CHAPITRE XI
savait bien qu’il renonçait ainsi à toutes les récompenses qu’il pourrait espérer : mais il n’attendait et ne voulait plus rien. Ne pouvait -il pas, comme Charles-Quint, se retirer en un ermitage? S’il avait peu, il vivrait de peu (1).
La véhémence de ces reproches avait singulièrement ému la régente. Cachant toutefois sa colère, elle essaya de justifier Philippe II. Elle dit au comte de Ilornes qu'elle ne pouvait croire que le roi eût de lui une si mauvaise opinion ; elle ne savait pas non plus, ajouta-t-elle, qui avait pu le desservir. Pour ce qui la touchait, elle ne lui avait pas rendu de mauvais offices. Elle lui conseillait d'attendre le retour du gentilhomme qu’il venait d’envoyer en Espagne, car elle n’avait point le droit de lui donner son congé. Il agirait sagement aussi en prenant l’avis du seigneur de Hachicourt, son oncle, et du comte de Mansfeldt, son beau-frère. Il ne devait pas se dissimuler que son départ, dans les conjonctures présentes, serait mal interprété; néanmoins, elle ne pouvait le retenir par force. Elle tâcha de justifier aussi l’ordre quelle avait donné à Jean du Chasteler de refuser la promesse exigée par le comte. Elle ajouta qu’il restait à statuer sur les affaires de Tournai, et qu’elle entendrait volontiers son avis (2).
Mais le comte de Hornes demeura inébranlable. Depuis la désobéissance de Moulbais, il ne pouvait plus avec dignité continuer â Tournai le rôle de conciliateur : c’eût été s’exposer à être de nouveau désavoué. Un découragement insurmontable l’éloignait d’ailleurs de la cour : il était profondément affecté de la conduite du roi h son égard. Quelques semaines auparavant, Montigny, dans un entretien avec Ruy Gomez, s’était plaint aussi de la dissimulation de Philippe II et de ses lenteurs calculées en ce qui concernait les affaires particulières du comte de
(1) Ce long discours est rapporté dans l' Histoire des causes de la désunion, etc., par Renon de France, HS., 1" partie, chap. XXXI, sans aucun doute d'après les papiers d'Assonleville, témoin oculaire.
(î) Kenon de France, MS., 1" partie, chap. XXXI. — En rendant compte de celte discussion au roi, la régente le pria de pardonner le langage inconvenant que le comte de Uornes avait tenu en plein conseil d'État, en considération de l'humeur qu'il lui connaissait (Corresp. de Philippe II, t. I", p. 483).
l.K COMTE D’EGMOXT ET LE COMTE DE HORNES.
Hornes (1). Il était trop évident que Philippe II ne voulait aucun bien à ce seigneur et qu’il verrait sa ruine avec satisfaction.
Le 20 octobre, Jacques de la Torre, secrétaire du conseil privé, arriva h Tournai, chargé d’une mission de la régente. Le lendemain , les consaux furent assemblés et le pensionnaire du Chambge leur délivra des lettres par lesquelles le comte de Hornes, après avoir protesté de son désir d’être utile à la ville, s’excusait de n’y être plus retourné, en alléguant les affaires qui l’appelaient en son comté. Il ajoutait qu’il ne pourrait d’ailleurs rien effectuer de plus que ce qui leur serait proposé par Jacques de la Torre, la régente étant résolue à ne vouloir pas faire d’autres concessions. Il les engageait â maintenir la tranquillité et promettait de demeurer toujours le protecteur de la ville (2).
Le 4 novembre, le comte avait rejoint au château de NVeert sa mère et sa femme. Quelque temps auparavant, ces deux nobles dames avaient été également dénoncées à Philippe II. La régente l'informa que, vers la fin du mois de septembre, le seigneur de Zweveghem, passant par Weert, avait trouvé l’église entièrement désolée. « Un ministre vieux, accoutré d’un manteau de drap noir, faisait, dit-elle, le prêche auquel assistaient les deux comtesses de Hornes, la mère et la femme de l’amiral. Elles menèrent le ministre dîner au château. Les cordeliers avaient été expulsés de leur couvent. La comtesse douairière avait appliqué à son profit les maison, édifice et héritages, disant qu'ils avaient été donnés au couvent par ses prédécesseurs (3). »
Le comte de Hornes ne demeura point oisif. Il adressa à son secrétaire, au baron de Montigny, au roi lui-même de nouvelles lettres où il leur exposait la déplorable situation des provinces et la conduite qu’il avait tenue pour y remédier. Mais ni
(1) Alonsc de Laloo au comte de Homes, de Ségovie, 31 août 1566. Montigny's leren en dood ( pièces justificatives, p. 25).
(2) Mémoires de Pasquicr de Le Barre, t I", p. 228. — Le comte de Hornes à ceux de Tournai, 26 octobre; au S' de Moulbais, lieutenant-gouverneur, mCme jour ; aux S" d'Audrignles et de Lumbrcs, 29 octobre 1566 (Supplément au,r guerres civiles, t. II, p. 487-490).
(3) Correspondance de Philippe II, t. I 1 2 3 ', p. 169.