CHAPITRE VI
que le comte d'Eguiout désirait être chargé de cette mission et que la plupart des seigneurs lui étaient favorables parce que , connaissant sa franchise, disait-elle, et persuadés qu’il serait bien accueilli du roi, ils espéraient qu'il réussirait mieux que ses devanciers. Elle avait aussi compris, aux discours du comte, qu’il fondait de grandes prétentions sur ses services passés et présents. Il se plaignait de n’avoir eu d’autre récompense qu’une indemnité de 30,000 ducats, tandis qu’il avait huit filles et deux garçons et des milliers de florins de dettes (I).
Malgré le désir du comte de se rendre auprès de Philippe II, il n’accepta cette charge délicate que sur les instances réitérées de la régente. Elle dut le presser pour qu’il donnât son consentement (2). Elle écrivit ensuite à Philippe qu’elle aurait bien voulu différer le départ du nouvel ambassadeur jusqu’à ce qu’elle eût pu connaître la volonté royale ; mais les seigneurs lui avaient fait de si vives instances ; ils lui avaient tant représenté que, si leur collègue ne partait au plus tôt, le remède au mal arriverait trop tard , que tout ce qu’elle avait pu avait été de reculer son voyage jusqu’au mois de janvier. Elle priait le roi de faire bon accueil au comte d’Egmont, et, s’il ne pouvait pas venir lui-même aux Pays-Bas, de vouloir au moins expédier promptement ce seigneur, avec une résolution satisfaisante (3).
Marguerite de Parme mettait même le roi en garde contre les insinuations de son ambassadeur à Paris, don Prancès de Alava, qui, par les suggestions du cardinal de Granvelle, semblait prendre à tâche, disait-elle, de faire tout ce que celui-ci faisait avant son départ.
Armenteros avait déjà fait connaître à Gonçalo Perez qu’il était question d’envoyer le comte d’Egmont en Espagne. Or Philippe II fut très contrarié lorsque Perez lui apprit ce projet. Il lui donna l’ordre de mander au secrétaire de la duchesse de
* 11) la duchesse de Parme au roi, 16 décembre 1561. Correspondance de
l’hilippe II, 1. 1", p. 33î. — Voir aussi Mémorial de liopperns, chap. III.
(î) Mémorial de llopperus, chap. III, §30, cl Mémoires de Viglius, p. 87.
|3y La duchesse de Parme au roi, 17 janvier 1565 dans la Correspondance de l’hilippe 11, 1. 1", p. 331.
l'arme, qu'il fallait empêcher ce voyage, en usant à cet eflel des meilleurs moyens que la régente trouverait, n étant pas convenable, prétendait-il, que le comte d’Egmont vint en Espagne dans un moment où Simon Renard y serait et pour d'autres motifs encore (1).
Mais cette espèce de défense venait trop tard. Le 15 janvier 1565, le comte d’Egmont écrivit au roi qu’il partirait dans trois jours, par la poste, pour aller lui baiser les mains et remplir auprès de lui la mission que la régente lui avait donnée (2).
Armenteros ne pensait pas que le comte serait parti si vite. Il ne pouvait même croire qu’il se décidât à partir, à cause de toutes les difficultés qu’il mettait en avant. Egmont n’avait-il pas dit qu’il n'oserait, dans l’état où étaient les choses, quitter sa maison, de crainte que. à sou retour, elle ne fût occupée par un autre, qui lui en défendrait l'entrée? .Mais le désir de rendre au roi un service signalé, en allant lui dire la vérité sur la situation du pays, el les instances de ses amis avaient eu sur lui tant d’inlluence, qu’à la lin il s’élail résolu à se mettre eu roule, sans que rien pût l'en empêcher (3). Cependant la régente, tout en étant alors favorable au comte d’Egmont, craignit de déplaire au roi si elle autorisait son départ, avant de connaître la volonté du souverain. Elle avait donc tâché de contrarier, autant qu'elle avait pu, la mission déjà décidée. Elle avait fait représenter au comte d'Egmont, par Armenteros, la convenance d’attendre au moins le retour de Simon Renard, pour ne pas faire croire qu’il se rendait à Madrid dans le dessein de défendre celui-ci ; mais Egmont avait eu l’air de rire de celte observation, disant qu’il n’était pas homme à faire un pas en faveur de Renard, et qu'il demanderait plutôt au roi de le châtier rigoureusement si ce personnage était coupable. Il parla aussi dans ce sens à la régente et lui tit entendre qu'alors même qu’il ne
(Il Gonçalo Ferez à Tomas de Armenteros, 13 décembre 1384. Correspon- 4 dance de Philippe II, l. 1", p. 333.
(1) Ibid., t. 1”, p. 331.
(3) Tomas Armenteros à Gonçalo Perez, Bruxelles, Il lévrier 1583, dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 344.