‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 165 sur 180 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

avait succombé dans cette bataille sanglante. Le duc d’Albe résolut aussitôt de se rendre lui-méme en Frise pour en chasser les gueux.

Il ne voulait pas cependant laisser derrière lui les 3,000 hommes d'élite chargés de garder les comtes d'Egmont et de Bornes. I! craignait en outre que, durant son absence, le peuple ne se soulevât et ne délivrât ces prisonniers illustres. Aussi ordonna-t-il de terminer leur procès. Pour épouvanter la multitude qui s'agitait, il décida que les châtiments, jusqu’alors différés, s’accompliraient presque simultanément, afin que l’exemple fût plus grand et plus salutaire (i).

Le 1" juin, dix-huit nobles, anciens confédérés ou capitaines des gueux, étajent décapités à Bruxelles, sur la place du Sablon. En même temps, le conseil des Troubles mettait fin, par un nouvel acte d’iniquité, au procès des comtes d’Egmont et de Bornes. Il déclarait forclos les deux seigneurs prisonniers. Il trompait ainsi l’espoir de leurs défenseurs qui avaient cru naïvement que, dans un procès où il s’agissait de la vie de deux hommes éminents par leur qualité et leurs services, le conseil n’aurait point recours ù la forclusion. Les délibérations de cette odieuse commission étaient secrètes et le plus souvent impénétrables. On sut pourtant que la défense n’avait été ni complète ni libre.

Le duc d’Albe avait même mandé devant lui Nicolas de Landas, chargé de la procuration du comte d’Egmont, et lui avait dit en colère : « Vous soulevez les gens contre moi; votre tète me le payera. » Et comme Landas voulait s’expliquer, le duc répéta avec plus de force : « Votre tête me le payera. » Le procureur du comte d’Egmont, sachant que les menaces proférées par le duc d’Albe n'étaient jamais vaines, se retira au pays de Liège. Sommé ensuite de comparaître lui-même devant le conseil des Troubles pour s’expliquer sur la condescendance qu’il avait montrée aux sectaires de la Flandre, il jugea prudent de ne pas obtempérer à cette sommation. Le conseil des Troubles devait

(1) Le duc d'Albe au roi, 9 juin 1S68, à la suite de la Correspondance de Marguerite de Parme, p. 251. — Utloa, Commenlari, p. 33.

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LE COMTE d’eGMOXT ET LE COMTE DE IIORNKS.

un peu plus tard prononcer contre le défenseur du comte d’Egmont la peine du bannissement avec confiscation des biens (1). Toutefois, avant de se retirer sur le territoire neutre de Liège, Landas, usant de la procuration qu'il tenait du comte d’Egmont, avait substitué en sou lieu Jean de Bocq, chevalier, maître d’hôtel du comte, Jean de Rantre, avocat à Malines, et Pierre Colart, auditeur en la chambre des comptes. Eux aussi déclinèrent la compétence du conseil des Troubles. Ces protestations n’étaient pas ignorées du public. On disait que les deux comtes n’avaient pas été ouïs dans leurs défenses et justifications comme il appartenait de droit à de si nobles chevaliers de l’ordre de la Toison d’or, et que le traitement qu’ils subissaient provenait de la rancune et de la haine que le duc d’Albe nourrissait contre eux (2).

Le 3 juin, les comtes d’Egmont et de Hornes furent extraits du château de Gand pour être reconduits à Bruxelles. Ils étaient entourés de forces imposantes. L’escorte se composait de plus de trois mille hommes de troupes espagnoles, arquebusiers, piquiers et chevau-légers. Le comte d’Egmont était dans une espèce de coche avec le capitaine Tordesillas et don Juan de Figueroa. Plusieurs compagnies d’arquebusiers et de piquiers le séparaient du chariot où se trouvait le comte de Hornes avec le capitaine Erasso et avec Antoine d’Avila. Ce chariot était également enveloppé de soldats espagnols, de manière à intercepter en quelque sorte la vue des prisonniers cl h rendre impossible toute tentative de délivrance. Les troupes s’avançaient enseignes déployées et tambour battant (3). En voyant défiler ce triste cortège, les habitants de Gand ne pouvaient

(1) Celle sentence du 7 septembre 1368 se trouve dans les Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-nas, t. 1” (appendice), p. 3Î7. — Nicolas de Landas se trouva ensuite au nombre des gentilshommes à qui le gouvernement rendit leurs biens, en vertu du pardon général publié par Requesens, en 1574.

(S) Ânalectes historiques de M. Gacliard, t. II, p. 69-7Î et hlémoirss anonymes, 1. 1", p. Gî et suiv.

(3| Relation espagnole d'un officier ou secrétaire du duc d’Albc dans les Analectes historiques, de M. Gacliard, t. II, p. 73.

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