‹ Les passages de Vénus sur le disque solaire, considérés au point de vue de la détermination de la distance du soleil a la terre. Passage de 1874. Notions historiques sur les passages de 1761 et 1769Chapitre 29 sur 37 · CI « C< « CI · texte numérisé non relu

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En examinant le tableau que nous venons^ de donner, on voit que les stations dans lesquelles on a pu observer la durée du passage, relativement aux contacts internes, ne se prêtaient pas à une utile application de la méthode de Halley. La différence maximum des durées, qui se rapporte aux passages observés à Tranquebar et à Tobolsk, n'atteignit pas cinq minutes! Aussi, en ce qui concerne cette méthode, les observations des durées contenues dans le tableau précédent ne fournirent rien de certain pour la parallaxe solaire'; les résultats varièrent, en effet, entre lo^ôet 8^94 !...

Quant aux stations propres à remploi de la méthode de de l'Isle^ le résultat ne fut pas plus satisfaisant. La discussion des observations d'entrée et de sortie conduisit à des valeurs trèsdifférentes. PiNGRÉ trouva, par cette méthode et en combinant un certain nombre d'observations, io'',a5 pour valeur de la parallaxe du Soleil, et des calculateurs anglais trouvèrent, l'un 8^56 et l'autre 9", 7.

Cela tenait évidemment aux groupes différents d'observations dont les calculateurs Brent usage, et aux erreurs que devaient inévitablement renfermer ces observations, effectuées avec des instruments d'une différence considérable et surtout avec cette ignorance de la difiQculté de saisir le moment précis du contact, difficulté dont on ne se doutait même pas encore en 1761.

Les méthodes de Halley et de de l'Isle, appliquées aux observations du passage de Vénus sur le Soleil, en 1761, ne donnèrent donc, dans la fin du xviii" siècle, aucune valeur certaine de la parallaxe solaire, qui se trouva comprise entre 8", 5 et 10" 5, c'est-à-dire entre des limites plus étendues que celles admises avant le passage.

En 1822, Encke, alors sous-directeur de l'Observatoire de Seeberg, fit paraître un travail sur la « distance du Soleil à la Terre, déduite des observations relatives au passage de Vénus en 1761. »

Il fit usage, dans ce travail^ de la méthode donnée par La-

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GRANGE dans les Mémoires de Berlin ( 1766) pour calculer les phases du phénomène pour un lieu donné, et pour déterminer les pôles Centrée ou de sortie accélérées ou retardées.

Il trouva les éléments suivants, pour un observateur situé au centre de la Terre :

Entrée du centre de Vénus sur le

bord du Soleil à i^'* 22" 10» T. v. de Paris.

Milieu du passage à 17^" 3o°> aa*, 5

Distance minimum des centres. . 9' 34''» 3

Sortie du centre de Vénus à ao'" 38™ 35*

Durée du passage 6*» 16™ 26*

La formule donnant les heures des phases d'entrée pour un lieu distant de t des pôles à' entrée^ accélérée ou retardée, était

T,= i4**aa» lo» q= (6"'4o*) cosÇ (T. v. de Paris),

et la situation des pôles d'entrée était

Pôle j Latitude 20® 56' S.

à* entrée accélérée, \ Longitude. i34* 4^ O. de Paris.

Pôle J Latitude 20. 56 N.

à* entrée retardée, ( Longitude 4^* '^ E. de Paris.

Le pôle à! entrée accélérée se trouvait, d'après cela, dans la mer du Sud, à l'extrémité est du groupe des îles de la Société.

Le pôle d'entrée retardée se trouvait vers le milieu de l'Arabie, près de la Mecque.

Nous voyons que le maximum de différence des heures d'entrées accélérées ou retardées ne pouvait pas dépasser i3 minutes.

La formule donnant les heures des phases de sortie pour un lieu distant de Ç' des pôles des sorties accélérées ou retardées était

T, = ao»» 38» 35* qp (6'"4o*) cosÇ' ( T. v. de Paris) ,

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( 197 ) et la situation des pôles de sortie :

Pôle des sorties ( Latitude 46® [\f S.

accélérées, \ Longitude 1 65. 89 E. de Paris.

