Les paysans
Alphonse Esquiros, après un volume de vers, les Hirondelles, poésies de sa vingtième année, écrivit, de i 837 à 1839, un roman fantastique, le Ha. i ici en, al Charlotte Corday, légende révolutionnaire dont le succès fut éclatant.
Une étude sociale en trois volumes : les Vierges sages, les Vierges martyres, les Vierges folles, parut un an plus tard et consacra sa réputation. Le jeune homme avait dès lors une mission. L'avenir des classes laborieuses devint le sujet constant de ses travaux, la préoccupation de sa vie.
Mais l'apostolat démocratique n'a jamais été sans danger; Esquiros subit, en 1840, une première condamnation pour son livre l'Evangile du •peuple, dans lequel il démontrait les contradictions de l'Eglise avec l'esprit évangélique.
Pendant cet emprisonnement parurent ses Chants d'un prisonnier, puis à trois ans de date, l'Histoire des Montagnards, et quelques mois ensuite un ouvrage intitulé Paris, publié en grande partie déjà dans la Revue des Deux-Mondes, et qui disait les progrès des sciences, des institutionsel des mœurs au dix-neuvième siècle.
La révolution de 1 8 i-8 trouva chez l'éminent publiciste un républicain depuis longtemps convaincu; le citoyen Esquiros fut nommé président du Club du peuple. Mais bientôt, la réaction s'étant accentuée, l'auteur de la Vie future au point de vue socialiste fut impliqué dans les
affaires de Juin et traduit devant un conseil de guerre.
Il rédigeait depuis un an, à Marseille, le journal la Voin du, Peuple, lorsqu'il fut nommé représentant à l'Assemblée législative par le département de Saôn ■ et-Loire. Redoublant alors d'activité, pour mener de front ses devoirs de légiste, (Foratenr, d'é' îivain, il publia presque simultanément les ïl/« tyrs de la Liberté et les Fastes populaires, histoire des classes ouvrières jusqu'au dix-septième siècle.
Exilé au 2 décembre, M. Esquiros se rendit d'abord en Belgique, où il écrivit le Château d'Issy, étude puissante des mœurs cléricales; puis en Hollande, et ce nouveau voyage valut encore à la 'Revue des Deux-Mondes une série d'articles attachants, réunis ensuite sous ce titre: la Née) lande, ou fa Vie hollandaise.
Son séjour à Londres fut de longue durée; là, tout en exerçant, de 1855 à 1860, les fonctions d'examinateur au Conseil d'éducation militaire, il composa sur l'Angleterre et la vie anglaise six volumes qui lui firent de nos voisins d'outre- Manche autmt d'amis que d'admirateurs.
Enfin, aux élections générales de 1869, Marseille tenant en égale estime, chez Esquiros, le citoven et le penseur, le nomma député au Corps législatif, au moment même où il achevait l'Emile du dix-neuvième siècle, œuvre de haute philosophie.
M. Alphonse Esquiros affirme une fois de plus ses convictions en donnant aujourd'hui à la Bibliiiihà.iue démocratique Cette remarquable étude : les Paysans.
Victor POUPIN,