obtenue dans deux lieux différents, pouvait servir à trouver la parallaxe du Soleil, et, par suite, la distance de cet astre à la Terre ; mais il ne se doutait pas de toutes les peines, de toutes les tribulations, de tous les travaux que sa méthode allait donner aux astronomes futurs.
Il fit insérer, en 1691, dans les Transactions philosophiques, un Mémoire sur les passages de Vénus. Dans ce Mémoire, il donna les époques de dix-sept passages de Vénus, dont onze seulement avaient réellement lieu, et il signala que si l'intervalle de temps entre les deux contacts intérieurs de Vénus et du Soleil pouvaient s'obtenir à une seconde près, en deux lieux choisis d'une manière convenable, on en déduirait la parallaxe du Soleil à jfj près, c'est-à-dire à 0^,02 près.
Il développa cette idée nouvelle dans un second Mémoire publié en 17 16, et il établit môme, en se trompant il est vrai, ainsi que le fit voir l'astronome français Trébuchet, les lieux les plus convenables de la Terre où l'on devait se transporter, en 1761, pour faire les observations les plus utiles du passage de Vénus.
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Passage de 1761.
L'Académie des Sciences, créée.en 1666 par Colbert, comprit rimportance de la méthode de Hallet, pour la détermination de Tunité fondamentale des distances célestes.
Elle s'occupa donc, dit J.-D. Cassini, du phénomène annoncé pour 1761, avec la plus grande activité. Le gouvernement français, soucieux de la gloire scientifique du pays, avait invité l'illustre Société à rechercher les lieux du globe les plus convenables pour observer le phénomène, au point de vue du résultat qu'on voulait atteindre.
C'est alors que de l'Isle, un des membres les plus illustres de l'Académie des Sciences, publia, au mois d'août 1760, une mappemonde sur laquelle des cercles qu'il avait déterminés et tracés indiquaient l'heure à laquelle, en chaque lieu du globe, Ventrée et la sortie de Vénus sur le disque du Soleil devaient avoir lieu. Cette mappemonde montra l'inutilité de la station que les Anglais avaient choisie dans l'Amérique septentrionale, d'après les indications de Hallet.
Le savant de l'Isle ne se borna pas à publier sa Carte du passage ; mais il indiqua comment, dans des lieux choisis convenablement et dont la longitude serait exactement connue, la seule observation d'un contact, soit à l'entrée, soit à la sortie, effectuée dans quelques lieux, fournirait des éléments propres à permettre d'obtenir la parallaxe solaire. Sa méthode, dont nous avons donné un aperçu, utilisait donc toutes les observations possibles, faites avec précision. Elle exige, il est vrai, la connaissance parfaite de la longitude des stations; mais, comme l'a fait remar- ^quer J.-D. Cassini, dans son Histoire abrégée de la parallaxe solaire, cette longitude pouvait être obtenue, soit à un moment, soit à un autre.
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La méthode de de l'Isle fut fort appréciée de l'Académie des Sciences, qui nomma des Commissaires pour étudier, relativement au passage de 1761, les lieux où Ton pouvait concilier d'un côté l'avantage de l'observation, et de l'autre k facilité d'y établir un observatoire temporaire.
Après de nombreuses discussions, l'Académie des Sciences décida que es points éloignés où des observatoires seraient établis, pour l'observation du passage de 1761, seraient Toholsk, Pondichéry et l'île Rodrigue^ dans l'océan Indien.
Il ne manquait certes pas de membres de l'Académie désireux de prendre part à la grande entreprise scientifique sur laquelle on fondait alors de si grandes espérances.
L'Académie désigna : Chappe d'Adtbroghe, pour aller à Tobolsk. Le Gentil, pour la station de Pondichéry, et enfin de PiNGRÉ pour celle de l'île Rodrigue.
L'Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg avait demandé à l'Académie des Sciences de Paris de lui donner un de ses membres pour observer les passages, sous les auspices de l'impératrice de Russie, dans tel lieu de l'empire que notice Académie jugerait convenable.
Le jeune Chappe d'AuTEROCHE pouvait donc s'attendre à avoir, dans son voyage à Tobolsk, beaucoup de difficultés aplanies ; mais le gouvernement russe ne pouvait rien contre le climat de la Sibérie, ni contre les difficultés matérielles de la route.
Chappe quitta Paris à la fin de novembre 1760 et arriva assez facilement à Saint-Pétersbourg ; mais le trajet de Saint-Pétersbourg à Tobolsk ne se fît que par une route affreuse de près de 5oo lieues. Après des incommodités sans nombre et avoir môme couru de sérieux dangers, l'astronome français arriva enfin à Tobolsk. On était au 10 avril 1761, le voyage avait duré cinq mois et, comme l'observation du passage devait avoir lieu le 6 juin, Chappe eut à peine deux mois pour s'y préparer !
L'astronome Le Gentil, en raison de l'éloignement de la station où il devait opérer, était parti de France le 26 mars 1760.
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« L'observation qu'il comptait faire à Pondichéry était curieuse et intéressante, dit J.-D. Cassini ; il devait en effet voir la durée entière du passage et le milieu devait arriver lorsque le Soleil passait à peu près au méridien à lo degrés environ du zénith.