Pôle des sorties ( Latitude 46. 47 N.

retardées, \ Longitude 14.21 O. de Paris.

Le pôle des sorties accélérées se trouvait donc un peu au sud de la presqu'île du Kamtschatka, et le pôle des sorties retardées y à environ 9 degrés au sud du cap de Bonne-Espérance.

Quant à la formule donnant la durée pour un lieu distant de l'arc V des pôles de durée minimum ou maximum^ elle était

= 6»» 16*" a5' IF (9" 7") cosÇ",

et la situation de ces pôles :

Pôle des durées j Latitude 52® 3 1' N.

raccourcies. \ Longitude 90. 22 £. de Paris.

Pôle des durées i Latitude 52. 3 1 S.

augmentées, ( Longitude 89. 38 O. de Paris.

Le premier pôle se trouvait placé en Sibérie, et le second dans les mers du Sud, non loin du cap Horn.

On voit, par le tableau que nous avons donné, que les stations sud manquèrent, relativement à la méthode de Halley, et que du reste le passage de 1761 n'était pas très-favorable à cette méthode, bien que la différence des durées pût aller jusqu'à 18 minutes.

L'astronome Encke a voulu utiliser le plus d'observations possibles du passage de 1761, pour la recherche de la parallaxe solaire ; et, pour éliminer l'influence des erreurs d'observation, il a fait usage de la méthode des équations de condition, que nous avons donnée, et de l'emploi de la méthode des moindres carrés pour la résolution de ces équations.

Il a discuté avec soin les longitudes des stations, en a rectifié quelques-unes et principalement celles de l'île Rodrigue, et a dressé un tableau contenant les longitudes discutées de 90 sta-

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( 19B ) lions f ou déduites de recueils qui, en i8aa, lui paraissaient offrir toutes les garanties.

Son Mémoire contient la méthode qu'il emploie ( accompagnée d'un exemple), pour la formation de chacune de ses équations de condition. Cette méthode est celle que nous avons donnée pages 71 et suivantes. Après avoir établi ses équations, il les divise en deux classes : celles se rapportant aux observations faites dans les stations dont les longitudes ont plus de certitude et celles qui se rapportent aux observations faites dans les stations dont les longitudes sont moins certaines.

Les équations de la première classe sont au nombre de 90 et sont relatives à 7 premiers contacts internes, 89 deuxièmes contacts internes et 44 deuxièmes contacts externes ; les équations de la deuxième classe sont au nombre de 69 et sont relatives à 2 durées, 6 premiers contacts internes, a4 deuxièmes contacts internes et 27 deuxièmes contacts externes, ce qui fait en tout 144 équations de condition.

De la discussion et de la résolution de toutes ces équations de condition, Engke trouva que la parallaxe moyenne du Soleil devait être

moyenne des deux limites extrêmes

8',4298i3 et 8",55i237,

fournies par la résolution séparée de ses groupes d'équations.

Ainsi qu'on peut le voir, par le rapide aperçu du travail de Engke que nous venons de donner, le résultat ci-dessus, sur lequel l'astronome allemand revint un peu en 1824, ne peut inspirer, au point de vue de l'approximation indiquée, aucune confiance.

Les observateurs de 176 1, qui supposaient que l'appréciation du contact réel devait se faire avec cette précision indiquée par Hallet, durent faire des erreurs relativement considérables, et

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les longitudes d'un très-grand nombre de stations dont Endce a fait usage, étant très-défectueuses, ses équations de condition se trouvent, en très-grand nombre, entachées d'inexactitudes, que ne peut faire disparaître la méthode des moindres carrés. Cette méthode lui a fourni seulement les valeurs de dR, dD, dTT, d(R±:r) pouvant satisfaire le mieux à ses équations, qui sont encore loin, cependant, d'être satisfaites avec les valeurs adoptées par lui.

Passage db 1769.

