‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 50 sur 74 · LIVRE m. III · texte numérisé non relu

LIVRE m. III

« aimant la virginité. Pan se courrouça « contre elle, jaloux de ce qu'elle chantoit « si bien, et dépité de ne pouvoir jouir de a sa beauté. Il rendit furieux les pâtres et « chevriers du pays, qui, comme loups ou a chiens enragés, se jetèrent sur la pauvre « fille, la déchirèrent, chantant encore, et (( çà et là dispersèrent ses membres pleins a d'harmonie. Terre les reçut en faveur a des Nymphes, conserva son chant, retient ce sa musique, et depuis, par le vouloir des « Muses, imite les voix et les sons, repré- « sentej ainsi que faisoit la pucelle de son « vivant, hommes, Dieux, bétes, instruT « ments, et Pan quand il joue de la flûte, « lequel, entendant contrefaire son jeu, « saute et court par les montagnes, non « pour autre envie, mais cherchant oti est « l'écolier qui se cache et répète son jeu, « sans qu'il le voie ni connoisse. » •

Daphnis ayant fait ce conte, Chloe le baisa, non seulement dix fois, comme il avoit demandé, mais beaucoup plus. Car Echo redit, peu s'en faut, tout ce qu'il avoit dit , comme pour témoigner qu'il n*avoit point menti.

La chaleur alloit tous les jours de plus en plus augmentant, parce que le printemps finissoit et l'été commençoit ; et aussi

avoîent-ils de nouveaux passe-temps convenables à la saison d*été. Daphnis nageoit dans les rivières, Chloé se baignoit dans les fontaines ; il jouoit de la flûte à l'envî des pins que les vents faisoient résonner ; elle chantoit à rencontre des rossignols à qui mieux mieux. Ensemble ils chassoient aux cigales, prenoient des sauterelles, cueilloient les fleurs, crouloient le^ arbres, mangeoient les fruits ; et à la fin se couchèrent tous deux sous une même peau de chèvre, nue à nu; et lors eût Chloé facilement été faite femme, si Daphnis n'eût craint de lui faire sang ; de quoi il avoit si belle peur, qu'appréhendant de n'être pas toujours maître de soi , souvent il empêchoit Chloé de se dépouiller toute nue, tellement qu'elle-même s'en étonnoit; mais elle avoit honte de lui en demander la cause.

Il y eut durant cet été grande presse et pourchas amoureux autour de Chloé pour ravoir en mariage, et venoit-on de tous côtés la demander à Dryas. Aucuns lui portoient des présents, et tous lui faisoient de grandes promesses; tellement que Napé, mue d'avarice, lui conseilloit de la marier, et ne tenir point plus long-temps une fille si grande en sa maison ; que si on ne se hâtoit de lui donner mari, elle pourroi'-*

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