‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 64 sur 180 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l’opposition dans le conseil d'État. Guillaume de Nassau déclara plus tard que la Confédération avait été faite sans son aveu et à son insu; il n’avait donc pas signé le Compromis : il ne l’approuvait même pas parce qu'il ne voulait point laisser échapper de ses mains la direction du mouvement national. Les comtes d’Egmont et de Hornes, ministres de la régente des Pays-Bas de même que le prince d’Orange, s'étaient abstenus, comme lui, de s’associer à un acte d’opposition dont ils n’eurent d’ailleurs connaissance qu’asscz tard. Le prince d’Orange était loyi cependant de considérer la Confédération comme rébellion ou conspiration, attendu, disait -il dans sa Justification du mois d’avril 1568, que les confédérés étaient fermement résolus à ne rien faire ou entreprendre « contre le bien de Sa Majesté et du pays. » Mais, quoique dans les meilleurs termes avec son frère, il persistait à croire que la direction de l’opposition nationale ne devait point encore être soustraite au conseil d’État. Il voulait donc, avant de donner son appui aux confédérés, se concerter avec ses collègues du conseil. Dans ces conjonctures, l'absence du comte d’Egmont, qui était retourné à Bruxelles après son excursion â Vianen, contrariait vivement les autres seigneurs. Une invitation pressante lui fut adressée par le prince d’Orange et le comte do Schwarzbourg, et, pour faciliter l’entrevue, les grands réunis ft Breda lui firent offrir de se rendre au château de Hoogstraeten. Ce rendez-vous fut accepté (1).

Le 11 mars, à dix heures du soir, le comte d’Egmont écrivit de Bruxelles à Louis de Nassau que, pour satisfaire aux commandements du prince d’Orange, il se trouverait le lendemain au soir à Hoogstraeten. Il le priait d’y porter une demidouzaine de flacons du meilleur vin de Breda afin de pouvoir

(1) « ... Venant de Weerl à Breda, pour retourner à nostre dite maison, entendismes que ledit prince, avec le comte de Swartzcnbourg, son beaufrère, quelques autres seigneurs, eslans lors audit Breda, avaient résolu se trouver le lendemain en nostre dite maison, avec le prince de Gavrc, comte d'Bgmont, lors estant à Bruxelles, et qu'ils avoient choisi ledit lieu pour estre le plus commode et propice pour leur retour. > ta Défense de Slgr le comte de Hocstrate.elc., § III.

LE COMTE d’eGNIO.NT ET LE COMTE DE IlOHMES.

fêter le comte de Scliwarzbourg et le seigneur George Van Holl (1).

Le comte eut soin d’informer de son départ la duchesse de Parme, et celle-ci le chargea de joindre ses instances à celles du prince d’Orange pour que Van Holl, qui avait quitté le service de l’Électeur de Saxe, consentit ù devenir pensionnaire du roi Philippe (2). Egraont arriva effectivement au château de Hoogstraeten, le 12 mars au soir. 11 y trouva, outre Antoine de Lalaing, les seigneurs qui avaient été réunis il Breda, de même que Louis de Nassau et ses associés, à l’exception de Bréderodc, dont les rapports avec le comte de Hornes étaient d’ailleurs très froids (3).

Pour remplir la mission qu'il avait reçue de la régente, le comte d’Egmont engagea vivement Van Holl à entrer au service de Philippe IL Le capitaine allemand ayant répondu qu’il y penserait, Egmont se fâcha, disant qu’il devait donner une réponse positive (4). On fil d’ailleurs, selon l’usage, grande chère. Deux jours se passèrent ainsi en festins et en conférences entre les seigneurs, auxquels s’était joint le comte de Megen dont le rôle allait devenir très équivoque. Ces assemblées des grands excitaient, on ne peut en douter, une grande agitation dans le pays et une grande crainte à la cour (5). Les opprimés devinaient l’importance des délibérations qui avaient lieu au château de Hoogstraeten.

Dans la Justification, qu’il fit paraître au mois d’avril 1568, Guillaume de Nassau prit à tâche de ne point aggraver, par des

(1) Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 4S.

(î) Correspondance de Guillaume le Taciturne, 1. II, p. 1i7.

(3) Le comte de nornes et le comte d'Egniont déclarèrent tous deux, dans leurs Mémoires de défense, que Bréderode n'était pas présent à Hoogstraeten. llornes ajouta qu'il n’était pas ■ grand ami du seigneur de Bréderodc » et qu’il n'avait été en sa'maison depuis son retour d'Espagne, « fuiant sa han- « lise tant qu'il pouvoit, à cause de quelques propos que ledit dcDendeur et « ledit seigneur de Bréderode avoient eus. > Supplément aux guerres civiles, etc., t. I”,p. 160.

(4) Défense personnelle du comte de Bornes. Ibid., T, p. 1B3.

(5) Aionso dcl Canto au roi, Bruxelles, 17 mars 1366. Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 398.

Page 1