« L'expérience est notre plus grand maître, dit J.-D. Cassini dans son Histoire du passage de 1769; le fruit de ses leçons nous indemnise du prix des années qu'elles hous coûtent. Le principal but avait été manqué, en 1761, faute d'avoir observé dans les lieux où les durées fussent assez différentes. Il était essentiel de ne pas tomber une seconde fois dans le même inconvénient! »

Trois savants s'occupèrent spécialement, dès 1763, du choix des stations. Ce furent de Lai^ande et Pingre en France, et HoRNSBY en Angleterre. En 1764, de LALA?n)E publia une mappemonde dans le genre de celle que de l'Isle avait publiée pour le passage de 1761.

De l'examen de cette mappemonde et des Mémoires de Pingre et d'HoRNSBT, il résulta que, relativement à la différence des durées, des observateurs devaient se transporter d'un côté vers le milieu de la mer du Sud, la Californie et le Mexique, de l'autre vers le pôle boréal, au nord de la Laponie et du Kamtschatka.

Trois observateurs furent désignés pour aller observer dans ces parages éloignés*

a L'astronome allemand, le P. Hell, fut invité, dit J.-D. Cassini, à venir observer le passage de Vénus dans les États et aux frais du roi de Danemark. »

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Le P. Hell, parti le 28 avril 1768, accompagné du P. Sainovis, son confrère, arriva à Copenhague au mois de juin, et se rendit à fVardhuus, au nord de la Laponie, où il arriva le Il octobre 1768. C'est dans cet endroit, où se joignit à lui un autre observateur danois, £orgremng, que l'astronome s'établit, passa l'hiver de 1769 et se disposa à l'observation du passage.

L'astronome français Chappe d'âutbroghe, l'observateur ardent du passage de 1761, à Tobolsk, fut désigné pour aller observer le passage de 1769 aux îles Salomon, dans la mer du Sud ; mais, à cette époque, la mer du Sud était sous la domination de l'Espagne et l'on ne pouvait pénétrer dans ces mers que sur un vaisseau espagnol et avec la permission de la cour d'Espagne.

Le gouvernement d'Espagne refusa cette permission, mais cependant accorda à Chappe de s'embarquer sur la flotte espagnole qui partait pour l'Amérique septentrionale et lui permit de s'établir au Mexique, ou môme en Californie, si la station lui paraissait plus convenable.

La cour d'Espagne nomma de son côté deux astronomes qui devaient accompagner l'astronome français et observer avec lui le passage de Vénus.

Chappe, sur l'avis de 1' Acad(^mie des Sciences, se décida pour la Californie et choisit le lieu Saint-Joseph, au cap Saint- Lucas, qui lui donnait la durée la plus courte.

Un autre observateur français, Le Gentil, qui, par les circonstances que nous avons relatées, avait manqué le passage de 1761, s'apprêta lui aussi, par un zèle scientiflque au-dessus de tout éloge, à faire l'observation du passage dans les mers de l'Inde. Le Gentil, à son retour à l'île de France, chagriné au possible de n'avoir pu observer utilement le passage de 1761, eut le courage de partir pour Pondichéry dès que l'occasion s'en présenta, et s'y installa pour attendre pendant l'espace de huit années le passage qui devait avoir lieu en 1769.

Le Gentil employa utilement ces huit années à des recher-

ches sur l'Astronomie des brahmes, sur laquelle, à son retour en France, il publia un ouvrage intéressant.

Tant de persévérance, tant de courage méritaient une récompense, que le ciel cependant lui refusa. Le 3 juin 1769, au moment où l'infatigable observateur s'apprêtait à observer le passage, un nuage malencontreux vint couvrir le Soleil, et fit perdre au malheureux Le Gentil le fruit de sa patience et de ses efiforts.

PiNGRÉ, qui avait observé le passage de 176 1 à Tîle Rodrigue, fut envoyé, par l'Académie des Sciences, au cap français de l'île Saint-Domingue.

L'Angleterre n'attendit pas la permission de l'Espagne pour envoyer un de ses astronomes observer le passage dans la mer du Sud.

Le 22 septembre 1768, le célèbre Cook, commandant la frégate VEndecwour^ partit pour une destination inconnue, emmenant avec lui l'astronome Green, élève de Bradley, et le docteur SoLANDER, savant naturaliste et élève de Linné.

Après avoir doublé le cap Horn, \ Endeavourzxxvi^^ le 1 3 avril 1769, à l'île de O'Taïti, une de celles que Cook découvrit dans la mer du Sud. Ce fut là que les observateurs anglais s'établirent pour l'observation du passage de Vénus.

