CHAPITRE VI
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Conduit!* du comte d'Egmont après le départ du cardinal de Granvelle. — Liaison des seigneur* avec Simon Renard. — Conversation du comte d’Egmont avec liopperu*. — (Iran» elle entretient avec le roi et avec ses partisans une importante correspondance relative aux Pays-lta».
— Détails sur la cour de la duchesse de Parme. — Le comte d'Egmont blâme une démonstration faite A Luxembourg. — Les cardinalice* essayent vainement de désunir le comte d’Egmont cl le prince d'Ürange. — Philippe 11 ordonne â Simou Renard de se rendre en Espagne. — Lecomte d’Egmont et ses alliés veulent établir la suprématie effective du conseil ■l'Étal. — Guillaume Portossain, chapelain du comte d’Egmont. — Le curé de Weert. — Dispositions à la tolérance. — Le comte d'Egmont désigné par ses collègues du conseil d’Êlat à l’effet de se rendre en Espagne pour représenter au roi les nécessités des dix-sept provinces.
— Philippe II mécontent de celte résolution. — Le comte d'Egmont à Cambrai. — Déclaration signée par Antoine de I.alamg et six autres nobles pour garantir la personne du comte d'Egmont. — Dénonciations incessantes du cardinal de Graovelle. — Conduite de Philippe II eu apprenant le départ dn comte d'Egmont.
Depuis l’éloignement du cardinal de Granvelle, le comte d'Egmont et ses alliés assistaient à toutes les séances du conseil d’État ; ils venaient en outre presque tous les matins faire leur cour ü la ducliesse de Parme et l’entretenir des affaires (l). Réalisant leur nouveau symbole, ce trousseau de flèches qu’ils avaient adopté comme le signe de la ligue, les adversaires de Granvelle se tenaient étroitement unis et faisaient peu de repas les uns sans les autres.
Presque tous les soirs aussi, ils avaient des conférences avec Simon Renard, très recherché surtout par le comte d’Egmont et par le comte de Hornes. Quand Renard ne pouvait se rendre
(t) Viglius au cardinal de Granvelle, 1*' mai 1364. Papiers d’Ètat, t. Vil, p. 553.
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à ces conférences, il se faisait suppléer par Guillaume Portessain, le prêcheur ou chapelain du comte d’Egmont. Ce seigneur, qui avait alors le premier rôle, n’était jamais laissé seul. Pendant la semaine sainte, Monligny voulut même l'accompagner au prieuré de Rouge- Cloître, afin, disaient leurs antagonistes, de l’animer davantage et de l’encourager à tenir bon. Quelquefois le comte d’Egraont, excité par les tracasseries que lui suscitaient les cardinalistes, cédait à la fougue de son caractère. Un jour, en sortant de table, il eut un entretien de plus de deux heures avec Joachim Hopperus, le compatriote, le neveu, le protégé et le familier de Viglius. Il finit même par dire que ce n’était point au cardinal de Granvelle qu’on en voulait, mais au roi, qui administrait très mal la chose publique, sans excepter la religion. Les cardinalistes reprochaient encore au comte d’Egmont de rechercher la faveur de la bourgeoisie de Bruxelles, de se mêler aux fêtes des métiers, de tirer l’oiseau avec eux et de trouver des paroles affectueuses pour les assistants. Enfin, le comte d’Egmont et le prince d'Orange étaient dénoncés à Granvelle pour avoir « mangé chair » les samedis du carême (1).
Quoiqu’il se fût retiré en Franche-Comté, le cardinal de Granvelle continuait d’exercer une grande influence dans les Pays- Bas. Il ne cessait de correspondre avec ses amis, pour les encourager, et avec le roi, pour l’exhorter à ne point abandonner sa politique. Il persistait à détourner Philippe II de la convocation des États-Généraux et laissait planer des accusations honteuses sur les principaux seigneurs. « Si V. M., disait-il, se « trouvait en ce moment dans les Pays-Bas, elle verrait jusqu'à « l’évidence de quelle manière on procède et comment on s’at- « tache, par l’intérêt, ceux que l’on veut avoir à sa dévotion « pour maintenir son crédit auprès des états. Or, lesdits inté- « ressés retiennent adroitement les deniers publics entre leurs « mains, gagnant par ce moyen chaque année des sommes
(1) Ces détails sont extraits des informations données au cardinal de (iranvelle, en avril cl en mai 1361, par Morillon, son vicaire-général, et par le secrétaire Bave. Papiers d'Élal, l. Vil, p. 511, 393, 631, etc.