n’aye. — 332. voye. — 337. sçavoit. — 345. de violette
1. De violette. C’est la leçon voulue par Courier qui suit d'ailleurs Amyot ; cependant il écrit plus bas. III 387 : le chapelet de violettes.
de sa panetière à repaître du raisin sec et quelques pains, et sou-
ventefois lui prenoit de la bouche un morceau et le mangeoit, elle,
comme petits oiseaux prennent la becquée du bec de leur mère. Ainsi qu’ils mangeoient ensemble, ayant moins de souci de man-
PE BETA , . A : ° . Q ger que de s’entrebaiser, une barque de pêcheurs parut, qui voguoit
au long de la côte. Il ne faisoit vent quelconque, et étoit la mer fort calme, au moyen de quoi ils alloient à rames et ramoient à la plus grande diligence qu'ils pouvoient, pour porter en quelque riche maison de la ville leur poisson tout frais pêché ; et ce que tous mariniers ont accoutumé de faire pour alléger leur travail, ceux-ci le faisoient alors ; c’est que l'un d’eux chantoit une chanson marine; dont la cadence régloit le mouvement des rames, et les autres, de même qu'en un chœur de musique, unissoient par intervalles leur voix à celle du chanteur. Or, tant qu’ils voguèrent en pleine mer, le son dans cette étendue, se perdoit, et la voix s'évanouissoit en l'air ; mais quand ils vinrent à passer la pointe d’un écueil et entrer en une baye profonde en forme de croissant, on ouït bien plus fort le bruit des rames, et bien plus distinctement le refrain de leur chanson ; pource que le fond de la baye se terminoit en un vallon creux, lequel recevant le son, comme le vent qui s’entonne dedans une flûte, rendoit un retentissement qui représentoit à part le bruit des rames, et la voix des chanteurs à part, chose plaisante à ouir. Car comme une voix venoit d'abord de la mer, celle qui répondoit de terre resonnoit d'autant plus tard, que plus tard avait commencé l’autre.
D2phnis qui savoit que c’étoit de ce retentissement, ne regardoit rien qu'en la mer, et prenoit singulier plaisir à voir la barque voguer vite comme voleroit un oiseau, tâchant à retenir quelque chose de la chanson qu'il pût jouer après sur sa flûte. Mais Chloé n'ayant jamais oui ce resonnement de la voix qu'on appelle écho, tournoit la tête, tantôt du côté de la mer, lorsque les pêcheurs chantoient, tantôt vers le bois, cherchant qui leur répondoit. Eux passés, tout se tut en la mer et dans le vallon ; et Chloé demandoit à Daphnis si derrière l’écueil y avoit point une autre mer, une autre barque et d’autres rameurs qui chantassent, Il se prit doucement à sourire, et plus doucement encore la baisa, puis lui mettant sur la
399. s’entre-baiser. — 360. ceux-cy — 362. regloit. — 364. voguerent. — 368. refrein. — 369. le fonds. — 373. dabord. — 373. repondoit. — 378. vite. — 382. repondoit.
374. résonnoit. — 376. sçavoit. — 378. vite. — 380. résonnement.
tête le chapelet de violettes, commença à lui conter la fable d'Écho, lui demandant pour loyer de lui faire ce beau conte, dix autres baisers. Si lui dit : «Il y a, ma mie, plusieurs sortes de Nymphes : « les unes sont Nymphes des bois, les autres des prés ou des eaux, « toutes belles, toutes savantes en l’art de chanter ; et fille d’une « d’elles fut jadis Écho, mortelle, pource qu'elle étoit née d’un père « mortel, belle, comme fille de belle mère. Elle fut nourrie par les € Nymphes et apprise par les Muses, qui lui montrèrent à jouer « de la flûte, à former des sons sur la lyre et sur la cithare, et lui « enseignèrent toute sorte de chant ; si qu'étant jà venue en la fleur « de son âge, elle dansoit avec les Nymphes et chantoit avec les « Muses : mais elle fuyoit les mâles, autant les Dieux que les « hommes, aimant la virginité. Pan se courrouça contre elle, jaloux « de ce qu’elle chantoit si bien, et dépité de ne pouvoir jouir de sa € beauté. Il rendit furieux les pâtres et chevriers du pays, qui, « comme loups ou chiens enragés, se jetèrent sur la pauvre fille, la « déchirèrent,chantant encore, et cet là dispersèrent ses membres « pleins d'harmonie. Terre les reçut en faveur des Nymphes, con- € serva son chant, retient sa musique, et depuis, par le vouloir « des Muses imite les voix et les sons, représente, ainsi que faisoit « la pucelle de son vivant, hommes, Dieux, bêtes, instruments et € Pan quand il joue de la flûte, lequel entendant contrefaire son « jeu, saute et court parles montagnes, non pour autre envie, mais « cherchant où est l’écolier qui se cache et répète son jeu, sans qu’il «-le voie ni connoisse. »
Daphnis ayant fait ce conte, Chloé le baisa, non seulement dix fois, comme il avoit demandé, mais beaucoup plus. Car Écho redit, peu s'en faul, tout ce qu'il avoit dit, comme pour témoigner quil n'avoit point menti.
