‹ Les pays balkaniquesChapitre 3 sur 16 · LA QUESTION D'ORIENT · texte numérisé non relu

LA QUESTION D'ORIENT

Au centre de fig'ure de la Péninsule des Balkans, se trouve un massif montagneux qui est le centre de divergence des eaux. Nous lui conserverons son ancien nom trop oublié, de Plateau de Moesie; c'est une haute région aride, déserte, infertile, qui n'est accessible que par de rares sentiers, couverte de neiges pendant de longs mois, battue en été par de terribles tempêtes Çà et là, se dressent des coupoles de trachytes, des débris d'anciens cratères volcaniques; les sommets les plus élevés ont 2.000 à 2.500 mètres d'altitude.

Les rides montagneuses dont les directions de soulèvements se croisent au plateau de Moesie, sont :

Dans la direction nord-ouest, les Alpes Dinariques parallèles aux cotes de l'Adriatique;

Vers le sud, les rites du Pinde qui forment les arêtes de la petite péninsule hellénique;

Vers le sud-est, la chaîne du Rhodope, qui accidente la Macédoine;

Vers l'est, les épaisses chaînes des Balkans (monts Hoemus des Anciens) qui forment l'ossature de la grande péninsule à laquelle ils donnent leur nom.

De cette disposition orograpliique résultent trois grands versants :

Celui de la Save-Danube, dont les eaux se réunissent dans les vallées principales : de la Drina serbe, de la Morava et du Timok qui sont les rivières de la Serbie, de risker, de la Jantra^ etc., au nord des Balkans, qui sont les rivières de la Bulgarie.

Sur le versant de la mer Egée, la Maritza est le cours d'eau principal de la Thrace.

La Mesta, la Struma^ le Vardar qui descendent du plateau de Moesie, sont les rivières de la Macédoine.

Sur le versant de l'Adriatique, les montagnes forment un chaos inextricable, c'est l'Albanie. Leurs crêtes sont

k LES PAYS BALKANIQUES.

trop rapprochées de la mer pour permettre le développement de longues vallées; la plus notable est celle de la Drina albanaise dans laquelle se déversent les eaux du lac de Scutari. Les autres ne sont que des lits de torrents.

Le Danube et la Save, qui marquent la limite nord de la Péninsule des Balkans, en sont aussi les fossés de protection.

Le Danube, qui coule du nord au sud, dans la plaine hongroise, change de direction à angle droit, après avoir reçu la Save à Belgrade, et coule de l'ouest à l'est.

La Save vient de l'ouest; c'est sur la rive gauche de ces grands fossés que les Empereurs avaient organisé les Confins militaires^ et cantonné les populations chargées de protéger l'Empire contre les invasions turques.

Les villages n'étaient que des campements d'avantpostes, toujours en alerte; le paysan-soldat ne quittait pas son fusil en prenant sa charrue.

Cette organisation subsista jusqu'en 1880.

A la suite des fréquentes insurrections delà Bosnie, des fugitifs nombreux avaient cherché un refuge sur la rive gauche de la Save. Le gouvernement austrohongrois se trouvait obligé, non seulement de pourvoir à leurs besoins, mais encore de maintenir l'ordre dans cette masse d'émigrés la plupart armés, de les empêcher de s'organiser en bandes pour rentrer en Bosnie, et de surveiller l'agitation panslaviste qui aurait pu gagner les Slaves de la monarchie.

L'impuissance des Turcs devait amener fatalement l'Autriche-Hongrie à l'occupation militaire d'un pays où éclataient si fréquemment des insurrections, dont elle sentait le contre-coup.

Esquisse ethnographique.

Avant d'entrer dans l'étude de détail des Etats de la Péninsule des Balkans, il est nécessaire de se rendre compte de l'origine des populations qui se sont groupées dans les compartiments géographiques dont nous venons de donner une esquisse.

On ne saurait, du reste, déterminer d'une manière précise les limites de ces groupements ethniques. Les statistiques exactes font défaut; les limites politiques ont varié à chaque commotion et n'ont jamais satisfait personne. Les aspirations même des populations sont loin d'être bien certaines.

Une minorité, instruite et patriote, s'est efforcée de reconstituer les anciennes nationalités : roumaine, slave, bulgare, ou grecque, mais, si l'on en excepte la Roumanie, les masses, incultes et ignorantes sont restées , la plupart du temps , étrangères à ce mouvement d'esprit qu'elles étaient incapables de comprendre. Elles n'en ont pas moins constitué des armées qui se sont heurtées avec acharnement et ont multiplié les ruines de ces malheureux pays.

Les grands Etats voisins qui cherchent à tirer parti de ces désordres pour étendre le rayon d'action de leur inlluence et de leurs entreprises économiques, se surveillent avec méfiance.

La Guerre de 1914 dont les causes premières sont plus lointaines, a eu, pour cause déterminante, un accident de politique austro-serbe. Toutes les Grandes Puissances européennes prétendent intervenir pour régler les statuts de ces États provenant du démembrement de l'Empire ottoman.