Le passage de 1769 avait tant surexcité le zèle des observateurs, par l'intérêt qu'il offrait encore, eu égard à la médiocrité du résultat des observations de 1761, par la rareté d'un phénomène que l'on trouvait si utile pour la connaissance des distances des corps célestes, que le nombre des observateurs qui, sur tout le globe, prirent part à l'observation, fut considérable.

« On savait qu'il devait s'écouler plus d'un siècle avant que le môme phénomène se renouvelât, et cette circonstance était bien faite, dit l'historien de l'Académie, pour réveiller la curiosité des observateurs et leur faire redoubler d'efforts pour ne pas laisser échapper une circonstance si précieuse. » Nous croyons intéresser le lecteur en mettant sous ses yeux,

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avec quelques détails , les observations faites par quelques-uns des observateurs français, qui observèrent une phase du phénomène. On verra combien presque toutes les observations ont été faites dans des conditions peu favorables.

Nous donnerons plus loin, comme nous Tavons fait pour le passage de 1761, un tableau indiquant les stations et les observateurs des différentes nations du globe, relativement à ce passage. Tontes les observations faites ne furent pas évidemment considérées dans la suite, comme pouvant être utilisées pour la recherche de la parallaxe solaire ; mais elles témoignent de l'intérêt que Ton prenait, dans le xvin° siècle, aux questions scientifiques, et particulièrement à celles relatives à l'Astronomie.

Disons d'abord que, parles Tables de Hallet, on ne devait pas voir à Paris l'entrée de Vénus sur le Soleil et que, d'après les Tables de Gassini, on devait au contraire la voir un peu avant le coucher du Soleil, ce qui eut lieu en effet. Remarquons en passant qu'en 1761 on ne put voir en France que la sortie de Vénus, et qu'en 1769, au contraire, on ne put voir que l'entrée.

Au château de Saint-Hubert, près de Paris, MM. Lemonnier et DE Ghabert observèrent l'entrée de Vénus, en présence du roi de France.

La veille et la surveille le temps avait été mauvais et le ciel couvert ; il y eut même un orage le matin du 3 juin ; mais le ciel se découvrit un peu le soir, au moment où le phénomène eut lieu.

M. DE Ghabert observa avec une lunette simple de 18 pieds, et Lemonnier avec une lunette achromatique de 10 pieds.

La marche de la pendule, qui était de -+- 36 secondes sur le temps vrai, avait été déterminée les jours précédents par la méthode des hauteurs correspondantes.

L'observation se fit dans de mauvaises conditions : Vénus était mal terminée, très-irrégulière et le Soleil n'était élevé que de a degrés au-dessus de l'horizon. Les observateurs ne purent observer que l'entrée du centre de Vénus sur le disque, au mottient

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d'une éclaircie ; les heures des contacts internes différèrent de 36 secondes.

A l'Observatoire royal de Paris, l'observation du phénomène fut tentée par MM. Cassini db Thury, Maraldi, le duc de Ghaulnbs et l'astronome du Séjour.

Le Soleil étant resté caché par les nuages jusqu'à 7^88", ces observateurs ne purent déterminer que l'instant du contact interne, au moment où le Soleil montra son bord oriental sortant d'un nuage.

Il y eut quinze secondes de différence entre les instants notés par Cassini et par du Séjour.

A l'Observatoire établi par l'abbé de la Caille, dans le collège Mazarin, le phénomène devait être observé par de Lalande et par l'abbé Marie, professeur de Mathématiques au collège Mazarin .

De Lalande avait fait venir une excellente lunette achromatique de DoUond, ayant 40 lignes d'ouverture, et il avait réglé avec soin sa pendule, placée dans la lanterne du haut de la coupole.

Les nuages qui couvraient le Soleil ne se dissipèrent un peu que lorsque Vénus mordait déjà depuis sept minutes sur le disque solaire.

L'abbé Marie estima que le centre de Vénus devait être en contact avec le bord du Soleil vers 7** 29" 7'.

