SCÈNE X
TOINETTE, muIc; puis DESGRÈS.
TOINETTE, après un silence.
C’est singulier, elle s’en va... et son trouble quand je lui parle de l’alliance de ma tante... oh ! elle se trompe... elle doit y être... je suis sûre que je vais la trouver... (Elle regarde dans les ccrins.) Ici... non, rien !.. celui-là... un double fond!.. dans ce papier, peut-être?.. Non, c’est un billet.. (Elle lit et s’arrête tout-à-coup.) Ah! mon Dieu! qu'ai-je lu? il serait possible!., ah! ecs bijoux... je devine, maintenant... et ce collier... ces diamans... (Arrachant son collier.) Je n'en veux plus!., non, rien... on croirait peutêtre... Et Théodore il savait sans doute l'origine de ces richesses... et moi qui l'accusais ! desgrès , entrant et avec colère.
Les insolcns! les malhonnêtes... je leur apprendrai!..
TOINETTE , courant à lui.
Ah ! mon père... si vous saviez, je suis au désespoir !
DESGRÈS.
Et moi je suis furieux !
eu AR LOT.
Oh! la , la... j’ai les reins brisés!
SOLOGNOT
Et moi , l’œil au beurre noir.
C1IARLOT.
Méchant Solognot , je t’en donn'rai des cabriolets pour leur z'y casser les brancards !
TOINETTE, se retournant.
Ah! mon Dieu, comme les voilà faits!
CHAR LOT, à sa sœur.
C’est Solognot qui a voulu conduire... à un détour , il a pris un magasin de glaces pour la nie en face...
Dame! c’est clair... un grand miroir, au fond... qui vous trompe... j’ crois enfiler la rue au grand galop.
CIlAnLOT.
Alors, cris... coups de poing... œil poché... juge de paix... au beurre noir!., on vous apportera le mémoire et les morceaux.
DESGRÈS, qui a lu.
Ah!., et qu’est-ce qui paiera?., nous n'avons plus rien...
SOLOGNOT
^ Plus rien...
CHARLOT
Et l'héritage?
SOLOGNOT
Et notr’ fortune?
DESGnÈS et TOINETTE.
Faut y renoncer.
CIÏARLOT,
Y renoncer? comment, est-ce que ma tante?
UESCRÈS.
Elle n'était pas mariée !
CtlAULOT.
Son mari n’était pas son époux ?
SOLOGNOT
Eh heu !.. si c'était son idée ! n’allez-vous pas vous aliéner pour ça !..
DESGRÈS.
V'Ià donc pourquoi les voisins me riaient au nez?
TOINETTE
F.t que Théodore nous a quittés...
desgrès.
Et cette fortune qu'on lui avait laissée... appartenait à de braves gens...
TOINETTE
Mon père, mon père! renoncez à tout...
CIÏARLOT et SOLOGNOT.
Ne renoncez pas!
TOINETTE
II le faut
DESGRÈS.
Certainement.
TOINETTE
Bien , mon père I
SOLOGNOT, se promenant A grands pas.
C’est affreux !
CIÏARLOT, de même.
Abominable !
SOLOGNOT
Un père qui... nous r'met sur 1' pavé.
CnARt.OT.
Vous n’en avez pas I' droit.
DESGRÈS.
Silence !
SOLOGNOT
Non ! il n’en a pu le droit. Viens-t'en chez le commissaire , porter plainte.
DESGnÈS, lui donnant un soufflet.
Ou' est-ce que c’est?
CIÏARLOT, regardant son bras.
Oh ! j’ai cru que mon habit avait craqué!..
solognot , se tenant la joue.
Tu vois bien!., faut 1' faire interdire!..
Silence ! commençons par quitter cet hdtel... et vous, mes beaux garçons 1 rendossez la blouse , et à l'ouvrage.
CHARLOT, Indigné.
A l'ouvrage !..
solognot , de même.
Quels sont les feignons qui osent parler d'ouvrage ?
CHARLOT
CHARLOT
Je m’y oppose.
DESGRÈS, le repoussant.
Comment, tu t’y opposes, drille!..
SOLOGNOT , se désolant.
Dieu!., ils ne s'entendent plus... écoutez, père Desgrès, je vois tout d'un œil calme, moi !.. depuis la révolution , les fautes sont personnelles !.. à supposer que la source de cette fortune ne soit pas très claire , l'usage peut la clarifier... vous faites tlu bien à vos amis , vous donnez de bons diners. . . vous avez mille moyens de m'obliger, sans que je m'en doute, et que j' vous indiquerai!..
desgrès, avec chaleur.
Oui... pour que l'on me méprise... que l'on me montre au doigt... que l'on dise, quand je passerai... voyez-vous ce gros Monsieur qui s' carre dans un bon carrosse; il n'était pas si fier, quand il allait à pied, quand il était paveur... mais sa sœur avait de beaux yeux, et il a profilé... (Avec indignation.) Oh ! je n’ ntang'rai jamais de ce pain-là !.. Des bras, d' l’honneur et du travail... avec ça, on n' meurt jamais d' faim, et pour preuve... (Courant au fond.), Oh là ! vousautres, domestiques!., venez ici... (Plusieurs domestiques accourent.) V'Ià les litres, les contrats, les maisons... tout le bataclan... (Il leur jette tes papiers qu'il prend dans le secrétaire.) Portez-moi tout cela chez I’ notaire... dites-lui que Je n'en veux plus... que j'y renonce... et qu’il rende tout aux héritiers qu'on a dépouillés. Allez donc!
CHAnLOT.
Arrêtez! vieillard imprudent...
(tes domestiques sortent. } *9*
Je n’irai pas... j’ai 50,000 livres de rente..., j’ai l' droit de ne rien faire.
SOLOGNOT
C’est dans les droits de l'homme.
DESGRÈS, à Chariot.
Tu n'as rien du tout !
CHARLOT
Comment, je n’ai rien!., j'ai un' princesse... qui m’ fera marquis.
TOINETTE
Encore sa princesse !
DESGRÈS.
Il perd la tête !
Oui , la princesse Jolibébkoff!
CHARLOT
Qui m'aime pour moi-même... justement, je l'entends... vous allez voir!..