On désigne sous le nom d'Ibères, des populations qui ont vécu sur les terres de TEurope à une époque préhistorique; on croit en retrouver la trace dans les monuments mégalithiques, dolmens, menhirs, etc., dispersés dans bien des endroits, mais plus particulièrement dans les régions de l'ouest : Bretagne, Pays de Galles, Cornouailles, Galice; c'était une race de petite taille à la face large, brachycéphale.

On admet généralement que les premiers colonisateurs de l'Europe, qui se sont superposés aux Ibères ou qui se sont substitués à eux, appartenaient à la race arienne ou indo-européenne, dont le berceau était au centre de l'Asie. Leurs migrations, qui ont traversé soit le Caucase, soit les monts Oural, se sont succédé dans Tordre suivant : les Pélasges, venus par l'Asie Mineure et la mer, d'où leur nom de Pelasgos; ce sont les ancêtres des Grecs et des Latins. Ils ont peuplé la Grèce et l'Italie.

Les Celtes, les Germains et les Slaves sont arrivés par les routes de terre.

Les Slaves sont les derniers venus.

Au moment de leur plus grande extension ils ont atteint les embouchures lie l'Ems au nord, les côtes de l'Adriatique au sud. Puis, ils ont été arrêtés et

refoulés à l'est, par les Germains, déjà établis sur les terres de TAUemagne actuelle. C'est ce mouvement de la poussée çers Vest, du Drang nach Oetsen^ qui continue de nos jours.

Ils ont été séparés, par cette réaction des peuples germaniques, en Slaves du nord, au nord du Danube et des Karpates, qui sont les Tchèques, Polonais et Ruthènes, et en S laides du sud^ au sud du Danube, qui sont les Slovènes, Croates et Serbes.

Derrière les Ariens, et longtemps après, sont arrivés des peuples touraniens ou tartares : Huns, Avares, Bulgares, enfin les Turcs.

Les Tartares ont dominé les Slaves; les ducs russes ont été longtemps les tributaires du Khan mongol de Kazan.

Des tribus d'origine touranienne, Huns, Avares et Magyars, se sont fixées dans la vallée du Danube, entre les Slaves du nord et les Slaves du sud. Les Huns mélangés aux Avares, ont peuplé le pays qui fut appelé Hung'A<^aria^ d'où les noms de Hongrie y Hongrois,

Les Bulgares sont d'origine tartare, mais ils ont subi rinfluence de la civilisation slave, et parlent une langue de la famille slave.

Les Turcs ne passèrent les Dardanelles, qu'en 1360; ils se répandirent dans la Péninsule des Balkans, réduisirent les populations à l'obéissance, et en convertirent une partie à l'islamisme, mais les races des vainqueurs et des vaincus ne purent se fusionner. Elles étaient irréductibles l'une dans l'autre. Aujourd'hui, les Turcs sont partout en minorité,

épars, çà et là, en groupes peu considérables, principalement autour des villes. Depuis quelques années ils quittent, en grand nombre, les territoires soumis à une administration chrétienne. Ils retournent en Asie.

Les populations de la Péninsule des Balkans appartiennent aux principales subdivisions suivantes : Roumains^ Grecs, Albanais qui sont de race pélasgique; Serbes et Croates^ de race slave; Bulgares^ de race touranienne, slavisés par la religion et la langue; Turcs^ de race touranienne.

Roumains. — La race roumaine s'étend beaucoup au delà des frontières politiques actuelles du royaume. Les Roumains sont au nombre d'environ 9 millions groupés autour des Karpates V dont :

5 millions en Roumanie (y compris la Bessarabie cédée à la Russie).

2 à 3 millions en Autriche-lIongTie.

80,000 dans la Dobroudja et en Bulgarie.

125,000 en Serbie.

200,000 en Macédoine, Thrace et Thessalie.

10,000 en Grèce.

1. Obédénare, Roumanie économique^ 1876. Ces chiffres ne sont plus exacts, mais leurs rapports doivent avoir peu varié.

D'une manière générale, on ne doit pas considérer les chiffres donnés pour l'évaluation des races comme ayant une valeur absolue; des statistiques exactes n'existent pas; mais ces chiffres indiquent tout au moins des rapports approximatifs entre les forces de différents peuples.

Leur race, remarquablement individualisée, servie par l'unité de langue et de religion, déborde sur les autres peuples. Ils ont donné les preuves de la plus grande vitalité, et, aux jours les plus sombres de leur histoire, ils n'ont cessé d'affirmer leur foi dans l'avenir et de se répéter le vieil adage populaire : Romanul non pien^ « le Roumain ne périra pas ». L'existence de ce groupe latin, perdu à l'orient de l'Europe et plein de vie après avoir été tant de fois submergé par les invasions asiatiques, est un fait historique des plus remarquables.

Les Roumains descendent des anciens colons romains établis par Trajan sur la rive gauche du Danube dans le pays dépeuplé des Daces. Leur nom est le signe évident de leur filiation. Leur langue est un dérivé direct du latin, d'un latin déjà corrompu, il est vrai, par les colons de race espagnole, gauloise, et italienne, qui se fixèrent dans le pays^ et elle a encore été altérée par le contact des peuples slaves, turcs et grecs. Le costume des paysans est toujours celui des anciens colons romains, tels que les montrent les bas-reliefs de la colonne Trajane. Le type, les idées, la manière de penser, rattachent très étroitement les Roumains à la famille latine, bien qu'ils aient adopté le schisme grec.