La chaleur alloittous les jours de plus en plus augmentant, parce
387. d'Echo. — 389. plusieurs sortes de Nymphes, toutes belles, toutes sçavantes en l’art de chanter ; les unes sont Nymphes des bois, etc. — 392. Echo. — 394. montrerent, — 396. enseignerent. — 400. et dépit. — 402. de (sic) jeterent sur la paurre (sic) fille, la déchirerent. — 403. disperserent. — 404. La Terre qui les reçut. — 405. et retint. — 406. elle imite les voix et les sons, représentant comme faisoit la pucelle. — 407. les Dieux, les hommes, les bêtes, les instruments de musique et lui même Pan. — 408. qui lui entendant contrefaire son jeu, saute et court après, non pour désir ou espérance qu'il ait encore d’en jouir. — 411. voye. — 413. Echo. — 414. temoigner.
406. et représente, comme faisoit. — 411. voye. — 412. non-seulement.
que le printemps finissoit et l'été commençoit ; et aussi avoient-ils de nouveaux passe-temps convenables à la saison d'été. Daphnis nagcoit dans les rivières, Chloé se baignoit dans les fontaines; il jouoit de la flûte à l’envi des pins que les vents faisoient resonner ; elle chantoit à l'encontre des rossignols à qui mieux mieux. Ensemble ils chassoient aux cigales, prenoient des sauterelles, cueilloient les fleurs, crouloient les arbres, mangeoient les fruits ;et à Ja fin se couchèrent tous deux sous une même peau de chèvre, nue à nu; et lors eût Chloé facilement été faite femme, si Daphnis n'eût craint de lui faire sang ; de quoi il avoit si belle peur, qu'appréhendant de n'être pas toujours maître de soi, souvent il empêchoit Chloé de se dépouiller toute nue, tellement qu’elle-même s’en étonnoit ; mais elle avoit honte de lui en demander la cause.
Il y eut durant cet été grande presse et pourchas amoureux autour de Chloé pour l'avoir en mariage, et venoit-on de tous côtés la demander à Dryas. Aucuns lui portoient des présents, et tous lui faisoient de grandes promesses ; tellement que Napé, mue d’avarice, lui conseilloit de la marier, et ne tenir point plus long-temps une fille si grande en sa maison ; que si on ne se hâtoit de lui donner mari, elle pourroit à l'aventure bientôt, en gardant ses bêtes par les champs perdre son pucelage, et se marier pour des pommes ou des roses avec quelque berger :et, ce disoit Napé, valoit mieux, pour le bien d'elle et d'eux aussi, la faire maîtresse de la maison de quelque bon laboureur, et prendre ce qu'on leur offroit qu'ils garderoient à leur propre fils. Car nonguères auparavant leur étoit né unpetit garçon. Et Dryas lui-même quelquefois se laissoit aller à ces raisons ; aussi que chacun lui faisoit des offres bien au-delà de ce que méritoit une simple bergère ; mais considérant puis après que la fille n'étoit pas née pour s'allier en paysannerie, et que s’il arrivoit qu'un jour elle retrouvât sa famille, elle les feroit tous heureux, il différoit toujours d’en rendre certaine réponse, et les remettoit d’une saison à l’autre, dont lui venoit à lui cependant tout plein de présents qu’on luifaisoit.
Ce que Chloé entendant en étoit fort déplaisante, et toutefois
418. de nouveaux passetemps convenable (sic). — 423. croulloient. - 424. se coucherent. — 427. maitre, — 428 depouiller. - 434. garder point plus longtemps. — 439. maitresse. — 441 peu de temps auparavant. — 444.
bien au delà. — 448. reponse. — 448. en quoi faisant il gagnoit cependant tout plein de beaux présent (sic)
418. passetemps. — 420. résonner. — 424. nud. — 441, non-guères.
fut long-temps sans vouloir dire à Daphnis la cause de son ennui. Mais voyant quil l'en pressoit et importunoit souvent, et s’ennuyoit plus de n’en rien savoir qu'il n’auroit pu faire après l'avoir su, elle lui conta tout : combien ils étoient de poursuivants qui la demandoiïent ; combien riches ! les paroles que disoit Napé à celle fin de la faire accorder, et comment Dryas n'y avoit point contredit, mais remettoit le tout aux prochaines vendanges. Daphnis oyanttelles nouvelles, à peine qu'il ne perdit sens et entendement, et se séant à terre, se prit à pleurer, disant qu’il mourroit si Chloé cessoit de venir aux champs garder les bêtes avec lui, et que non lui seulement, mais que les brebis et moutons en mourroient de déplaisir, s'ils perdoient une telle bergère. Puis y ayant un peu pensé, il reprit courage et se mit en tête qu'il la pourroit avoir luimême, s'il la demandoit à son père, espérant facilement l'emporter sur tous les autres, et leur être préféré. Une chose pourtant le troubloit ; Lamon nétoit pas riche ; ce seul point lui affoiblissoit fort son espérance. Toutefois il se résolut, quoi qu’il en pût arriver, de la demander à femme, et Chloé même en fut d'avis. Si n’en osa de prime abord rien dire à Lamon, mais découvrit plus hardiment son amour à Myrtale, et lui tint propos comme il desiroit épouser Chloé.