« A 7** 38™ 10*, dit DE Lalande, Vénus était presque entièrement sur le Soleil ; il ne restait plus que 35 à 40 secondes de temps pour avoir le contact interne, mais un filet de nuages couvrit le bord supérieur du Soleil et ne laissa voir Vénus qu'à 7* 40" 24*. Vénus était alors avancée sur le Soleil, en sorte qu'il y avait au moins 4 secondes de degré entre les bords ! L'observation du phénomène était donc manquée. »

De Lalande se borna à déterminer quelques positions de Vénus sur le Soleil, et en conclut l'époque de la conjonction de Vénus, pour la comparer à celle prédite par lui en 1764, et à celle prédite par Pingre, en 1767.

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Des observateurs s'étaient aussi établis au Cabinet de Physique du Roi, situé à la Muette; c'étaient MM. D. Noël, garde de ce cabinet, de Bory, Baillt, l'abbé Bouriot et de Fouchy.

Le ciel fut couvert toute la journée. Vers 7** 10" on aperçut un instant le Soleil et l'on vit que Vénus n'était pas encore entrée sur son disque.

A 7** 21" 6% le Soleil parut encore un instant, et Baillt, qui ne quittait pas l'œil de la lunette, s'écria que le bord du Soleil était légèrement entamé. A 7'*2i"5i*, le Soleil reparut et l'on fut certain que le premier contact externe avait eu lieu.

Pour le contact intérieur, un nuage, qui ne se dissipa qu'à 7*» 38" 33*, vint encore empêcher les quatre observateurs de le déterminer.

MM. de Bory et de Fouchy estimèrent cependant que ce contact avait eu lieu à 7^38'°3i% temps vrai de l'Observatoire de la Muette. La pluie recommença et empêcha les observations des distances des bords des deux astres.

Nous voyons donc que les observations du passage faites à Paris, par des observateurs sérieux et même des astronomes illustres, n'eurent aucune valeur, non-seulement parce que ces observateurs n'étaient ni préparés ni exercés à l'observation de ce genre de contact, mais parce que le temps fut très-mauvais et que le Soleil se trouva beaucoup trop bas.

Le passage de Vénus de 1 769 a été observé à Brest, dans deux endroits différents, avec toutes les précautions que l'on prend en Astronomie, pour s'assurer de l'instant précis d'un phénomène.

MM. Duval le Roy et Blondeau, professeurs d'Hydrographie, observèrent à l'Observatoire de la Marine , et MM. Fortin, professeur de Mathématiques, et de Verdun, officier de vaisseau, dans un autre point de la ville.

M. le Roy se servit d'une lunette de 14 pieds de Buttieri, que M. DE BuFFON avait apportée de Rome, et que de Lâlande lui avait envoyée. M. de Verdun avait une lunette achromatique de 7 pieds

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de distance focale. MM. Fortin et Blondeau avaient chacun une lunette achromatique de 5 pieds.

Ces observateurs purent déterminer l'instant du contact intérieur, mais il y eut des différences énormes entre leurs appréciations; ainsi il y eut trente secondes de différence entre l'heure notée par M. de Verdun et celle notée par Duval le Roy. Ce dernier cependant était réputé excellent observateur, et pourtant, en tenant compte de la différence des temps — 2,5 du premier contact qui devait exister, relativement à la parallaxe, entre les heures de Brest et celle de Paris, et en corrigeant la longitude de Brest (27™ 19*), on trouve que l'heure notée par M. de Verdun s'accorde complètement avec celle notée à Paris par Féminent astronome Cassini de Thury; mais c'est probablement purement accidentel.

De Lalânde, en parlant des observations de Brest, fait remarquer que le contact noté par les quatre observateurs arriva à Brest plus tard qu'il ne devait arriver, d'après les heures notées à Paris. De Lalande admettait 27™ 23* pour longitude de Brest (Observatoire), qui était celle portée sur la Carte de France et dans la Connaissance des Temps,

Il détermina à nouveau la longitude de l'Observatoire de Brest par les observations de l'éclipsé de Soleil, obtenues par les mômes observateurs le lendemain du passage de Vénus, et il obtint 27™ 3o* pour cette longitude, d'où il conclut que le retard du contact à Brest ne provenait pas d'une erreur sur la longitude.