1. Un poète roumain, M. Alexandri, a donné une liste de plus de cent mots extraits des œuvres de Rabelais, disparus aujourd'hui de la langue française et qui se sont exactement conservés dans la langue roumaine.

Grecs. — La race hellénique, évaluée à trois ou quatre millions d'âmes, n'en compte guère que la moitié dans la Grèce continentale proprement dite ; le reste habite les îles de la mer Egée, la partie méridionale de l'Albanie, les rivages de l'Archipel, de la mer de Marmara et delà mer Noire jusqu'à Varna, les côtes de l'Asie Mineure. Les Grecs forment, dans la plupart des villes maritimes, des communautés commerçantes très riches et très influentes.

La presque totalité du commerce maritime du Levant est aux mains des Grecs ; c'est leur langue qui est parlée dans tous les ports de la mer Egée. Ce sont les Grecs qui ont été les comptables, les intendants, les financiers ordinaires des Turcs; ils sont détenteurs de la majeure partie de la fortune publique. L'israélite perd du terrain devant le Grec et n'arrive pas à prendre pied dans la Grèce proprement dite.

Depuis que la race grecque est parvenue à reconstituer un centre national, ses progrès ont été rapides et ses revendications ne cessent de se faire entendre. Les Grecs ont fait autrefois cause commune avec tous les révoltés de l'empire ottoman : Roumains, Serbes, Bulgares, et ils se sont mis, comme eux, sous la protection des Russes.

Aujourd'hui, les circonstances sont modifiées; les Grecs sont regardés avec peu de sympathie par les autres peuples chrétiens de la Péninsule.

La lutte s'est établie entre les Bulgares et les Grecs au sujet du partage des pays enlevés à l'empire ottoman.

Animées d'un grand sentiment de patriotisme, les nombreuses communautés grecques disséminées sur

toutes les côtes de la Méditerranée et dans les villes de commerce de l'empire ottoman, unissent leurs efforts pour reconstituer leur nationalité. Elles contribuent libéralement de leur fortune à la rénovation de leur patrie \ et, maintes fois, leurs enfants sont venus combattre pour défendre le berceau de leur race et en soutenir les droits.

Ce n'est donc pas seulement la petite péninsule hellénique qu'il faut considérer lorsque Ton cherche quel peut être dans l'avenir le rôle de la Grèce, mais il faut embrasser, du mémo coup d'œil, Fensemble du monde grec, c'est-à-dire presque toutes les côtes et les îles du bassin oriental de la Méditerranée, et il faut se rendre compte des liens étroits de solidarité morale qui unissent entre elles ces colonies éparses, pour lesquelles le royaume de Grèce est un centre commun d'attraction.

Albanais. — Les Albanais, que les Turcs appellent Arnautesy se donnent eux-mêmes le nom de Skipétars (fils d'aigle); ils sont d'origine pélasgique. Sur la frontière du nord et du nord-est, ils sont fortement mêlés de Slaves; sur celle du sud, ils sont mêlés de Grecs. On peut dire plus exactement que, depuis deux siècles, les Albanais, devenus musulmans, se sont avancés sur le territoire des Slaves, des Grecs et des Bulgares. Il ne serait pas possible de tracer des limites au territoire albanais.

C'est, dit-on, une des races les plus belles et des plus braves; ils sont, aujourd'hui, en majorité musul-

1. Les plus généreux sacrifices ont été faits par les Grecs des colonies pour doter Athènes d'établissements d'instruction et de bienfaisance.

mans, et ont fourni aux Turcs leurs meilleurs soldats. Leurs mœurs farouches en font une population à part et fort éloignée de la civilisation européenne. Toujours les armes à la main, la guerre est à Pétat permanent entre leurs tribus. Ils défendront avec une sauvage énergie leur propre territoire, mais ils ne sauraient exercer aucune influence en dehors de leurs montagnes. Les clans albanais peuvent se réunir et se liguer par des alliances momentanées, mais ils n'ont aucune idée de former un peuple unifié.

Tandis que, depuis le commencement du siècle, les petites nationalités grecque^ serbe, bulgare et roumaine, courbées sous le joug ottoman, ont successivement revendiqué leur indépendance, ce n'est que depuis peu de temps, que le nom des Albanais a été prononcé parce que surtout l'Italie et TAutriche s'efforcent, l'une et l'autre, de prendre pied sur leurs côtes.

On semble avoir été fort peu instruit des conditions d'existence de ce peuple, lorsque l'on a voulu en faire un royaume, en lui donnant pour souverain un prince allemand, monarchie éphémère qui n'a pu, du reste, se constituer.

Les Albanais et les Serbes avaient été réunis autrefois, au iv^ siècle, sous le sceptre du grand empereur serbe Douchan; à sa mort, son empire se démembra et fut partagé en nombreux petits Etats indépendants les uns des autres et dont la division favorisa la conquête des Turcs.

Pour dominer des peuples qui n'avaient aucune habitude d'une autorité centrale, les Ottomans employé rent une tactique habile. Ils spéculèrent sur la vanité des guerriers albanais et serbes, et déclarèrent que

quiconque embrasserait l'islamisme serait seigneur, aurait le droit de porter les armes, et conserverait ses biens. Ceux qui resteraient chrétiens seraient dépouillés de leurs propriétés, traités comme rayas (bétail), et assujettis aux musulmans.

