‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 176 sur 180 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

liques (i). Mais on sait, par un autre contemporain, que les comtes d’Egmont et de Hornes n’avaient été nullement plaints ni regrettés à la cour d’Espagne (2).

Par une lettre écrite au couvent de la Cambre, le 29 juin 1568, la veuve du comte d’Egmont, dépouillée de ses biens, implora l’intervention de son neveu, Albert III, le Magnanime, comte palatin du Rhin, duc de haute et basse Bavière. « Je me trouve, « disait-elle, désespérée jusqu’à la mort. Jamais femme n’a été « aussi malheureuse que je le suis avec mes onze pauvres « petits enfants : non seulement on a donné la mort à mon « époux, mais encore on a confisqué tous les biens qu’il possé- « dait dans les États du roi d’Espagne. C’est pourquoi je suis « dans la misère... » Hélas! le duc de Bavière n’avait pas la puissance de rendre à la veuve désolée les biens de ses enfants. Contenant sa douleur et son irritation, il la recommanda humblement au duc d’Albe. Mais le comte palatin Wolfgang, frère de la comtesse d'Egmont, s’exprima avec plus d’énergie, bien qu’il s’efforçât aussi, dans l'intérêt de la veuve et de ses enfants, de ménager la susceptibilité de Philippe II et de son terrible lieutenant. « Nous eussions désiré, disait-il, que l'on eût retardé « plus longtemps l’exécution de notre beau-frère, le comte « d’Egmont. Et quand même, ce que nous n’avons jamais pensé,

(1) On lit dans une lettre de Ilopperus du 27 juin : « Rerscribit pergrave sibi accidisse quoi ad heee remedia fuerit veniendum , ac maxime quidem suo tempore; sed non posse quem deesse suo o flic in : gaudere auiem quod catholici mortuisunl. » loachimi Uopperl Epistolœ ah Hispania, p. 18t.

« ... Tournez tant seulement l’œil vers le pauvre comte d'Egmont, disait en 1579 un écrivain calviniste. Quelle récompense a-t-il eue pour avoir cbastié les adversaires de la religion romaine’ Sa bonne mfcrc l'Église romaine n'a cessé de le poursuyvrc jusques à luy avoir faict trencher la teste par le bourreau... »

(2) Fourquevaux, ambassadeur français en Espagne, au roi Charles IX, 23 juin 15G8.

Le cardinal de Granvelle déplora la triste fin du comte d’Egmont. « Dieu pardoint aux exécutés! • écrivit-il, le 17 juillet 1368, il Bélin, son compatriote. « Et Dieu scait que je sens extrêmement que en M. d’Egmont (contre l’espoir que j’en avoyejse soit trouvé cause pour procéder avec telle rigueur à l’endroit de sa personne. • (Papiers de Granvelle à Besançon).

« il eût mérité la mort, nous eussions cependant espéré de « V. E. qu’elle eût préféré la grâce au droit, et que pour « adoucir la peine elle eût pris en considération les fidèles et « loyaux services que le comte a rendus à S. M. Mais si jamais « nous avions pu penser que sa personne aurait pu courir un « aussi grand danger, nous n’aurions pas négligé, moi et le très « haut prince, notre très cher cousin, frère et parent, l’Électeur « palatin, frère de la veuve, et d’autres palatins d'intercéder « auprès de V. E. pour qu’elle fit surseoir à celte sanglante o exécution, jusqu’à ce que nous eussions, par une ambassade, « obtenu de S. M. C. qu’on usât d’autres moyens, de moyens « plus doux et en l’honneur de la maison électorale-palatine « dont descendent les enfants du comte d'Egmont, du côté « maternel, et en considération aussi des dignités dont avait « été revêtu le comte et des sacrifices de biens, de santé et « d'existence qu’il a faits ^ l’avantage de l’autorité suprême. « Cependant comme il en est malheureusement arrivé tout « différemment... nous prions V. E. qu’elle veuille avoir pour « recommandés la malheureuse veuve du comte d’Egmont et « ses pauvres orphelins '(1). » Cette prière ne fut point écoutée. Les biens du comte d’Egmont restèrent confisqués jusqu’au moment où les Espagnols furent expulsés. Le duc d’Albe se borna à allouer de temps en temps, en guise d’aumône, et sur la recette générale des confiscations pour cause des troubles, des indemnités insuffisantes à la malheureuse famille du vainqueur de Gravelines « pour son alimentation et entretien. »

En Allemagne, cependant, il n’y eut qu’un cri d’indignation contre le duc d’Albe. Catholiques et protestants étaient unanimes. « Toute l’Allemagne s’agite, écrivait un témoin ocu- « laire (2), et de tous côtés on lève des troupes en publiant « ouvertement qu’on veut venger la mort des comtes d’Egmont « et de Hornes. » Ce même témoin ajoutait quelque temps

(1) Ces lettres conservées dans les archives de la sccrétaireric d'Élat de l'Allemagne et du Nord (à Bruxelles), ont été publiées par M. Allmcyer.

(i) L'envoyé du due de Savoie à Emmanuel-Philibert, de Vienne, 2i juillet 1563. Correspondance publiée dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire par le comte Giuseppe Greppi, 3‘ série, t. U, p. 229 et suiv.

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