Il s'empressa de signaler cette circonstance particulière du contact en retard^ ce qui n'était probablement dû qu'à un de ces cas fortuits dans la manière d'observer des observateurs de Brest, et à l'erreur que de Lalai^de commettait sur la longitude de ce lieu.

Les observations que nous venons de rappeler ne furent pas les seules faites en France. Un grand nombre d'observateurs, qui sont indiqués dans le tableau que nous donnons ci-après, communiquèrent le résultat de leurs observations.

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Parlons maintenant des observations faites hors France par des astronomes français.

A la Martinique, le P. Christophe, capucin, fit, d'après de Lalande, d'excellentes observations.

A Pékin, le phénomène fut observé par les PP. jésuites Dollières et Collas.

A rile Saint-Domingue, un observatoire fut ét^li au nord de la ville du Cap français, dans un lieu appelé la Maison rouge^ et situé par 19** 67' 3' de latitude nord, et 4* 58" de longitude ouest.

Ce fut là qu'observèrent :

MM. PfNGRÉ, astronome de TAcadémie des Sciences; De FJeurieu, commandant la frégate VIsis\ Le chevalier de la Fillière, oflScier de vaisseau, embarqué

sur la frégate ; Saqui-Destourès, commandant le détachement des gardes de

la marine, embarqué abord de VIsis.

A Ces observateurs se joignirent, dans le cours de l'observation, M. de Foucault, oflScier de vaisseau, et MM. les chevaliers d'Isle et de TÉguille, gardes de la marine.

L'état de la pendule et sa marj^he furent déterminés par la méthode des hauteurs correspondantes.

« Le jour de l'observation venu, dit l'historien de l'Académie des Sciences, les quatre observateurs se disposèrent à la faire et convinrent entre eux que personne n'annoncerait aux autres l'instant du contact, ni par paroles, ni par signes, mais qu'ils la détermineraient chacun séparément. »

Le tableau que nous donnons plus loin montre que l'accord, entre les trois observateurs, fut aussi satisfaisant qu'on pouvait le désirer.

MM. de Fleurieu et Pingre s'appliquèrent en outre pendant trois heures, c'est-à-dire jusqu'au moment où un nuage couvrit le Soleil, à déterminer la position de Vénus sur le disque solaire, en faisant passer les bords de Vénus et du Soleil par le fil hori-

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zontal du quart de cercle, et le fil vertical d'une lunette méridienne. Ils purent ainsi avoir, approximativement , la trajectoire décrite par Vénus sur le disque du Soleil.

Pendant ce temps M. Destourès prenait, à des instants trèsrapprochés, la distance minimum de Vénus au bord du Soleil, avec un micromètre soigneusement étudié.

D'après ce que nous venons de rapporter, on voit que les obvations du Cap français furent faites avec toute l'exactitude que Ton pouvait demander, en 1769, à des observateurs consciencieux et pour un phénomène dont l'observation n'avait pas encore été suffisamment étudiée et discutée.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'abbé Chappe d'Adte- ROGHE s'était rendu en Californie. Il s'installa au cap San-Lucar, au village de Saint-Joseph.

Son observatoire fut une grange à maïs, dont il fit percer le toit et recouvrir d'une toile que l'on pouvait hausser et baisser à volonté.

L'observatoire de Chappe contenait une lunette méridienne, une machine équatoriale et un quart de cercle, posés sur des massifs solides, faits exprès, et formés de pierres et de briques.

Sa pendule était fixée à un bloc de cèdre, très-dur, enfoncé et scellé de a 1 pieds en terre.

La lunette, de 10 pieds de distance focale, destinée à l'observation des contacts, était suspendue à une potence portée par une poutre de 8 à 9 pouces d'équarrissage, de sorte qu'on pouvait facilement la mouvoir dans le sens horizontal et dans le sens vertical.

Le 28 mai, tous les préparatifs de l'astronome français étaient terminés. Sa pendule avait été réglée, et il avait déterminé la position de son observatoire, qu'il trouva situé par

1W10' de latitude nord et

7**a8°io* de longitude ouest.