La vivacité des croyances religieuses et Finfluence du clergé empêchèrent les Serbes d'embrasser l'islamisme.

Il n'en fut pas de même en Albanie ; la plupart des tribus acceptèrent le Coran de crainte de déchoir; seuls, les Maljsori et les Mirdites, habitant un pays pauvre et inaccessible, restèrent, comme les Monténégrins, indépendants dans leurs montagnes et conservèrent leur religion ; quelques-uns sont même des catholiques latins. Les marchands de Scutari, mieux protégés dans leur ville, et dont le négoce était nécessaire aux Turcs, durent à cette raison la possibilité de rester fidèles à leur foi.

La condition des Albanais sous la domination turque fut donc toute différente de celles des Grecs, des Bulgares et des Serbes. Elle convenait même parfaitement à leur tempérament guerrier. Ce sont eux qui constituaient le noyau des armées avec lesquelles les sultans envahirent la Hongrie ; de nos jours encore, ils forment les meilleures troupes de la Turquie, et ils s'expatrient volontiers^ pour aller se mettre à la solde des beys musulmans des provinces européennes ou asiatiques de l'empire ottoman. L'autorité de la Sublime-

1. Les rois de Naples avaient un régiment d'Albanais, le royal macédonien, qui s'était acquis une grande réputation de bravoure.

C'est aux troupes d'Arnautes que revient en grande partie l'honneur de la célèbre résistance de Silistrie en 1854.

Porte est d'ailleurs purement nominale dans leurs pays. Ils ne sont pas astreints à d'autres charges que les Osmanlis, et Ton ne demande même aux tribus montagnardes guerrières (MaljsorietMirdites) que de reconnaître la souveraineté du sultan, sans payer d'impôts et sans fournir de service militaire, à Texception de volontaires qui reçoivent une solde élevée.

Sous le nom de Maljsori (habitants de la montagncj , on désigne l'ensemble des tribus au nord de la Drin, tribus indépendantes les uues des autres et plus ou moins indépendantes de la Porte, comptant 50,000 individus environ, dont le quart musulmans.

Les plus importantes d'entre elles sont celles qui occupent les six montagnes de Scutari : les Hoti, les démenti, limitrophes du Monténégro, les Skeli, les Kastrali, les Pulati, les Sella, et les Sosi. Ces doux dernières sont catholiques.

Dans la moyenne Albanie sont les Mirdites, catholiques, au nombre de 32,000; c'est la tribu la plus influente de cette partie de l'Albanie, et la plus guerrière; quoique chrétiennes, ces tribus mirdites ont souvent combattu avec fidélité dans les armées turques. RUes composaient des corps particulièrement estimés pour leur bravoure. Leur bannière a le privilège d'être à la place d'honneur |dans les armées turques. Elles obéissent à un prince national on capitaine.

Les Dukadjines (3,900 individus) et les Matija (14,500) font d'ordinaire cause commune avec elles. Le chef-lieu des Mirdites est Orosi pauvre bourgade de 400 maisons.

Les mœurs de ces montagnards sont rudes et violentes ; les vengeances particulières s'imposent comme un devoir auquel on ne pourrait se soustraire sans

déshonneur, même en pardonnant à son ennemi ; aussi, les familles sont-elles sans cesse armées les unes contre les autres. L'intervention des pachas, mais surtout celle des prêtres qui ont une grande influence sur ces populations croyantes, ne restreignent qu'avec grande difficulté ces luttes sanglantes qui sont réglementées par une sorte de code.

Les femmes sont partout respectées, mais elles sont astreintes à la plus grande sévérité de conduite. Chez les Mirdites, le fait seul d'avoir causé à un étranger déshonore une jeune tille.

En Albanie, comme en Kabylie, une sorte de saufconduit, la bessa (analogue à Vanaya kabyle), donnée par une tribu, une famille, un individu connu, même par une femme, garantit de toute insulte celui qui en est porteur.

Les catholiques du nord de l'Albanie relèvent de plusieurs diocèses suffragants des archevêchés de Durazzo et dVVntivari. L'Autriche subventionne des missions de jésuites, l'Italie, des missions de franciscains, dont l'influence sert les vues politiques de chacun de CCS pays.

L'instruction est presque nulle. Les enfants des villes fréquentent cependant quelques écoles où les catholiques apprennent l'italien; les musulmans, le turc; les Grecs, le serbe. Quant aux femmes qui, à partir de douze ans, sont renfermées dans l'intérieur des maisons et voilées, catholiques comme musulmanes, elles ne savent absolument rien et, à part dans les familles riches, n'ont aucune connaissance de la vie extérieure. On les marie sans qu'elles aient jamais vu leur époux, et. naturellement, sans qu'elles en aient jamais été vues.

Cependant chez les Maljsori, les Mirdites, et quelques autres tribus, les femmes, même musulmanes, ne sont pas voilées ^

Bien que la majorité des Albanais ait embrassé l'islamisme, ils ont été souvent en révolte contre la Porte. Les Albanais de religion grecque sont animés de sentiments plus hostiles encore; mais les catholiques ont prêté assez volontiers leur concours aux Turcs, parce que, chez eux, la haine contre les scliismatiques l'emporte sur la haine contre les Turcs. Ceux-ci ont souvent exploité ces animosités pour réprimer les insurrections.

