DOCUMENTS ORIGINAUX CONCERNANT LES PASTEURS
Jusqu'à présent ni les monuments, ni les papyrus ne nous ont livré la moindre mention relative à la conquête de l'Egypte par ces Barbares, mais nous possédons des témoignages de leur domination et des textes, qui relatent leur expulsion définitive.
Je commencerai par le célèbre passage du Papyrus Sallier I, qui établit le synchronisme du pasteur Apapi avec le roi égyptien Sekenen-Ra.
C'est M. le Vicomte de Rougé, qui a le premier signalé la grande importance de ce document, dont Mr. Brugsch a traduit les premières lignes ‘). Mr. Goodwin, à son tour, donna une version de toutes les parties lisibles du document *), et rectiñia lui-même quelques uns de ses premiers résultats *). Cette version fut plus tard imitée par M. Brugsch *).
J'ai pu ajouter quelque chose dans la traduction suivante aux points acquis par mes devanciers:
‘) Eïn aeg. Dokument über die Hyksos-Zeit, Zeïitschr. des deutsch. morg. Gesellsch. B. 9, 200. 3) Hieratic papyri, Cambridge Essays, 1858, p. 242.
3) Chabas, Mélanges Egyptol. I, p. 96.
+) Tanis und Avaris, Zeitschr. für allg. Erdk., Neue Folge, XIV, 81.
»Cect est arrivé, le pays d'Egypte étant aux Fléaux; il n’y avait point »de seigneur-vie-santé-force, (roi) au jour de cet événement. Alors, lorsque le roi Sekenen-Ra, vie-santé-force, était Hik (roi, gouverneur) du pays du » Midi, les Fléaux étaient à la ville des Amou, et le chef Apapi, vie-santé- » force ‘), élait à Avaris. Le pays tout entier lui offrait ses produits manu- »facturés et le nord faisait de même avec toutes les bonnes choses de To- »méri *).
» Le roi Apapi fit de Set ‘) son seigneur divin, et ne servit aucun des »dieux qui sont dans le pays entier. Ïl lui construisit un temple d’excellent ptravail pour les siècles. Le roi Apapi (établit) *) des fêtes et des jours »pour faire immoler des victimes chaque jour à Set, et des statues du roi »avec bandeaux, comme c’est le cas d’un rermpre ayant des Phra-Harmakhis »en face l’un de l’autre ) . . . . . + .
» Alors le roi Apapi eût à envoyer un message au roi Sekenen-Ra, dans le »pays du Midi.
»Beaucoup de jours après cela, le roi Apapi fit appeler (ses scribes sa- »vants afin qu'ils lui donnassent leur avis sur) la communication (à faire pau roi Sekenen-Ra).”
Ici se place une lacune d'au moins cinq lignes, dont il ne reste qu’un pelit nombre de groupes mutilés. On n'en peut absolument rien tirer. Mais en rapprochant les mentions antécédentcs de celles qui vont suivre, il y à licu de supposer qu'Apapi y exposait à ses conseillers la nature des
1) Je ne répéterai plus dans la suite de ma tradüction ce titre de Vie-santé-force, que le scribe donne aussi bien à Apapi qu’à Sekenen-Ra. |
3) On doit entendre par To-méri la partie fertile de la Basse-Esypte. 3) Le nom est écrit Soutekh. Voyez Voyage d'un Egyptien, p. 239; Mél. Egypt. II. p. 188. +) Les mots entre parenthèses correspondent à des lacunes dans le papyrus.
s) Cette phrase, incomplète sur l'original, présente d’assez grandes difficultés. Toutefois on voit très-distinctement que le groupe dans lequel on a cru lire l'indication du che du midi, n’a pas ce sens, puisqu'il est précédé de l'article féminin. D’un autre côté, l'expression Ÿ DL LR 4. ne peut pas se rapporter ni au temple, qui est du féminin, ni à aucun autre mot le la phrase, à l'exception de Phra-Harmachis, nom qui est bien du masculin. Or, les groupes ci-dessns, suivis du sivne de doublement, signifient: vis-à-vis de lui, vis à-vis de lur, c’est-à-dire vis-à-vis l'un de l'autre. Si l’on réfléchit que le sphinx est une figure, qui a été attribuée précisement à la forme solaire de V'Horus des deux horizons (Phra-Har-em-akhou, eu grec “Apuayi), on sera tenté de reconnaÿtre dans notre texte l'indication d’une avenue de sphinx affrontés.
LIITERK. VERH. DER KONINKIL. AKADEMIE. DYIL [V,
communications qu’il avait à faire au chef du midi; que ceux-ci lui donnaient un avis de nature très-pacifique, et l’engageaient même à se concilier le chef égyptien en consentant à rendre un culte à l’un des dieux principaux de l'Egypte.