Chappe, ses aides et l'ofiScier espagnol don Vincent d'Oz, em-

ployèrent les jours qui précédèrent Tobseryation à suivre l'état et la marche de la pendule avec Texactitude la plus scrupuleuse, et le temps favorisa tellement l'astronome français, que cette détermination fut aussi exacte que possible.

Le jour de l'observation, le ciel se montra d'une pureté remarquable. Incertain sur le point du limbe solaire où Vénus devait entrer, Chappe observa le premier contact externe avec la machine équatoriale.

Aux contacts intérieurs , il remarqua et nota le ligament noir, qu'il trouva plus marqué à l'entrée qu'à la sortie.

Premier contact interne. — « A l'entrée totale de Vénus, dit Chappe, j'observai très-distinctement le second phénomène, qui avait été remarqué par la plus grande partie des astronomes de 1761. Le bord du disque de Vénus s'allongea comme s'il eût été attiré par le Soleil. Je n'observai point pour l'instant de l'entrée totale celui où le bord de Vénus commençait à s'allonger ; mais, ne pouvant pas douter que ce point noir ne fît partie du corps opaque de Vénus, j'observai le moment où il était à sa fin; de façon que l'entrée totale ne peut être arrivée plus tôt, mais peutêtre plus tard de deux ou trois secondes. Le point noir était un peu moins obscur que le reste de Vénus ; je crois que c'est le môme phénomène que celui que j'observai à Tobolsk, en 1761. »

Deuxième contact interne. — « Le Soleil était ondoyant ainsi que Vénus, ce qui rendait cette observation très-diflBcile. A ce contact, Vénus s'est allongée plus considérablement que le matin, en s'approchant tout à coup du bord du Soleil. »

Pendant toute la durée du passage, Chappe prit, à des instants bien déterminés, la différence d'ascension droite et de déclinaison entre les bords de Vénus et ceux du Soleil.

Il mesura plusieurs fois le diamètre de la planète avec son micromètre et le trouva de 67', 8. Le même diamètre, mesuré par le temps que mit Vénus à traverser le bord du Soleil, fut trouvé de 56", 4; enfin il mesura aussi la plus petite distance des centres.

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Le lendemain et les jours suivants, les observateurs de Saint- Joseph continuèrent à déterminer la marche de la pendule par les hauteurs correspondantes.

-Ce succès, obtenu par Ghappe dans Tobservation du phénomène, devait être payé bien cher !

a II régnait, dit Thistorien de l'Académie, dans le canton de Californie, une maladie épidémique dangereuse. Trois jours après l'observation, Chappe fut attaqué de cette maladie, et aucun des siens n*en fut exempt. »

Il était mieux cependant et était même entré dans une espèce de convalescence , mais l'amour de la science lui fit commettre une imprudence qui le conduisit au tombeau. Il voulut absolument, malgré son état de faiblesse, passer la nuit à observer réclipse de Lune, qui arriva le i8 juin. Cette fatigue lui occasionna une rechute dont il mourut, le i*" août, âgé de quarante et un ans ! Trois jours avant sa mort, il dit à ses amis : « Je sais bien qu'il faut finir et que je n'ai que peu de temps à vivre, mais j'ai rempli ma mission et je meurs content. »

L'Académie des Sciences reçut les observations d'un grand nombre d'observateurs étrangers. Peu d'entre eux semblent s'être préoccupés de la goutte noire ; cependant cette circonstance du phénomène fut encore signalée particulièrement par le P. Hell à Wardhuus et par le D" Bévis, qui observa le passage à Kew, avec un télescope grégorien de i mètre de distance focale et de i5 centimètres d'ouverture.

a A 7^ 28" 8*, dit DE Lalande, en rapportant les observations du P' Bévis, Vénus paraissait entièrement sur le Soleil, les deux bords semblaient se toucher; mais, au lieu d'un trait de lumière que M. Bévis s'attendait à voir tout de suite entre les deux limbes, il les vit encore unis, pendant quelques secondes, par une espèce de ligament étroit qui était moins noir que le disque de Vénus, et qui lui était réellement adhérent comme le col d'une bouteille. »

Voici le tableau des observations du passage de 1769, publiées dans tous les Recueils scientifiques de l'époque.

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