Lors du traité de Berlin de 1878, personne ne représentait les intérêts particuliers des Albanais. Lorsqu'il s'est agi de donner satisfaction aux Monténégrins et aux Serbes, en leur accordant des accroissements de territoire, l'Autriche ne voulut pas qu'on empiétât, à l'ouest, sur la Bosnie qu'elle se réservait, et Ton sacrifia naturellement les intérêts des Albanais, soit musulmans, soit catholiques latins, pour lesquels la Russie n'avait aucune sympathie et que personne ne défendait. Ce fut donc à leurs dépens que les frontières de la Serbie et du Monténégro furent agrandis.

Les Albanais se seraient sans doute résignés, si le vali de Scutari n'eût secrètement surexcité leur orgueil national, et n'eût provoqué leur résistance armée.

Telle fut l'origine de la ligue albanaise et du réveil imprévu de la nationalité albanaise.

1. Les Mirdites ne se marient pas dans leurs tribus. Autrefois, il était môme d'usage que les principaux d'entre eux allassent enlever une fille dans une riche famille turque, pour l'épouser après l'avoir fait baptiser.

La Serbie occupait déjà militairement le territoire qui lui était affecté ; on ne put rien entreprendre contre elle. Du côté du Monténégro, la situation était différente; la résistance des Albanais obligea les Grandes Puissances à modifier le tracé des frontières lixées par le traité de Berlin, et les amena à faire une démonstration navale pour faire respecter leurs décisions.

La ligue albanaise, dont le programme était : « le maintien de rintcgralité de V Albanie et la recons^ titution de son indépendance », fît peu de progrès dans la moyenne Albanie. Dans la haute Albanie, au contraire, elle put réunir et entretenir, par moments, 8.000 hommes armés (mai 1880), mais les tribus qui en firent partie, représentaient une singulière bigarrure. Musulmans, Grecs, Latins, Mirdites, Maljsori, Dukadjines, Dibras (grande tribu de 188,000 individus), etc., constituaient des éléments bien disparates pour une confédération politique.

On estime à 1,400,000 le nombre des Albanais de Tempiro ottoman, dont 100,000 environ en dehors de l'Albanie. En outre, on en compte environ 250,000 dispersés en Grèce et dans les îles (sur ce chiffre 38,000 seulement parlent leur langue), et environ 100 ou 150,000 dans le sud de Tltalie.

Le nombre des Albanais musulmans est estimé à 1,000,000; celui des orthodoxes grecs à280,000^, et celui des catholiques latins à 120,000.

Qu adviendra-t-il de l'Albanie au moment où l'em-

1. A défaut de statistique officielle tous ces chiffres sont approximatifs.

pire ottoman aura entièrement disparu comme on peut le prévoir?

Les divisions intestines des tribus ne leur permettront pas sans doute de se réunir en corps de nation. Quant à une annexion soit par l'Italie, soit par l'Autriche-Hongrie, il est difficile d'y songer. Cette annexion ne saurait être que la conséquence d'une conquête presque impossible. Il est peu probable que l'un ou l'autre de ces Etats ose l'entreprendre. Les Serbes et les Grecs pourront peut-être acquérir encore une bribe de territoire, mais la citadelle montagneuse de la haute Albanie défierait leurs efforts ^

L'idée de constituer un royaume d'Albanie était contraire à toutes les traditions historiques, on pourrait dire à l'évidence même des faits. L'expérience qui en fut faite détournera sans doute, de tout nouveau projet de cette nature. L'Albanie restera^ dans l'avenir comme par le passé, un pays à part avec ses mœurs sauvages que la civilisation moderne ne saura que difficilement modifier.

Au milieu des populations albanaises, vivent des groupes nombreux de Zinzares, de race roumaine, appelés aussi Macédo-Valaques ou Roumains méridionaux ; ils forment une masse de 200,000 individus environ, au sud et à l'est du lac de Janina. Très intelligents et très actifs, ce sont les intermédiaires ordinaires du commerce dans tout l'intérieur de la Péninsule balkanique, où ils remplissent le même rôle que les Grecs sur les côtes; ils se rattachent aux

1. Ces lignes ont été écrites il y a plus de dix ans. Les événements récents ont prouvé l'exactitude de ces prévisions.

Grecs ou aux Roumains par leurs sympathies et par leurs tendances.

On trouve des colonies de Zinzares en Autriche, à Vienne même, où ils ont acquis par le commerce et par la banque une situation considérée.

Serbes. — De tous les peuples de la Péninsule des Balkans," les Serbes sont les seuls de pure race slave. Ils descendent des colonies slaves que l'empereur d'Orient, Héraclius, établit au vii^ siècle sur la rive droite de la Save et du Danube inférieur pour protéger les frontières de l'Empire contre les incursions des Avares. Ces colonies slaves peuplèrent la Croatie, la Bosnie, rilerzégovine, la Slavonie et une portion de l'Albanie. Les Croates, à l'ouest, sont devenus et sont restés catholiques; les Bosniaques et les Serbes furent englobés dans l'église orthodoxe grecque. Une partie des Bosniaques devinrent musulmans.