Je continue ma traduction: (page 2). . . . . . avec lui, hormis ‘) »que je *) ne consens pas à servir aucun des dieux, qui sont dans le pays »entier, à l'exception d’Ammon-Ra, roi des dieux.
» Après beaucoup de jours ensuite de ces choses, le roi Apapi envoya au »chef du midi, dans le pays du midi, la déclaration que lui avaient dite ses »scribes savants ‘). Puis le messager du roi Apapi marcha vers le chef du » midi. On le conduisit devant le chef du midi.
Il dit au messager du roi Apapi: »Qui t'envoie dans le pays du midi? »» Comment es-tu arrivé pour espionner P”
»Le messager lui dit: »c'est le roi Apapi qui envoic vers toi pour dire »ppque . . . . sur la fontaine du bétail, qui est dans . . . . de »»la ville. Réellement je n'ai pas laissé venir à moi le sommeil, ni le jour »oni la nuit (avant d’avoir rempli ma mission)” *).
» Le chef du pays du midi resta stupéfié un instant, et il arriva qu'il ne »put pas répondre au messager du roi Apapi.
»» Ensuite le chef du midi lui dit: »Ainsi donc ton maître ne l’a pas envoyé
»p»pour . . . . . . au chef du midi. . . . . . . . »rtoutes les paroles pour lesquelles il a envoyé vers moi. ne DD ee ee ee ee où ee où + + . [lui fit donner »des vivres de ses mets . . . ee ne ee où »»Tout ce que tu as dit je le trouve ee +. eo
»vLe messager du roi Apapi repartit pour l'endroit où (page 3) était son maitre.
» Alors le chef du pays du midi appela ses grands généraux et aussi ses officiers, ainsi que Îles guides habiles qui étaient avec lui, pour leur dire » toutes les déclarations au sujet desquelles le roi Apapi avait envoyé vers lui.
mnt + 2 + 0 ten nee ne
1) Le groupe a été ganchement rétabli, il faut lire A-Xai.
3) Le signe pronominal a disparu; mais il faut remarquer que les pronoms de la deuxième et de la troisième personne descendent le plus souvent en traits hardis au-dessous de la ligne; on en verrait les débris; celui de la première personne est plus probable.
*) Les peSOT-ASTOT. Cette mention importante est certaine.
+) 11 y aurait un grand intérêt à la restitution des trois passages incertains de ce paragraphe.
»lls se turent d’une seule bouche, dans une grande stupeur, ne sachant » lui répondre ni bien ni mal.
Le roi Apapt envoya à . . . . .
Ici malheureusement le scribe du papyrus a changé subitement d'idée ; il abandonne son curieux récit au milieu d’une phrase inachevée, pour traiter un sujet tout-à-fait différent.
Le deuxième document, par ordre d'importance, est l'inscription biographique du capitcine de marins Ahmès, fils d’Abna. M. de Rougé en a traduit les sept premières lignes ‘) et M. Brugsch, dans son Histoire d'Egypte *) a essayé de pousser la version jusqu’à la dix-septième ligne. J'en donne ici la traduction intégrale, mise au niveau des progrès de la science: *)
»Le commandant de marins Ahmës, fils d’'Abna, justifié, dit:
»Je vous parle à tous, à hommes. Je vous fais savoir les faveurs qui me »sont échues. J'ai été gratifié du collier d’or sept fois, à la face du pays »tout “entier, et d’esclaves hommes et femmes en grand nombre. dJ’ai été »pourvu de champs très-nombreux. Le nom de vaillant, que je me suis “»fait *) ne s’anéantira pas en ce pays à jamais.
»Il dit:
1. »J'ai pris naissance dans la ville d'Eyleithias; mon père était officier »du roi Sekenen-Ra, justifié; Baba, fils de Roan, était son nom. Voilà que »je fis (le service d') officier à cause de lui sur le navire le Taureau-de- »sacrifice, au temps du roi Neb-peh-Ra (Ahmès 1). J'étais jeune ; je n'avais »pas de femme, et je couchais dans le lit des Réservés ‘).
I. »Mais, après que j'eus pris maison, je me rendis sur le vaisseau le »Nord pour combattre. J'avais à suivre le chef suprême, vie-santé et force, »sur mes pieds, lorsqu'il allait en char. Comme on assiégeait la ville d’A- »varis, J'avais à combattre à pied devant le roi.
HT. »Alors je fus promu sur le vaisseau le Sha-em-mannefer. On se bat- »tit sur l'eau, à la lagune d’Avaris. Voilà que je fis des prises; je m’empa-
1) L'inscription du tombeau d’Ahmès, chef des nautonniers.
3) Page 80. |
*) Le texte de eette importante inscription couvre la planche 12 de Lepsinus, Denkm., Abth. III. +) Laittéralement: qu'il s'est fait |
5) Ce détail fait entendre que les célibataires étaient séparés des hommes mariés.