Myrtale la nuit en parla à son mari. Mais Lamon le trouva fort mauvais, et appela sa femme bête, de vouloir marier à une fille de simples bergers, tel gars, à qui elle savoit bien que les marques et enseignes trouvées quantet lui, promettoient autre fortune, et qui un jour ou l’autre étant reconnu des siens, les pourroit, eux, non seulement affranchir de servitude, mais les faire maîtres de meilleure et plus grande terre que celle qu'ils tenoient comme serfs. Myrtale toutefois craignant que le garçon épris d'amour, s'il perdoit ainsi tout espoir de ce que tant il desiroit, ne fût capable de quelque funeste résolution, lui allégua d'autres motifs et prétextes de refus: « Nous sommes, ce lui dit-elle, pauvres, mon « enfant, et avons besoin d’une fille qui nous apporte, plutôt qu’à
451. longtems. — 454, combien il y avoit de riches poursuivants qui la demandoient. — 455. les paroles que Napé disoit à son mari pour l'induire à la marier. — 457. mais avoit tout remis. — 457. Daphnis ayant oui ces nouvelles. — 469. prime-abord. — 470. désiroit. — 474 simple bergers. - 475. quand et lui. — 477. faire propriétaires. — 478. qu'ils tenoient de leur maitre. — 480. désiroit. — 481. allegua. — 483. plustôt.
453. scavoir. —454. seu. — 470. désiroit.—477.non-seulement.— 483. plustôt.
Lex.
« qui il faille donner : au contraire ils sont riches, eux, et si veu- « lent avoir un mari qui leur donne. Maïs va, fais tant envers « Chloé, et elle envers son père, qu'il ne nous demande pas grand’ « chose et qu'ilte la donne en mariage. Sans doute, elle taime « aussi, et elle aimera bien mieux coucher avec toi pauvre et beau, « qu'avec pas un de ceux-là, qui sont riches et laids comme mar- « mots. »
Myrtale crut par ce moyen avoir doucement éconduit Daphnis. Car elle tenoit pour tout assuré que jamais Dryas n'y consentiroit, ayant en main de plus riches partis qui lui offroient beaucoup de biens. Daphnis quant à lui ne se pouvoit plaindre de la réponse, mais se voyant si loin d'espérance, fit ce que les amants qui sont pauvres ont accoutumé de faire ; il se prit à pleurer, et invoqua les Nymphes, lesquelles la nuit ensuivante, ainsi qu'il dormoit, s'apparurent à lui, en même forme et manière que la première fois ; et lui dit la plus âgée d'elles : «A un autre Dieu touche le « soin du mariage de Chloé : nous te donnerons, nous, de quoi « gagner Dryas. Le bateau des Méthymniens, dont tes chèvres « broutèrent le lien l’année passée, fut ce jour-là par les vents « emporté bien loin de terre : mais d’autres souffles la nuit le jetè- « rent contre la côte, où il périt et tout ce qui étoit dedans, sinon « qu'avec le débris l’onde poussa sur la grève une bourse de trois « cents écus, et est là couverte d’algue, près d'un dauphin mort, « qui a été cause que nul passant ne s’en est encore approché, € fuyant un chacun la puanteur de cette pourriture. Vas-y, prends « la bourse et la donne. Ce sera assez à cette heure pour mon- « trer que tu n'es point pauvre : mais un temps viendra que tu « seras riche. »
Aussitôt dites ces paroles, elles disparurent avec la nuit, etle jour commençant à poindre, Daphnis se leva tout joyeux, chassa ses bêtes aux champs avec les sons accoutumés, et ayant baisé Chloé, salué les Nymphes, s'en courut au bord de la mer, comme s'il eût voulu s’asperger d’eau marine. Là se promenant sur le sable, il alloit par-tout regardant s’il trouveroit point ces trois
486. grand chose. — 489. ceux là. — 494, quand à lui. — 494. reponse. — 497. comme il dormoit. — 500. dequoi. — 501. Methymniens. — 502. brouterent. — 502. l'année passé (sic). — 502. ce jour là. — 503. jeterent. — 506. couvert (sic). — 509, donnes. — 515. il s’en courut. — 517. partout.