En 1346, Etienne Douchan, surnommé le Puissant^ prit le titre de Tsar et se fit couronner à Uchkub. Profitant de la faiblesse des empereurs grecs, il avait poussé ses conquêtes jusqu'aux portes de Constantinople; son empire s'étendait de Belgrade à Raguse età Janina, de la mer Ionienne à la mer Noire. Il avait conclu une alliance avec la République de Venise; en 1356, il marchait sur Constantinople à la tète d'une armée de 80,000 hommes; il s'en serait sans doute emparé, lorsque la mort l'enleva.

Ce fut l'apogée de la puissance des Serbes. Sous le règne de son successeur Lazare, les Turcs qui venaient d'envahir la Péninsule des Balkans, livrèrent aux Serbes, au Kossovo-Polge (champ des merles), une sanglante bataille (13 octobre 1389) dont le sou-

venir est conservé dans les légendes, comme celui du jour où sombra rindépendance nationale. Le Knèze ^prince) Lazare, fait prisonnier, eut la tête tranchée. Le sultan Mourad II avait été assassiné par un voïvode serbe qui s'était glissé jusqu'à sa tente.

Les Serbes conservèrent pourtant des princes nationaux jusqu'en 1459, époque à laquelle Mohammed IL maître de Constantinople. occupa le pays et rincorpora à son empire.

La Bosnie, en 14(35, THerzégovine, en 1467, furent ensuite conquises. Quelques débris de l'armée des Serbes s'étaient jetés dans les rochers de la Zrnagora (Monténégro'. Seuls entre tous les Slaves, ceux-ci ne courbèrent point la tête sous le joug ottoman et ne reconnurent jamais la suzeraineté, que la Porte prétendait exercer sur leur pays.

Cependant la Serbie et la Bosnie eurent un sort différent. Les Serbes plièrent sous la loi du vainqueur, mais ne pactisèrent point avec lui; peuple et aristocratie restèrent fidèles à leur religion et conservèrent précieusement les traditions de leur race, tandis qu'en Bosnie, la noblesse, pour garder ses biens et ses privilèges, embrassa Tislamisme.

Montéiiéî^TÎiis. — Les Monténégrins ne sont qu'une branche de la famille serbe qui s'est réfugiée dans les montagnes après la bataille du Kossovo- Polge (1389). Confinés dans un pays stérile et désolé, sans débouchés sur la mer, les Monténégrins ne pouvaient se suffire à eux-mêmes. On a dit, avec quelque raison, que leurs expéditions guerrières et leurs incursions sur les territoires voisins n'étaient que des récoltes à main armée.

Les ressources financières du pays sont presque nulles. Il y a peu de temps, son budget ne dépassait pas 300,000 francs. La liste civile du prince, jointe à ses revenus personnels, s'élevait à 70,000 francs environ, mais il recevait de la Russie un subside annuel de 100,000 francs environ et, dans certains cas, des armes et du matériel de guerre. Des établissements d'instruction ont été créés aux frais des princes de la famille impériale de Russie, et l'on est surpris de Textension qu'a pu prendre, dans les villages, Finstruction primaire. Aussi les sympathies russes sontelles très vives dans le pays.

Sur une population évaluée à 200.000 habitants, le Monténégro peut mettre sur pied 20,000, 30,000 et même 40,000 hommes. Outre son attirail ordinaire d'armes blanches, parmi lesquelles le terrible /i'a;i(i/'a;', chaque homme reçoit de l'État un fusil et des munitions, et il doit pourvoir lui-même à son entretien.

Le Monténégrin a l'instinct de la lutte; pendant que sa compagne vaque aux travaux du ménage et à ceux des champs, le guerrier court les montagnes, chassant le gibier. Les hommes sont vigoureusement bâtis, forts, robustes, sobres et sérieux. Ils sont peu embarrassés de bagages; ils portent dans un petit sac de laine une provision de coucrouss ou de pain de maïs qui leur suffira pour plusieurs jours.

L'habillement consiste en étoffes de laine d'une grande solidité; la striika, sorte de mante orientale, se transforme en couverture, tente, sac, coussin, etc.

La taille est entourée d'une large ceinture qui porte tout l'arsenal d'armes, sans lequel le Monténégrin ne saurait quitter son foyer à moins d'encourir la risée publique. 11 a là son long poignard à manche orne-

mente, ses pistolets à pierre et les revolvers modernes, achetés dans les ports ou enlevés aux officiers turcs. Au dos, il porte son fusil.

Les femmes se chargent de Talimentation des bandes; ces intrépides marcheuses, pesamment chargées, courent de montagne en montagne, portant sur leur dos d'énormes charges de coucroussy de farine, de castratina ou viande desséchée, et les munitions qu'elles vont prendre dans les ports, trottinant de roc en roc, à des distances de 150 à 200 kilomètres.

La topographie de ces contrées ne permet pas à des troupes organisées de s'écarter des semblants de routes tracées, routes qui, tout imparfaites qu'elles soient, sont plus sûres que les gorges tourmentées.

