CHAPITRE XI. — 156Ü
que le comte, toujours soucieux et agité, vieillissait à vue d’œil; on disait même que, plein de défiance, il ne dormait plus s’il n’avait son épée et ses pistolets devant son lit (1).
Le 4 décembre, la régente restreignit les concessions faites naguère aux gentilshommes confédérés et aux mandataires des réformés, par l’entremise des seigneurs, qui, en son nom, avaient traité avec les délégués de l’assemblée de Saint-Trond. Elle prétendit que, par la dénomination de prêches, il ne fallait entendre autre chose que les simples prédications et déclarations de la parole, sans nul autre exercice de la nouvelle religion. Le magistrat de Gand ayant communiqué les lettres de la régente au comte d’Egmont, celui-ci, comme gouverneur de la Flandre, répondit qu’il ne fallait pas contrevenir à ce qui avait été arrêté et conclu précédemment avec ceux de la religion nouvelle; qu’il fallait au contraire observer fidèlement les clauses de Yacte de soumission des réformés et des actes négociés, d’après ses ordres, par Beckerzeel. « La stricte obser- « vation, disait-il, des points et articles souscrits par ceux de « la religion nouvelle ne donnera point à la multitude prétexte « à de nouveaux troubles et tumultes. » Il ajoutait que, depuis trois jours, la régente avait confirmé et avoué tout ce qu’il avait fait en Flandre (2). Mais le comte avait mal compris les intentions de Marguerite de Parme.
Tout en feignant de ne point désapprouver la conduite tenue par le gouverneur de la Flandre, la sœur de Philippe II refusa toujours, sous divers prétextes, l’acte qu’il sollicitait et qui devait attester le bon devoir qu’il avait fait dans sa pro-
Gaesbcek avait été incendiée et que son (lis aîné avait été grièvement blessé en luttant à l'arc avec son page. ( Archives de la maison d'Orantje-Sassau, t. II, p. 424.
(1) Morillon ù Granvelle. Ibid., supplément, p. 35.
(2) Rapport du magistrat de Gand, pièces justif., p. 188. — De même le comte d'Egmont écrivit le 21 décembre au magistrat d’Yprcs de ne pas s’écarter de l'accord conclu précédemment avec les retigionnaires, nonobstant la lettre de la régente du 4, attendu que, depuis qu'ello avait écrit cette lettre, elle avait approuvé tout ce qu'il avait traité à Ypres pour rétablir la paix. Justification du magistrat d’Ypres, MS.
LE COMTE d'eCMONT ET LE COMTE DE HORNES.
vince (1). Elle refusa même de confirmer particulièrement, malgré toutes les instances du comte, la déclaration remise par lui aux religionnaires d’Ypres et de Gand touchant les cérémonies relatives au mariage et à l’enterrement des hérétiques. Elle ne doutait point qu’il n'eût fait ces concessions en vue de la pacification des troubles et en tenant compte des difficultés du temps; toutefois elle mit en avant toute sorte d'excuses pour ne pas donner son approbation. Le comte exposait que de nouveaux troubles naîtraient de ce désaveu et que les cérémonies permises étaient les moindres des exercices des réformés. La régente persista néanmoins dans son refus, sans toutefois blâmer formellement ou casser ce que le gouverneur de la Flandre avait fait, mais remettant la décision au roi et contente de dissimuler jusqu’à ce qu’elle connût la résolution du souverain (2).
Si le comte d’Egmont demandait l’exécution fidèle des engagements qu’il avait contractés, il ne voulait pas que les partisans de la réforme abusassent de sa loyauté. Il se trouvait encore à son château de Sottegem lorsqu’il apprit que les religionnaires de Gand entendaient aussi célébrer la cène. Le comte appela près de lui quelques membres du magistrat ainsi que le pensionnaire de la ville, Jean Du Bois. En leur présence, il demanda aux mandataires des réformés, également appelés près de lui, s’il était vrai qu'ils voulussent célébrer la cène. Sur leur réponse affirmative, il déclara qu'il ne le souffrirait point et qu’il serait le premier qui se prononcerait contre eux. S’adressant ensuite au premier échevin, il ajouta que, si les religionnaires ne tenaient pas compte de sa défense, il leur « viendrait rompre la teste ou les mettrait en pièces. » Mais, quant à l'enterrement des morts et à la visite des malades, les magistrats pourraient fermer momentanément les yeux, pourvu qu’il n’y eût plus d’assemblées illicites (3). Les réformés
(t) C’est ce que le comte d’Egmunt reconnut dans son mémoire de défense. Procès , etc., p. 137.
(S) Marguerite de Parme au roi, 3 janvier 1.7G7, dans la Correspondance de la duchesse de Parme arec Philippe II (archives du royaume), fol. 212 v“.
(3) Rapport du magistral de Gand, p. 42 et 63. — Mémoire de défense rédigé par les conseils du comte d’Egmont (Procès, p. 207).