‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 128 sur 180 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

la régente, tenait aussi le comte d’Egmont pour suspect et nourrissait contre lui un ressentiment déjà implacable. II laissait percer sa colère et sa défiance dans la dépêche où il annonçait à sa sœur le choix qu’il avait fait du duc d'Albe pour être capitaine-général de l’armée destinée aux Pays-Bas. — Il avait vu, disait-il, ce que Noirearmes avait proposé d’écrire au comte d’Egmont afin qu’il prît les armes contre les sectaires; il n’y avait pas lieu de donner suite à cette proposition, car remettre à d'Egmont le commandement de l’armée en général, cela ne convenait pas pour beaucoup de raisons. Quant aux troupes de son gouvernement, il en disposait déjà, et il pourrait, s’il le voulait, avec celles-ci, rendre des services signalés à Dieu et. au roi. — Philippe engageait la régente à se montrer attentive aux relations du comte d’Egmont avec le prince d’Orange. Il louait la fermeté qu’avait montrée sa sœur en ne souffrant pas qu’on .mît en délibération au conseil d’Etat les trois points proposés par le comte d’Egmont. « Il eût été indécent, disait-il, de faire au roi de pareilles propositions, comme il était indigne de les imaginer (1). »

La veille du jour où il avait écrit cette dépêche presque menaçante, Philippe II adressait directement au comte d’Egmont une autre missive destinée à endormir sa méfiance. Répondant aux inquiétudes et aux plaintes exprimées par ce seigneur dans sa lettre du 15 novembre, il lui disait : « Ce n’est chose nou- « velle que là où il y a beaucoup de têtes, il y ait beaucoup de « discours. Mais vous pouvez bien être assuré que quand telle « chose viendrait à mes oreilles par autre voie que par la « vôtre, je vous garderais toujours une porte ouverte pour vous « ouïr bien et amplement, sans que je me laissasse persuader « par des rumeurs qui seraient à la charge et au déshonneur « de quelqu’un, surtout d’un personnage de tel bien et de telle « qualité comme vous êtes, d’un bon et loyal vassal qui m’a « souvent fait tant de bons et grands services. » Le roi l’engageait à persévérer dans ces sentiments, à travailler à l’apaise-

(1) Philippe II ù la duchesse de Parme, 31 décembre 1566. Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 197.

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LE COMTE D’ECMONT ET LE COMTE DE UOtlNES.

ment des difficultés qui se trouvaient encore dans les Pays- Bas, afin que, pendant son voyage, qu’il accélérerait tant qu’il pourrait, de nouveaux troubles n’advinssent. Il donnait d’ailleurs l'assurance que son principal but était de traiter (s’il était possible) les choses plutôt par douceur que par aigreur et sans qu’il fût besoin d’entrer au pays avec une armée, pour éviter tout dégât. Mais il rejetait la responsabilité de la ruine du pays, si les « mauvais » l’obligeaient à user des armes (1).

Vers la même époque, le comte de Ilornes, retiré dans son château de Weert, recevait aussi d’Espagne des assurances insidieuses. Un ministre principal de Philippe II disait au comte qu’il ne devait point révoquer en doute l’estime que le roi avait pour lui, ni même l’amour qu’il lui portait. « Bien plus, ajoutait-il, cet amour croît à un si haut degré que je ne sais s’il y a serviteur ni vassal en qui le roi ait plus de confiance et dont il fasse plus de cas. » Il engageait enfin le descendant des Montmorency h toujours se conduire envers le roi avec l’amour et la sincérité qu’il lui avait montrés jusqu’alors (2).

Le comte de Hornes recevait encore d’Espagne d’autres assurances tout aussi formelles sur la bienveillance du roi. Tantôt Alonse de Laloo lui mandait qu’il aurait lieu sans aucun doute d’être satisfait de la résolution du souverain touchant ses affaires particulières. Tantôt il vantait l’excellent accueil que le roi ne cessait de faire au baron de Montigny, bien que ce seigneur s’exprimât très librement sur les moyens qu'il fallait employer pour remédier à l’agitation des Pays- Bas (3).

Dans sa correspondance avec son frère, le comte de Hornes ne cessait de désirer la convocation des États-Généraux. Réunis, ils auraient indiqué les moyens de « conserver » les dix-sept

(1) Correspondance de Philippe II avec la duchesse de Parme (archives du royaume), fol. 204.

(2) Cette lettre manuscrite, datée de Madrid, 20 décembre 1366, n’est point signée ; mais on lit sur le dos . Ruy Gômez. Il parait certain, en effet, qu’elle fut écrite par le favori de Philippe II; elle est conservée aux archives de l’État dans le recueil des lettres originales adressées à Ph. de Montmorency.

(3) Montigny s leven en dood tn Spanje. Appendice, p. 23 et 30.

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