L'Herzégovine presque entière, ainsi que le Monténégro, ne sont qu\m immense amas de rochers, coupé de crevasses et de gorges. La route qui serpente dans ce dédale, est, elle-même, une succession non interrompue d'accidents naturels qui n'ont pu être évités. Jamais ces routes n'ont senti le contact d'un char à roues; les canons ne sauraient être transportés qu'à dos de mulet, et encore ces derniers ne sauraient-ils s'aventurer partout. Dans de pareilles conditions, le rôle de l'insurgé est tout tracé. Les bandes occupent les étages des rochers; elles garnissent chaque ravin et de là, elles assaillent l'ennemi; la riposte de celui-ci est inefficace; les projectiles se perdent dans les mille crevasses de la montagne. Si l'ennemi paraît hésiter, les montagnards se rapprochent; s'il bat en retraite, une poursuite , aura lieu de pierre en pierre ; si la retraite devient panique, alors tous ces guerriers, fusil dans la main gauche et le redoutable kandjar dans la main droite,

se lancent comme une avalanche sur les soldats efîrayés, trébuchant sur les rocs, tombant les uns pardessus les autres, affolés, sûrs qu'ils sont de ne pas obtenir quartier. C'est en ces occasions, que se pratique le terrible usage de couper les nez. jNIorts et blessés subissent cette mutilation horrible, contre laquelle proteste 1 humanité. »

Lorsque la guerre séculaire des Monténégrins contre les Ottomans sera terminée, il faudra que le montagnard sache déposer son fusil et prendre des outils de culture pour féconder les quelques portions fertiles de son sol. Jusqu'à présent, les travaux de la terre, dédaignés par les hommes, sont laissés aux femmes ; aussi, cette transformation sociale serat-elle longue à réaliser, et, si elle s'accomplit, ne pourra-t-on pas dire que sera terminée l'ère héroïque de ce vaillant petit peuple?

Le goût du confortable dont jouissent les sociétés civilisées amoindrira fatalement ses énergiques qualités naturelles ; impuissant à tirer de sa terre natale un profit sufïisant de son labeur, le Monténégrin ne sera-t-ilpas amené à quitter ses montagnes et à chercher en dehors de sa patrie, l'aisance et le bien-être que ses ancêtres n'ont pas connus ?

Bulg-ares. — Venus vers le v^ siècle des bords de l'Oural sur ceux du Danube, les Bulgares ont complètement perdu le souvenir de leurs aïeux, leur langue, et leurs coutumes. Ils parlent aujourd'hui un idiome slave, et pratiquent, en grande majorité, la religion grecque. On comptait, en Bulgarie, en 1881,

70 p. 100 de chrétiens orthodoxes grecs, et environ 30 p. 100 de musulmans.

Ils occupent, au nombre de 3 ou 6 millions d'âmes, la rive droite du Danube, de son embouchure à son confluent avec le Timok, les deux versants de la chaîne du Balkan, la plus grande partie des plaines de la Thrace, une partie des montagnes de la haute Albanie et de la Macédoine, mais les villages grecs et bulgares sont si enchevêtrés qu'il est impossible de trouver une ligne de démarcation entre eux.

Les Bulgares, dont le nom, resté sous une forme populaire dans la langue française, rappelle Teffroi que leurs incursions causaient à Toccident, sont aujourd'hui transformés. Ils forment un peuple vigoureux, sobre, travailleur, courageux. Depuis longtemps chez eux, le régime féodal a disparu ; le sol est aux mains d'un grand nombre de paysans propriétaires. Néanmoins, les Bulgares, à leur tour, ont éprouvé le besoin d'indépendance, et ce sentiment a grandi au spectacle de la prospérité des Roumains et des efforts des Serbes. Il s'est manifesté à propos d'une question de religion. En 1860, les Bulgares ont repoussé le clergé grec, soumis à l'autorité du patriarche de Constantinople. Depuis 1872, ils ont obtenu la constitution d'une église nationale.

Le traité turco-russe de San Stefano en 1878, avait constitué une grande Bulgarie qui comprenait toute la Thrace et la Macédoine jusqu'à la mer.

Le traité de Berlin, qui a révisé celui de San Stefano, a donné à la Bulgarie des limites beaucoup plus restreintes, entre le Danube et les Balkans. Le reste du territoire habité par les Bulgares fut maintenu sous le gouvernement direct de la Porte; une partie fut

cependant constituée en province autonome sous le nom de Roumélie orientale^ avec un prince chrétien.

Au milieu de ces populations, en majorité chrétiennes, vivaient des colonies de Circassiens {Tcherkesses], émigrés du Caucase, et auxquels des terres avaient été affectées.

Quand, dans une étude des races des pays balkaniques, on veut entrer dans des détails plus précis, on se heurte aux plus grandes difficultés, parce que les statistiques n'existent pas, et que les différents documents tendent à donner la prédominance à telle ou telle race, suivant la nationalité de leurs auteurs. Du reste, les différences de religion ont une importance bien plus considérable et amènent des conséquences bien plus caractérisées que les différences ethniques. L'idée de nationalité est fort obscure chez ces peuples, les intérêts religieux priment tous les autres, parce qu'ils représentent les véritables liens sociaux.

