‹ Les Pasteurs en EgypteChapitre 1 sur 21 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

L'extrême antiquité de la civilisation en Egypte, telle qu'elle commence à ressortir à la suite des travaux des successeurs de Champollion, est devenue un sujet de vif intérêt et en même temps de grande surprise. Nous devons même convenir que ce sentiment de surprise dégénère facilement en doute, et quelquefois en méfiance, chez beaucoup d'érudits nourris des éludes classiques et trop habitués à tout demander aux écrivains de la Grèce et de Rome.

On ne réfléchit pas assez que, si l'on s'en tient à ces sources classiques, l'histoire ne remonte pas à beaucoup de siècles avant notre ère sans se mêler plus ou moins étroitement aux mystères fabuleux, tandis que relativement à l'Egypte la date des réalités historiques au-dessus de toute discussion est infiniment plus reculée.

Bien longtemps avant que Deucalion et Pyrrha ne repeuplassent le monde en jetant derrière eux les pierres de la Phocide, le Pharaon Thotmès III gravai! les fastes de ses victoires en Asie et en Afrique, sur des pierres que les visiteurs du Musée du Louvre peuvent encore aujourd'hui toucher de leurs mains. Le Minotaure et le bélier de Phryxus ont pour contemporains dan^

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l'histoire égyptienne les événements des règnes glorieux de Séti I et de Ramsès H, souverains qui nous ont laissé un si grand nombre de pages authentiques de leurs annales.

Nous touchons au moment où, loin de s'efforcer d'expliquer l'Egypte par l'antiquité classique, l'on devra s'habituer à renverser les conditions du problème, et à demander aux monuments pharaoniques l'éclaircissement des faits, que recouvre le voile trop peu transparent des fables helléniques.

Déjà les écritures égyptiennes nous ont montré les Sardiniens vendant leurs services aux Pharaons plus d'un siècle avant la guerre de Troie '). Un peu plus tard le même peuple s'allie contre l'Egypte aux autres nations méditerranéennes, aux Lybiens, aux Sicules, aux Etrusques, aux Achaïens, aux Lyciens, etc. -). Les monuments de la même époque nous parlent aussi des Dardaniens et, selon toute probabilité, des Teucriens 3) et des Pélasges ^).

C'est ainsi que peu à peu les annales de l'ancienne Egypte se rattachent d'une manière sûre à la chaîne historique, et continuent cette chaîne dans les profondeurs de l'antiquité où elle se perdait pour nous.

Déjà Champollion avait signalé le grand fait des conquêtes de Sésonchis I en Palestine, inscrites sur la muraille extérieure du temple d'Ammon à Thèbes. Mais, depuis les merveilleuses découvertes de l'auteur de la méthode, on a réussi à trouver d'autres points de contact entre l'Histoire sacrée et les monuments écrits de l'Egypte. Les papyrus nous ont montré les Hébreux occupés au charroi des énormes pierres employées pour la construction de certains temples dans la Basse-Egypte ').

D'un autre côté, la liste des viiles syriennes et palestiniennes connues et fréquentées par les Egyptiens avant l'époque de Moïse s'est considérablement accrue °). C'est dans les hiéroglyphes, que se trouvent aujourd'hui les titres les plus authentiques de l'extrême antiquité de quelques unes d'en-

') Papyrus Anastasi I, p. 17. — Chabas et Goodwin, Voyage d'un Egyptien, etc. p 67.

2) Dùmichen, Hist. Inschr. pl. 1 et sqq. — De Rougé, Mémoire sur les attaques des peuples de la Méditerranée contre V Egypte.

3) Lauth, Homer und Aegypten.

4) Chabas, Voyage d'un Egyptien, réponse à la critique, p. 99.

5) Chabas, Les Hébreux en Egypte, Mélanges Egypt., série I, p. 42.

6) Chabas et Goodwin, Voyage d'un Egyptien, etc.

tre elles. On a dû reconnaître en particulier que l'époque assignée par l'histoire classique à la fondation de Tyr sur son ilot de rochers est inexacte, et doit être notablement reculée.

A côté de ces faits historiques, qui se réfèrent à des nations connues, les égyptologues ont bien plus souvent à en signaler d'autres, plus anciens encore et se rapportant à des peuples dont les traditions classiques n'ont pas conservé le souvenir. Des nations policées et puissantes ont précédé les Cbaldéens et les Babyloniens, mais comme elles ne possédaient pas les pierres éternelles, ni le papier inaltérable de l'Egypte, elles ne nous ont rien transmis de leur histoire, en dehors des mentions que les Pharaons ont jugé à propos de faire inscrire sur les monuments de leurs victoires, et de quelques rares citations éparses dans la correspondance des scribes. Mais, quelle que soit l'insuffisance des documents, l'existence de ces nations antérieures à toute histoire n'en est pas moins réelle. Il faut qu'on l'admette et qu'on introduise dans l'enseignement des modifications devenues indispensables. Toutefois il n'est pas nécessaire de précipiter les solutions méthodiques, parce que d'une part les monuments connus ne sont pas tous expliqués, et qu'en second lieu, un grand nombre de documents sont encore inaccessibles on inconnus. Avant d'entreprendre un classement systématique, qui permette des vues d'ensemble, il reste encore une foule d'études monographiques à demander aux égyptologues exercés.

Je voudrais ici essayer de donner une idée de l'immensité du cadre, dans lequel nous avons à classer les faits, non pas bien entendu en déterminant des chiffres précis, ce que je ne crois guère possible, mais en exposant à grands traits les divisions chronologiques de l'histoire égyptienne.

On est depuis longtemps d'accord de considérer dans cette longue histoire trois époques principales: le Nouvel-Empire, la domination des Pasteurs et l'Ancien-Empire. Cette division, proposée en premier lieu par M. le Docteur Lepsius, est à la fois extrêmement rationnelle et très commode pour le classement des faits et des règnes.

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