LOUIS LACASSE
Parmi les patriotes de 1837, et au premier rang de ceux qui se sont distingués à la bataille de Saint-Denis, il faut placer M. Louis Lacasse, (C'était un homme brave, déterminé, un véritable pat:1ote qui n’hésita pas
à sacrifier la belle position d’assistant-shérif qu'il occupait en 1837, et à risquer sa vie comme sa fortune pour la cause de la liberté,
Tout jeune, il avait fait la campagne de 1812-1818, sous M. de Joliette, et avait montré pour défendre le drapeau anglais le même courage qu'il déploya plus tard contre ceux qui voulaient faire de ce drapeau un emblême d’oppression.
La guerre terminée, Louis Lacasse, dont la conduite avait été plus d’une fois remarquée par ses chefs, se retira avec le titre d’enseigne, et retourna à Saint- Denis où il se maria, et se fit une excellente position. Lors.,ue la lutte éclata entre les bureaucrates et les patriotes, il ne put s'empêcher de prendre part à l’agitation, et de tout sacrifier plutôt que de subir en silence les injustices et la tyrannie d’une bureaucratie violente.
L'expérience et le goût des armes qu'il avait acquis dans la guerre de 1812, firent que le Dr Nelson jeta les yeux sur lui pour organiser, conjointement avec le capitaine Jalbert, la petite armée destinée à se battre contre les vétérans de Waterloo.
À la bataille de Saint-Denis, il fit son devoir à la tête de sa compagnie. Il était à côté de Saint-Germain lorsque celui-ci fut tué, avec deux autres Canadiens ; il fut lui-même blessé par un éclat de pierre arraché au mur de la maison au premier coup de canon.
Vers le milieu de la journée, le capitaine Lacasse sortit de la maison pour se battre plus à l'aise.
La bataille finie, il regagna sa msison où il ne trouva personne. Sa femme et ses enfants étaiens allés au presbytère se mettre sous la protection de M. l’abbé Demers.
Du grenier, les enfants avaiens vu tout le combat,
et l’une des petites filles, agenouillée dans la fenêtre, avait prié Dieu tout le temps.
Obligé, comme les autres, de fuir après la défaite de Saint-Charles, il se dirigea du côté des Etats-Unis, et mit dix-huit jours à atteindre la frontière. Il eut beaucoup à souffrir penuant sa fuite du froid et de la faim.
Quand il vit, en 1838, qu’on méditait une nouvelle insurrection, il entreprit de retourner au Canada pour se mettre de nouveau au service de la cause. La frontière était garnie de sentinelles ; il eut recours à toutes sortes de stratagèmes pour tromper la vigilance, simulant la folie, faisant le sourd-muet. A un certain endroit, il put passer à travers une compagnie de soldats, grâce à son beau-frère, M. Germain Lespérance, qui le cacha sous une charge de foin et de légumes.
Rendu à Saint-Denis, il s'installa dans le grenier de sa maison, et réussit, pendant trois mois, à se dérober à la vengeance des bureaucrates. Ceux-ci vinrent plus d’une fois dns sa maison pour obtenir des renseignements, et ils les entendit souvent dire à sa femme qu'ils ne le ménageraient pas s’ils mettaient la main sur lui. La nuit, il sortait pour prendre part à des réunions de patriotes. \
L’insurrection de 1838 fut si courte qu’il n'eut pas le temps, heureusement pour lui, d'y prendre part; toutefois, il fut obligé de se refugier de nouveau aux Etats-Unis. L’amnistie ayant été accordée aux patriotes de ’37, il revint au Canada, heureux de revoir son pays bien-aimé, mais pauvre, inquiet sur l'avenir de‘sa famille. Il ne regretta pas ce qu'il avait fait pour la cause de la liberté; il était de ces hommes à qui les nobles satisfactions du patriotisme et du devoir accompli suffisent; mais il lui fallait bien reconnaître que son dévouement avait brisé son avenir. Ilne put jamais refaire sa situation, renouer complétement le fil de sa
destinée, Après avoir tenté la fortune en divers endroits, il retourna dans sa chère paroisse de Saint-Denis où il mourut en 1868, à l’âge de 75 ans,
SIMÉON MARCHESSEAULT
Siméon Marchesscault était, en. 1837, huissier de la cour supérieure pour le district de Montréal, et demeurait à Saint-Charles. - C'était un homme de bonne figure et de bonne mine, intelligent, actif, chaud patriote. Ayant passé quelques années au collège de Montréal, et enseigné à Saint-Charles, il avait une assez bonne éducation qui lui donnait de l’empire sur le peuple. Il en profitait pour prêcher partout la cause populaire et surexciter les esprits contre le: 1vernement et la bureaucratie. Présent à toutes les assemblées qui précédèrent l’insurrection, toujours prêt à appuyer les propositions les plus énergiaues, partisan enthousiaste de Papineau et de Nelson, il brillait au premier rang parmi les patriotes du comté de Chambly.
Il ne se contenta pas, comme quelques uns, de pousser le peuple à la révolte par des paroles enflammées; il fut l’un des premiers à prendre le fusil et à organiser le camp de Saint-Charles.
Il se distingua par son dévouement et son activité dans les jours qui précédèrent la bataille, et, lorsque le canon commença à gronder, il donna l'exemple du sang froid et de la bravoure à ceux qui l’entouraient,.
C’est lui qui prit le commandement des patriotes renfermés dans le camp, après le départ du général Brown pour Saint-Denis.
Ils étaient là, une centaine de braves, derrière des remparts formés de troncs d’arbres, se battant en dé. sespérés contre des troupes aguerries et trois fois plus. nombreuses. Bientôt le camp fut entouré, les boulets brisèrent les remparts, et le massacre commença.
Marchesseault chercha alors, ainsi que plusieurs autres, son salut dans la fuite.
Il lança son cheval au milieu des soldats anglais et reçut, en frarchissant les remparts, une balle qui alla se loger dans une liasse de papiers qu'il avait dans sa poche d’habit,
Il se dirigea vers le village, entra dans sa maison qui était ‘déjà en feu, y prit des papiers importants, cou-ut à son étable mettre en liberté ses animaux afin de les empêcher de brûler, et passa plusieurs fois, sans être reconnu, heureusement, au milieu des soldats qui avaient mis le feu.
Il put alors se cacher facilement, et, quelques jours après, il partait, avec le Dr Nelson et quelques autres patriotes, pour les Etats-Unis. Après avoir souffert de la faim et du froid, s'être égaré plusieurs fois dans les bois et avoir échappé à mille dangers, ils furent arrêtés sur la frontière par des volontaires, et conduits à la prison de Montréal.
Marchesseault, toujour dévoué, fut un des huit qui consentirent à se sacrifier pour leurs compatriotes, et il fut exilé aux Bermudes. Lorsqu'il revint au Canada, il s'établit à Saint-Hyacinthe, et reprit ses anciennes fonctions d’huissier.
M. Marchesseault était né à Saint-Ours; son père et ga mère étaient descendants d’Acadiens.