Lb Gentil arriva à l'île de France le lo juillet 1760, c'està-dire presque un an avant le passage attendu ; mais la guerre allumée, à cette époque, entre la France et l'Angleterre, ne lui permettait plus de se rendre à Pondichéry. Il résolut de se rendre à l'île Rodrigue, et attendit cependant la marche des événements.
Il était sur le point de se rendre à ce nouveau point de station, où devait aussi observer de Pingre, quand il apprit qu'une frégate française devait partir de l'île de France pour la côte de Goromandel.
Le Gentil se décida à profiter de cette occasion pour se rendre au point choisi par l'Académie des Sciences ; mais il ne put quitter l'île de France sur cette frégate que vers le milieu de mars 1761 1 C'était déjà bien tard !
La frégate qui portait l'astronome français éprouva d'abord de longs calmes qui devaient désespérer Le Gentil, et qui ne le firent arriver que le 24 mai sur la côte de Malabar. Il lui restait donc à peine le temps de se préparer à l'observation. Par surcroît de malheur, le commandant de la frégate apprit que les Anglais étaient maîtres de Mahé et de Pondichéry. La frégate n'avait qu'une seule ressource, celle de fuir au plus vite ; ce fut ce qu'elle fit, et, au grand désespoir de Le Gentil, elle reprit la route de l'île de France.
Le 6 juin arriva 1
La frégate se trouvait par 87 degrés de longitude est, et 5*45' de latitude sud.
Le ciel était pur, le Soleil splendide!
Le pauvre Le Gentil voulut faire quelque chose, et il observa le passage sur son navire, en y mettant tout le soin possible. 11
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nota les heures de l'entrée et de la sortie ; mais avec quel degré d'approximation obtint-il ces heures, en admettant même que celles qu'il nota coïncidassent exactement avec l'instant des contacts? Le voyage de l'académicien français était donc manqué 1 Le Gepîtil dut éprouver là une de ces contrariétés qui prennent, pour un homme de science, les proportions d'un véritable chagrin : avoir fait tant de chemin sur le globe, avoir supporté tous les ennuis , toutes les privations , tous les périls d'une longue navigation, et n'arriver à rien, c'était à dégoûter de la science d'observation ou, tout au moins, de la méthode de Hâllet ! Nous verrons cependant , en parlant du passage de 1769, que Le Gentil, relativement à cette méthode, n'était pas au bout de ses déboires!
L'académicien de Pingre partit pour l'île Rodrigue au commencement de 1 761, et y arriva au mois de mai.
L'île offrait peu de ressources et l'auteur de la Cométographie ne put se faire construire un Observatoire. Ses.instruments établis en plein air étaient exposés, à chaque instant, à être renversés par des bouffées de vent, et il trouva à peine un moyen de mettre sa pendule à l'abri des agitations de l'air. Malgré ces inconvénients, les observations de de Pingre furent considérées comme des plus sérieuses.
D'après ce que nous venons de relater, on voit que les climats, des circonstances fâcheuses et des stations peu favorables ne purent assurer aux observations des astronomes français que nous venons de citer des résultats réellement satisfaisants.
Les nations étrangères avaient, elles aussi, fourni leur contingent d'observateurs pour les stations éloignées. La Russie avait envoyé des astronomes jusque sur les conûns de la Tar tarie et de la Chine. La Suède avait envoyé les siens en Laponie et dans plusieurs stations du nord de la Suède. Les astronomes danois observaient à Drontheim, en Norvège; enfin l'Angleterre avait envoyé deux observateurs, un à l'île Sainte-Hélène et l'autre à Bencouly, dans l'île de Sumatra.
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Ce dernier, embarqué sur un navire qui fut attaqué en route et désemparé, ne put arriver qu'au cap de Bonne-Espérance,
Comme le passage de Vénus sur le Soleil en 176 1 était visible pour toute l'Europe, des observateurs nombreux, en dehors de ceux envoyés dans les stations lointaines ou qui s'y trouvaient déjà, coopérèrent à l'observation du phénomène. ♦
Cent soixante-seize observateurs, répandus dans cent dix-sept stations, observèrent des phases du phénomène ou prirent des distances micrométriques; mais il ne fut publié que les observations de cent trente-sept observateurs, observations que l'on trouve dans les Transactions philosophiques, les Mémoires de r Académie des Sciences, les Mémoires de Mathématiques et de Physique, le Journal astronomique du baron de Zach, le Journal des Savants, etc. , etc. ( ' ) .
Nous croyons intéresser le lecteur en mettant sous ses yeux un tableau contenant les noms des cent vingt stations d'observation, ceux des Qbservateurs , avec les heures locales temps moyen relatives aux phases observées. Ce tableau, dont nous empruntons les données au Mémoire de Encke, fera ressortir le zèle avec lequel les observateurs du dernier siècle essayèrent d'obtenir les éléments propres à l'application des méthodes de Hallet et de de l'Islb.
( * ) Voir le Mémoire de Encke, Die Entfernung der Sonne von der Erde; 1822.
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