SCÈNE VIII
RAOUL, VAL’DOYER.
RAOUL, entrant.
C’est vous, monsieur, qui désirez me parler T TA U DOVER.
Ooi, monsieur le comte, moi-même.
RAOUL, avec hauteur.
Monsieur Vaudoyer, m’a-t-on dit?
VAUDOYEn,
1 Monsieur I... (Se remettant et le regardant en •ce.) Oui, monsieur, M. Vaudoyer.
RAOUL
Depuis un mois j*ai pris des renseignemens sur le pays et ceux qui l'habitent. On préleud que vous êtes l’ennemi de ma famille?
VAUDOYER, froidement.
Moi !... c’est pos&ible, monsieur le comte... je n’aime pas les châteaux... le vôtre surtout, parce que... parce qu’il masque ma ferme! Et... si vous veuez â quitter le pays et qu’on le jette en bas... ra me fera plaisir.
RAOUL
Parce qu’à la porte de ce château l’ancien comte de Luzeuil fil arrêter et punir uo de ses fermiers coovaincu de braconnage !... et par conséquent de roi I C'était votre père, je crois.
VAUDOYER, avec force.
Tenez, monsieur... ( D'une voix sourde.) croyezœoi, ne parlons ni de votre père, ni du mien; c’est pour mon propre compte que je suis ici, je viens vous réclamer ce qui m’est dd.
RAOUL, avec dédain.
Ce... qui... vous est dû... Eh ! mais vous avez raison... oui, votre nom figure dans les notes que fai prises... ( Il regarde sur un agenda.)
VAUDOYER
üoe misère... J’ai rafraîchi vos parcs de quelques moutons... il y a deux ans...
1A0CL, tirant de sou portefeuille un billet de banque.
Mille fraucs 1 les voilà, monsieur !
VAUDOYER, prenant le billet d’une main et de l’autre tirant un papier de sa poche.
Et voilà mon reçu.
RAOUL
Maintenant, monsieur, je pense qu’entre nous tout est dit.
VAUDOYER
Pas tout à fait , monsieur le comte ; à moins qne vous n’ayez encore de la monnaie pour une vingtaine de mille francs... à l’ordre Duhamel.
Duhamel !...
RAOUL
VAUDOYER
▲ Paris... rue Grammout.
RAOUL, vivement troublé.
Mais comment se fait-il que celte créance soit «Ire vos mains?
VAUDOYER
Ah ! avec des écus... qu’est-ce qu’on n’a pas?
RAOUL
Il suffit, monsieur... vous sert z payé.
VAUDOYER
Tout de suite ?
RAOUL
Le temps de réaliser la soumit* nécessaire.
VAUDOYER
Ça peut mener loin. .
RAOUL
Eh bien!... dussé-je vendre dès demain, et à vil prix, quelques arpens de vignes ou de bols, je n’hésiterai pas, pour retirer de vos mains celle signature.
VAUDOYER
C’est juste... vous pouvez vous acquitter comme ça; mais, si vous tendez une partie de vus terres pour payer celle lettre de change, il vous fjudia en vendre une seconde pour solder les quarante mille francs que voilà.
Qu’ai-je vu!...
VAUDOYER
Ordre : Jean Barilion...
RAOUL
Mais... monsieur...
VAUDOYER
El après Barillon... (Sortant un papier.) nous avons Dulournel... que voici... ( Sortant un autre papier.) et encore Morisscau que voilà... deux créances capables d’engloutir, à elles deux, toute* les fermes qui vous restent ; si bien qu’il vous faudra vendre le château lui-méme, afin de rembourser les effets Delaroarre que j’ai l'honneur de tous représenter. (Il lui montre d’autres papiers.) RAOUL, chancelant, vient s'asseoir â t’araui-ecène.
Ah! c’est une horrible trahison!..
VAUDOYER
Une Irahisou T... Comment, monsieur le comte, j’ai confiance en votre signature , et vous appelez Cela une trahison T Je place ma firtune sous la sauvegarde de voire honneur, et vous appelez cela une trahison ?... Vos lettres de change courent les rues de Taris, les bureaux d'escompte et le* tripots d’agiotage ; moi, je les réuuis toutes, j’cuipéche que le nom de notre illustre seigneur ne sa déconsidère, ne s’avilisse; je vous apporte en masse chacune de vos erreurs, et vous appelez cela de la trahison !... Ahl monsieur le comte, vous n’éles pas juste, et le pauvre murebaud de bestiaux attendait mieux que ça de voire seigneurie.
RAOUL
Trêve de raillerie, monsieur!... Je suis à votre merci, je lésais», mais je m'acquitterai.
vaudoyer, s’étendant dans un fauteuil.
Ah! jeune homme, jeune homme, l'argent est bien rare par le temps qui court.
BAOUL, allant A Vaudoyer comme pour le faire lever.
Monsieur!...
VAUDOYER, tranquillement, s’allongeant dans le
fauteuil.
Ils sont irês doux les fauteuils du château.
Il AOL' L, se couvrant et avec une brusque impatience.
Voyons, parlez, monsieur... que vuulez-vou»?
qu'exigez-vous?
vaudoyer, se levant et remettant aussi son chapeau
sur sa tete.
Moi !... Deux cent mille francs... Voilà tout.
RAOUL
Mais... si je ne puis payer?...
VAUDOYER
Ne vous inquiétez doue pas... le château paiera pour vous.
Le château!... (A part.) O ma mère!... ma mère!...
VAUDOYER
Je ne vous prends pas en traître, monsieur le comte, je suis en mesure... Et si, dans trois jours... tous ne vous êtes pas libéré...
RAOUL
Assez, monsieur, assez... N’ajoutez pas la menace b tout ce que je viens *<ffenlendre ; songez que vous n’êtes pas encore maître ici.., songez que je suis chez moi... et que la patience pourrait m'échapper!...
VAUDOYER
Ce ne serait pas un bon moyen pour acheter la mienne, monsieur le comte.
LA comtesse , en dehors.
Raoul ! Raoul !...
RAOUL
Ma mère!... (A Vaudoyer) Sortez, monsieur, sortez !... ou je vous fait chasser!...
VAUDOYER, avec colère.
A charge de revanche, monsieur le comte, quand le château m’appartiendra !...
fil sort, mais se lient en vue du public, sur le seuil de
la porte ouverte. — La porte de droite s'ouvre aus-
ütôtet Valenüne entre en courant.)
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