‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 6 sur 74 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

voir, vous diriez non une ville, mais comme un amas de petites îles. Eijviron huit ou neuf lieues loin de cette ville de Mitylène, un riche homme avoit une terre : plus bel héritage n'étoit en toute la contrée; bois remplis de gibier, coteaux revêtus de vignes, champs à porter froment, pâturages pour le bétail, et le tout au long de la marine, où le flot lavoit une plage étendue de sable fin.

En cette terre un chevrier nommé Lamon, gardant son troupeau, trouva un petit enfant qu'une de ses chèvres allaitoit, et voici la manière comment. 11 y avoit un ballier fort épais de ronces et d'épines, tout couvert par-dessus de lierre, et au-dessous, la terre feutrée d'herbe menue et délicate, sur laquelle étoit le petit enfant gisant. Là s'en couroit cette chèvre, de sorte que bien souvent on ne savoir ce qu'elle devenoît, et abandonnant son chevreau, se tenoit auprès de l'enfant. Pitié vint à Lamon du chevreau délaissé. Un jour il prend garde par où elle alloit; sur le chaud du midi, la suivant à la trace, il voit comme elle entroit sous le hallier doucement et passoît ses pattes tout beau par-dessus l'enfant, peur de lui faire mal; et Tenfant prenoit à belles mains son pis comme si c'eût été mamelle

iC DAPHNIS ET CHLOÉ.

de nourrice. Surpris, ainsi qu'on peut penser, il approche, et trouve que c'étoit un petit garçon, beau, bien fait, et en plus riche maillot que convenir ne sembloit à tel abandon; car il étoit enveloppé d'un mantelet de pourpre avec une agrafe d'or; près de lui avoit un petit couteau à manche d'ivoire.

Si fut entre deux d'emporter ces enseignes de reconnoissance, sans autrement se soucier de l'enfant ; puis, ayant honte de ne se montrer du moins aussi humain que sa chèvre, quand la nuit fut venue il prend tout, et les joyaux, et l'enfant et la chèvre, qu'il conduisit à sa femme Myrtale, laquelle^ ébahie, s'écria si à cette heure les chèvres faisoient de petits garçons. Et Lamon lui conta tout, comme il 1 avoit trouvé gisant et la chèvre le nourrissant, et comment il avoit eu honte de le laisser périr. Elle fut bien d'avis que vraiment il ne l'avoit pas dû faire ; et tous deux d'accord de l'élever, ils serrèrent ce qui s'étoit trouvé quant et lui, disant par-tout qu'il est à eux; et afin que le nom même sentît mieux son pasteur, l'appelèrent Daphnis.

A quelque deux ans de là, un berger de»

environs, qui avoit nom Dryas, vit une toute pareille chose et trouva semblable

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