‹ Les paysans drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 82 sur 95 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

DOMINIQUE, puis HOUDARD.

DOMINIQUE, pleurant.

Plus rieu!... mou Dieu!... plus rien!... consumée... anéauliel... Cette preuve de leur crime et de mon innocence, j'allais la saisir... et elle m’échappe !... Oh! dion Dieu! après m'avoir montré la vérité... me refuserez-vous donc le moyen de lu faire éclater aux yeux de tous?...

HOUDARD, qui est entré avec précaution pendant ces

derniers mots et s’est approché de Dominique.

Ce moyen... je vous l’apporte, Dominique!...

DOMINIQUE, se relevant.

Houdard !...

HOUDARD

Oh ! ne détournez pas les yeux , et écoutezmoi ; écoutez-moi , car il s’agit maintenant de votre honneur, de votre vie... Plus de feinte... plus de secret entre nous, Dominique... Les souffrances et l’exil ont pu vous rendre méconnaissable pour tout le monde... mais pour moi, pour moi dont vous aviez sauvé la femme et les enfans, est-ce que c’était possible?...

DOMINIQUE

Comment!... Que dis-tu?...

HOUDARD

Je dis... j[e dis que la foudre n’a pas éteint vos yeux il y a vingt ans, puisqu’il y en a quinze à à peine, qu'ils se remplissaient de larmes à la vue de nos malheurs... Je dis que mon cœurvousavait reconnu depuis long-temps... Je dis enfin que je ne peux plus me taire, monseigneur, et que j’embrasse à genoux ces mains qui ont sauvé l'honueur de ma famille !...

(Il tombe aux genoux de Dominique.)

DOMINIQUE

Houdard ! ah ! tu ne m’avais pas oublié, toi I... lu ne m’as jamais accusé!... Et pendant quinze ans lu as gardé ce secret... Je me croyais seul et j’avais un ami qui veillait sur moi... Mais sa place n’est pas là... elle est sur mon cœur!... (Lui tendant les bras.) Dans mes bras ! dans mes bras !...

HOUDARD

Ah ! je vous avais reconnu dés le premier jour où vous êtes revenu dans ce village!... Mais j’avais compris aussi que vous aviez un secret... uu secret qu’il fallait respecter... cl j’alteudais comme vous...

DOMINIQUE

Ah ! le ciel le récompensera de ce noble détoûment.

nouDARD, sc le vaut.

Une réco mptnM !... mais vous venez de me ser-

rer la main, vous venez de me presser dans vos bras... Est-ce que je ne suis pas bien payé, monseigneur?...

DOMINIQUE

Biais... mais ce moyen que tu m’apportais?

HOUDARD

Cette nuit, je ne pouvais dormir... je m’étais approché de ma fenêtre... Tout î» coup je vois comme une ombre sc glisser le long du mur...' C’était Vaudoyer.

DOMINIQUE

Vaudoyer !...

HOUDARD

Lui qui est blessé... sortir dans la nuit... C’est étrange, que je dis, et je veux savoir où il va... Là-dessus, je desceuds et je me mets à le suivre...

DOMINIQUE

Eh bien?

HOUDARD

Au bout d’un quart d'heure, j’arrivons A la forêt... Je n’ pouvais plus le voir... mais j’entendais le bruit de scs pas, et je me glissais après lui... Enfin il s’arrête devant une vieille maison qui lui appartient, U entre... et bientôt j’aperçois une lueur à travers les carreaux... Je grimpe contre la muraille... j’avance la tête... respirant à peiue... je vois Vaudoyer soulever une pierre, puis prendre une cassette...

DOMINIQUE

Une cassette !...

HOUDARD

Celle du comte de Luxeuil.

DOMINIQUE

Il se pourrait !

HOUDARD

J'en suis sûr, c’était elle... Il l’ouvre, compte de l’or, des billets, qu'il emporte, puis il renferme lecoflrc... et reprend le chemin du château.

DOMINIQUE

Houdard... Il faut uous emparer de cette cassette... il faut aller cette nuit même à la cabane!

HOUDARD

Ensemble?

DOMINIQUE

Non... ce serait imprudent... Vous prendrez un chcmiu,clmoi l’autre.

HOUDARD

Oui, moi, j’arriverai le premier... et si je n’entends rien, si je ne vois rien de suspect, si enfin vous pouvez avancer sans crainte, je vous donnerai un signal.

DOMINIQUE

Lequel *

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