»rai d’une main ‘). Rapport en fut fait au lieutenant du roi; on me donna »le collier d’or de la vaillance, |
IV. »On se battit de nouveau en ce lieu, et de nouveau j'y fis des »prises; je rapportai une main. On me donna encore une fois le collier d’or »de la vaillance.
V. »On se battit à Takémi, au sud de cette ville ?). Alors je ramenai »prisonnier vivant un homme. Je me jetai à l’eau, car en le ramenant, pour »m'écarter du chemin de la ville, je traversai en le tenant sur l’eau. On »en fit rapport au lieutenant du roi, et voilà qu’aussi on me gratifia du col- »lier d’or encore une fois.
VI. »On prit Avaris; j'y fis des prisonniers, un homme et trois femmes, »total quatre têtes. Sa majesté me les donna comme esclaves.
VIL. »On assiégea la ville de Sharuhana, en l'an V. Sa majesté la prit. » Voilà que j'y fis des prisonniers: deux femmes et une main. On me donna »le collier d’or de la vaillance; de même on me donna les prisonniers »comme esclaves.
VIIT. »Lorsque S. M. eût massacré le Mena de Sati, elle repartit pour »Khent-han-nefer, afin de détruire les Petti de Nubie. Sa majesté en fit un »grand carnage. J'y fis des prisonniers: deux hommes vivants et trois mains. »On me gratifia du collier d’or encore une fois; de même on me donna les » deux esclaves.
IX. »Le roi revint par eau, joyeux de coeur, fortet victorieux; il s'était »emparé des peuples du midi et de ceux du nord.
X. »Alors le Fléau vint du midi; faisant avancer avec lui sa dévastation ; »il profana les dieux du midi (tombés) en son pouvoir. Sa majesté le ren- »contra à la crique de Tent-to-kabou. Sa majesté s’en empara en prison- »niers vivants; tous ses hommes furent amenés captifs. Voilà que je rame- »nai deux adultes que j'avais pris de force sur le navire du Fléau, On me »donna cinq individus *) pour ma part et cinq sta‘) de terres dans ma » ville. On en fit autant pour tous les marins.
1) Les mains coupées servaient à compter le nombre des ennemis tués. 3) C'est-à-dire au sud d’Avaris.
3) Littéralement tétes.
+) Sta, espèce de mesure de superficie.
XI. » Voilà que vint ce vil ennemi nommé Teta-an. À lui se réunirent des »insensés. Sa majesté le massacra, lui et ses esclaves, jusqu’à l’extermination »complète. On me donna trois individus et cinq sta de terres dans ma ville,
XII. »J’eus à conduire par eau Île roi Ser-ka-ra, justifié (Aménophis I) re- ‘tournant à Cousch pour élargir les frontières de l'Egypte. Sa majesté frappa »ce Petti de Nubie au milieu de ses misérables soldats; ramenés en ... »il ne s’échappérent pas. On procéda sur place à les exterminer.
» J'étais alors capitaine de nos soldats, et je me battis comme il convient. » Sa majesté vit ma valeur; je m’emparai de deux mains et les portai à sa » majesté.
»On poursuivit son peuple et ses troupeaux. Alors je m’emparai d’un pri- »sonnier vivant et le conduisis à sa majesté.
XILE. »Je ramenai sa majesté deux journées vers l'Egypte sur le réservoir » supérieur, Alors on me gratifia du collier d’or, et l’on me donna deux fem- »mes esclaves en sus de ce que j'avais conduit à sa majesté. On me nomma » guerrier du Hiq (du roi).
XIV. »J’eus à conduire par eau le roi Aa-kheper-ka, justifié, (Thotmès L), » lorsqu'il retourna à Khent-Han-nefer pour châtier les coupables parmi les »peuples, et pour détruire les abus du pays. J’y combattis sur l’eau ‘).
». . . . les navires à l’échouage. On me nomma commandant des maprins. Sa majesté, vie-santé-force, fit . . . . . ”
La première inscription s’arrête ici, au milieu d'une phrase ; mais le sujet se continue sur une deuxième inscription de lignes plus courtes *), dont par malheur le texte ne se rattache pas directement à celui de la première; il manque au moins une ligne, dans laquelle il était question d’une expédition en Nubie ou en Ethiopie. Voici ce qui se lit sur l'inscription b:
XV. »Le roi devint plus ardent que la panthère; il decocha sa première »flèche, qui se fixa dans le genou de ce misérable *). Celui-ci tomba afsfaissé devant l’aspic du diadème royal. On fit d'eux en un instant un (grand » massacre); on prit leur peuple en prisonniers vivants.
XVI. »Sa majesté repartit par eau. Toutes les nations étaient en son pou-
1) Lacune, 2) Lepsius, Denkm. 111, pl. 12,
3) Le chef ennemi.