Dans tout l'empire ottoman, le musulman était le seigneur, le maître. Qu'il fût de race slave, albanaise, turque ou arabe, il avait l'honneur de porter les armes ; c'est lui qui commandait. Le chrétien était un être asservi, timide, et méprisé. Aussi comprend-on que

1. Ce nom n'a aucune signification. Les Turcs ont appelé Roumélie, pays des roumis, toute la région habitée par des chrétiens. Il n'y a pas de Roumélie orientale.

L'union politique de la Roumélie orientale et de la Bulgarie en une seule principauté, était à prévoir; elle a été réalisée, de fait, par le prince Alexandre de Bulgarie en 1885, et reconnue par la Porte, sinon consacrée par des traités. Le prince s'est ensuite fait proclamer tzar. Les événements dont ces pays sont le théâtre, n'ont pas été une des moindres préoccupations de la politique internationale de l'Europe.

les Slaves do Bosnie, devenus musulmans, ne sauraient faire cause commune avec les Slaves restés chrétiens ; et que, malgré les garanties spécifiées au traité de Berlin, les musulmans bulgares émigrés ne puissent que très difficilement reprendre leur place à côte de leurs frères de race.

La raison principale qui a sauvegardé l'unité de la nationalité roumaine, c'est que les Roumains ont réussi à se garantir de la propagande de l'islam; c'est parcp que les Serbes ont conservé leur religion, qu'ils ont pu reconstituer leur nation.

Enfin, il est à remarquer encore qu'en Orient, partout où se rencontrent des juifs, ils présentent les mêmes caractères généraux d'habitudes et de vie sociale, et qu'ils sont également antipathiques ; cependant, il semble bien prouvé que les juifs de race pure sont fort peu nombreux. Le sang sémite a été très mélangé. Le judaïsme a eu, d'ailleurs, comme les autres religions, ses convertis qui ont altéré la pureté de la race primitive. Le juif venu d'Allemagne ou de Pologne, ne ressemble guère au juif oriental et encore moins aux Israélites espagnols ou portugais, réfugiés en grand nombre dans la Péninsule des Balkans à la suite de leur expulsion, et qui parlent toujours l'espagnol. Le lien principal des communautés juives est donc bien évidemment un lien religieux et non un lien ethnique.

Esquisse historique de la Conquête de la Péninsule des ïîalkans par les Turcs.

Les Turcs osmanlis passèrent les Dardanelles et prirent Gallipoli en 1357.

En 1361, ils avaient soumis la Tlirace et ils établissaient leur capitale à Andrinople.

Outre le faible empire de Byzance, la Péninsule des Balkans était partagée entre un empire serbe, un royaume de Bosnie, une principauté de Zêta, dont les soigneurs étendaient leur autorité sur le Monténégro et sur la haute et sur la moyenne Albanie, un royaume de Macédoine, des despoties albanaises, le duché d'Athènes, des colonies vénitiennes et des principautés bulgares, moldaves et valaques.

Tous ces Etats réunis eussent peut-être été à même de résister aux Turcs ; séparés les uns des autres, ils devaient être pour eux une proie facile.

La bataille de Kossovo (1389) ruina Fempire serbe.

Peu après, le sultan Bajazet passa le Danube et battit (1396), sous les murs de Nikopoli, le roi Sigismond de Hongrie, accouru au secours des Roumains avec une armée de 60,000 croisés.

Constantinople allait tomber entre les mains des conquérants musulmans, lorsque lïnvasion mongole de Tamerlan vint momentanément détourner l'orage.

C'est en 1453, seulement, que Mahomet II s'empara de Constantinople, après moins de deux mois de siège.

Six ans plus tard, 1459^ la Serbie était définitivement

conquise, puis la Bosnie en 1463. l'Herzégovine en 1467. La Valachie se reconnaissait tributaire.

L'Albanie fut soumise vers la môme époque; seuls, les Monténégrins ne plièrent pas sous le joug.

Venise faisait tète aux sultans, en Morée, dans les îles de l'Archipel, et sur quelques points de la Péninsule des Balkans.

Soliman II, le Magnifique, porta la guerre dans lé bassin du Danube. En 1526, à la bataille de Mohacs, il battit complètement les Hongrois; il s'empara ensuite de Bude et, en 1520, s'avança jusque sous les murs de Vienne, tandis que Barberousse, le capitaine de ses galères, régnait en maître dans la Méditerranée et s'emparait d'Alger et de Tunis. Ce fut l'époque la plus brillante de l'empire musulman et l'apogée de sa puissance.

En 1570, Sélim III enleva Chypre aux Vénitiens.

Justement effrayée, la chrétienté réunit ses forces contre l'ennemi commun. Les flottes de l'Espagne, de Venise et de Gênes, sous le commandement de don Juan d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint, détruisirent la flotte turque dans la célèbre journée de Lépante (1571).

En 1590, les Turcs étaient maîtres de la majeure partie de la Hongrie, avec Bude ; mais ils ne purent pénétrer dans les régions montagneuses qui en forment la ceinture, la bataille de Saint-Gothard (1664), livrée au pied des Alpes contre une armée chrétienne conduite par Montecuculli, fut suivie d'une trêve de 20 ans.

Appelés par les Hongrois, en guerre avec la maison d'Autriche, les Turcs rompirent la trêve ; leurs armées

Page 1