»voir, Ge vil Petti de Nubie était placé la tête en bas sur les barques du »roi, lorsqu'il prit terre à Apetu ‘).
XVII. »Après cela sa majesté partit pour le pays de Ruten, afin de faire »son bon plaisir des nations. Sa majesté arriva à Naharina. Sa majesté, vie- »santé-force, rencontra ce misérable et disposa l'attaque. Sa majesté en »filt un grand carnage; innombrables sont les prisonniers vivants que sa ma- »jesté ramena en son pouvoir. J'étais alors capitaine de nos soldats. Sa ma- »jesté vit ma vaillance; je m'emparat d’un char, de ses chevaux et de ceux »qui étaient dessus en prisonniers vivants, que je conduisis à sa majesté. »On me gratifia du collier d’or encore une fois.
XVII, »J'ai grandi, j'ai atteint la vieillesse, semblable à un ancien de »la terre *). . . . . Je reposcrai dans la tombe, que je me suis faite »moi-même.”
Tel est l’ensemble de ce texte vraiment précieux, qui nous servira à lier entre eux quatre règnes consécutifs. D'une interprétation très facile et très sûre, sauf dans deux ou trois phrases sans importance, 1l nous révêle un assez grand nombre de faits historiques, que Je ferai ressortir tout à l'heure. Le capitaine Ahmés nous y rend bien compte des scpt faits d'armes à l’occasion desquels il fut honoré du collier d'or de la valeur militaire *), ainsi qu'il nous l’apprend dans son préambule. Par conséquent nous sommes certains, que la lacune cexistant entre les deux inscriptions ne nous à privés d'aucun épisode important,
Je vais maintenant donner la traduction d’une autre inscription biographique qui nous parle des quatre premiers rêgnes de la XVIII dynastie. Ce texte, qui appartient au Musée du Louvre, a été publié par M. Prisse d’Avenne ‘) et par M. Lepsius ‘) :
»Le noble chef, chancelier, . . . ., contrôleur des prises, Ahmés, » surnommé Penneb ‘), dit:
me + ee ee + nee nn
1) Le quartier de Karnak à Thèbes.
3) Lacune.
#) Les distinctions de cette espèce ne sont pas d'invention moderne. *) Monuments Egyptiens, pl. IV.
5) Auswahl der wicht. Urkunden, Taf. XIV, A,B.
6) Ce surnom doit peut-être se lire d’une autre manière,
I. »J’ai servi le roi Neb-peh-Ra (Ahmès 1), justifié. Je lui ai pris à ‘) ». . . . deux mains. |
Il. »J’ai servi le roi Ser-ka-Ra, justifié (Aménophis I). Je lui ai pris à »Coush un prisonnier vivant.
IL. »De nouveau j'ai agi pour le roi Aménophis [; je lui pris au nord »du pays d’Amu-Kehak trois mains.
IV. »J’ai servi le roi Aa-kheper-ka-Ra, justifié (Thotmés I) ; je lui ai pris »à Coush deux prisonniers vivants, en sus des prisonniers vivants que j'ai »ramenés de Coush. Je ne compte pas cela *).
V. »De nouveau j'ai agi pour le roi Thotmés [, je lui ai pris dans le »pays de Naharina 21 mains, un cheval et un char.
VI. »J’ai servi le roi Aa-kheper-en-Ra, défunt (Thotmès Il). Je lui ai »ramené du pays de Shasou des prisonniers vivants très-nombreux. Je ne »compte pas cela *).”
La seconde partie du texte énumère les récompenses, qui furent conférées à notre officier: | | |
». . . . Le contrôleur des prises Ahmès, surnommé Penneb, dit:
»Que prospère le roi éternellement vivant! Je n’ai pas cessé de faire » fructifier mes bras pour le roi depuis le roi Neb-peh-Ra justifié (Ahmès [) »jusqu’au roi Aa-kheper-en-Ra, justifié (Thotmés IT), et j'ai été dans la »faveur du roi jusqu’au roi Men-kheper-Ra (Thotmés Il) vivant éter- »nellement.
»Le roi Aménophis Î m’a donné trois colliers d’or, deux bracelets, deux »colliers shabu, un vase maskut, un poignard, une couronne garnie de ptoute espèce de . . . . |
Le roi Thotmès [ m’a donné trois colliers d’or, deux bracelets, quatre »colliers shabu, un vase maskut, trois lions d’or, deux haches.
»Le roi Thotmés [Il m'a donné trois colliers d’or. . . . ., six col- »liers shabu, trois vases maskut en lapis? et argent. . . . . haches.”
1) Lacune.
3) Il s’agit de prisonniers qu’Ahmès s'était procurés, ou qu’il avait été chargé de conduire, mais qu’il n'avait pas fait à la guerre
3) Même observation.